En Tunisie, l'appel de fonds d'un pêcheur désespéré pour ouvrir un cimetière de migrants

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Chamseddine Marzoug cherche de l'argent pour acheter un terrain sur lequel il pourrait créer un nouveau cimetière. Sa volonté : donner une sépulture digne à des anonymes, hommes femmes et enfants, noyés en Méditerranée, des migrants partis de Libye sur des embarcations de fortune.

Au moment où on parle beaucoup du sort des migrants de l'Aquarius et du casse-tête pour les Européens, on va aller sur les côtes tunisiennes, à Zarzis, sous Djerba, où un ancien pêcheur lance un appel de fonds. Pour qui ? Pourquoi ?

Chamseddine Marzoug, c'est son nom, cherche de l'argent pour acheter un terrain sur lequel il pourrait créer un nouveau cimetière. Pour fabriquer une chambre mortuaire aussi, afin de laver et préparer les corps qu'il mettra en terre dans ce cimetière. Car depuis plus de 10 ans, cet homme de 52 ans tente de donner une sépulture digne à des anonymes, hommes femmes et enfants, noyés en Méditerranée, des migrants partis de Libye sur des embarcations de fortune, et dont les corps ont été ramenés par les courants sur les plages, ou dans les filets des pêcheurs (la frontière est toute proche, à une soixantaine de kilomètres de Zarzis). Chamseddine Marzoug a déjà récolté 4.000 dinars sur internet, il lui en manque encore 3.500, c'est-à-dire environ 1.700 euros, pour créer ce nouveau cimetière.

Vous dites "nouveau" cimetière parce qu'il y en a déjà un.

Oui, on l'appelle le "cimetière des oubliés". La municipalité a cédé ce terrain il y a des années : une ancienne décharge, faite de sable et de rocailles, dans laquelle Marzoug a enterré quelque 400 corps déjà. Mais il n'y a plus de place. Il faut un autre terrain. L'ancien pêcheur voudrait aussi créer un lieu de commémoration pour tous ces anonymes et puis un musée de la Mémoire de la Mer, avec un de ses amis, artiste, qui depuis 20 ans récolte des objets échoués sur les rivages, ayant appartenu à des naufragés. Mais pour tout ça, il faudrait encore des sous et aucune autorité ne répond aux appels de Chamseddine Marzoug.

D’ailleurs il était allé interpeller les députés européens, en avril, à Strasbourg.

Oui, il était allé leur dire, aux Européens, que lui et ses amis pêcheurs n'en pouvaient plus de voir les cadavres dans la mer. Il leur avait montré des photos de corps abîmés par la mer, des photos d'enfants notamment, lui qui enrage que les politiques détournent les yeux. Il était venu lancer un cri du cœur : « protégeons les humains et non les frontières »… Comme un slogan qui résonne encore plus ces jours-ci : face à la fermeture des frontières italiennes et à la détresse de migrants naufragés, les Européens semblent tourner le dos à toute idée de partage des responsabilités.

Et puis on ne peut pas faire l'économie d'un voyage en Russie, à la veille du début de la Coupe du monde. Une des inquiétudes de ce Mondial, c'est le racisme et les discriminations dans les stades. C'est un tel sujet qu'une association vient de créer des maisons d'accueil pour les supporters. De quoi s'agit-il exactement ?

Ce seront des sortes de refuges pour supporters victimes de discriminations, des lieux tenus par des militants de l'ONG "Fare", traduisez : le Foot contre le racisme en Europe. Celui de Moscou loge dans le petit pavillon d'un théâtre indépendant, dans le centre historique de la capitale russe. Un grand espace avec une moquette imitation pelouse, des poufs en forme de ballon de foot et des écran plasma pour suivre les matches. Les initiateurs du projet veulent en profiter pour sensibiliser les Russes au thème de la diversité. Et ils ont aussi émis un "guide de la diversité".

Qu'est ce qu'il dit ?

On y trouve des conseils très concrets. Par exemple, pour les couples homosexuels : réserver deux chambres à part dans les logements privés, ou encore, ne pas s'offenser du mot "nègre", communément employé par les Russes.

Donc la situation est vraiment difficile.

Alors vous savez qu'en Russie, une loi punit "la propagande homosexuelle parmi les mineurs". Ce qui participe à alimenter l'homophobie ambiante. Alors après de longues négociations, la FIFA a quand même obtenu des autorités russes, d'autoriser les écharpes, et les pin's arc-en-ciel, dans les stades. Mais selon un rapport de cette même ONG "Fare", beaucoup reste à faire pour éradiquer le racisme et l'homophobie dans le football. Malgré les efforts des autorités russes à l'aune du Mondial les supporters russes ultras sont pour l'heure loin d'avoir renoncé à leur attitude rétrograde. Et les mœurs conservatrices restent très en vogue dans la société.

Bonne nouvelle en Afrique du Sud : l’état de catastrophe naturelle liée à la sécheresse a été levé aujourd’hui.

Les habitants de la région du Cap ont évité de justesse le redouté "jour zéro" où l’eau devait être coupée au robinet et ça grâce aux mesures drastiques de rationnement d’eau mises en place : pas plus de 50 litres par habitant et par jour et puis il a enfin plu ces dernières semaines ! Mais la municipalité a appelé la population a poursuivre ses efforts compte tenu de "l’incertitude des précipitations".

Premier pronostic pour le Mondial, celui d'"Achille le Chat" pour le Mondial de foot !

Il est tout blanc et il est sourd, mais c’est le devin officiel de la compétition en Russie. On propose à Achille deux bols d’eau, chacun flanqué d’un petit drapeau et devinez quel bol il a choisi pour le match d’ouverture Russie-Arabie Saoudite demain ? La Russie, évidemment. On verra demain si Achille est aussi fort que Paul le Poulpe, qui avait brillé en Allemagne en 2010. En tout cas quand il n’a pas foot, Achille fait partie des chats qui protègent le musée de l’Ermitage de St Petersburg des rongeurs.