En Chine, Macron soigne son "Guanxi"

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A l'occasion de sa visite de trois jours en Chine entamée lundi, Emmanuel Macron entretient son "réseau".

Premier sujet de ce journal du monde. Emmanuel Macron est en Chine depuis ce matin. Trois jours de visite d’Etat pour soigner son "Guanxi". C’est-à-dire ?

Le Guanxi, c’est ce qu’on appellerait le "réseau" en France. Mais c’est plus que ça parce qu’il y a une dimension personnelle importante, dans cette idée d’établir et d’entretenir des relations étroites avec quelqu’un. "Mieux vaut connaître le juge que le fonctionnement du tribunal", m’a résumé quelqu’un qui a vécu et travaillé en Chine. Bref, sans le guanxi, on n’obtient rien ! Raffarin dans la délégation, c’est plutôt bon pour le guanxi du président français, vous voyez. Parce que l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est apprécié depuis longtemps en Chine. Très bien aussi : la présence de Brigitte Macron. Elle est en photo dans la presse chinoise. Les Chinois ont adoré découvrir l’an dernier ce couple si original. Leur différence d’âge a beaucoup fait parler, comme partout, mais elle est aussi "la professeure", ce qui induit beaucoup de respect en Chine. Enfin, elle a tout bon depuis qu’elle s’est prêtée à la "cérémonie du nom", le mois dernier, pour baptiser le bébé panda du zoo de Beauval.

C’est bon pour le Guanxi, si je vous suis bien. Il y a des symboles qui comptent, dans ce voyage ?

Oui, par exemple le choix de poser le pied d’abord dans la ville de Xi’an, la capitale impériale qui a plus de 3.000 ans d’histoire. C’est une manière de montrer l’intérêt et le respect de la France pour la culture chinoise. D’ailleurs Sarkozy avait fait le même choix pour son premier voyage en 2007. Et Chirac était reparti en 2006 par Xi’an pour terminer son dernier voyage en Chine.

La transcription du nom d’Emmanuel Macron, en chinois, ça donne "le cheval domptant le dragon". C’est important, ça, pour le Guanxi ?

Sans doute pas. J’ai demandé à un spécialiste, Renaud de Spens, auteur d’un Dictionnaire impertinent de la Chine, ce qu’il fallait en penser, de ce nom. Et il semble qu’on leur donne beaucoup plus d’importance que les chinois eux-mêmes. C’est assez artificiel, cette transcription phonétique en idéogrammes. Les services chinois qui s’en occupent s’arrangent pour que le nom soit valorisant, évidemment. Par exemple Sarkozy, cela pouvait vouloir dire "Le bureau des immortels est au niveau" et Hollande, "la vertu profonde et claire".

Est-ce qu’on peut penser qu’Emmanuel Macron a une carte à jouer en Chine ?

Les spécialistes le pensent, oui. D’autant que Donald Trump n’a pas soigné son propre guanxi, laissant un vide déroutant. La Chine voudrait bien aussi vaincre la suspicion de l’Europe. Cette histoire de séduction est à double sens.

Il est beaucoup questions de femmes en ce début 2018. Oprah Winfrey aux Golden Globes et aujourd’hui, au Royaume-Uni, c’est une rédactrice en chef qui a jeté un pavé dans la mare de la BBC. Elle a démissionné pour protester contre "une culture salariale secrète et illégale". Anaïs Cordoba, vous êtes à Londres pour Europe 1.

Alors cette femme s’appelle Carrie Gracie. A 55 ans, elle a effectivement démissionné de son poste de chef de bureau Chine de la BBC à Pékin. Et dans une lettre publiée dans le Times ce matin, elle explique qu’elle est moins bien payée que ses collègues masculins, et ne ménage pas la BBC. Recrutée comme chef du bureau de Pékin en 2013, Carrie Gracie avait pourtant reçu l’assurance que son salaire était au même niveau que celui de ses collègues masculins.

Si je comprends bien c’est faux, donc. Et même assez largement !

Oui, il y a six mois la chaîne publie les salaires annuels de ses dirigeants et présentateurs vedettes, et elle découvre alors que ses homologues masculins, chefs de bureau à l’international, gagnent en moyenne 50% de plus que les femmes au même poste ! A l’époque, la BBC lui propose alors une grosse augmentation, mais qui ne rattrape pas complètement l’écart. Elle refuse donc. Carrie Gracie suggère qu’il vaudrait peut-être mieux baisser le salaire des hommes pour atteindre l’égalité. "Je ne demande pas plus d’argent, explique-t-elle aujourd’hui. Je pense être déjà très bien payée. Je veux simplement que la BBC se conforme à la loi et valorise hommes et femmes de manière égale."

Sa démission en forme de protestation lui vaut beaucoup de soutien…

Absolument, de la part de figures du journalisme britannique, et de députés. On apprend aujourd’hui que 200 autres employées de la BBC femmes se sont plaintes d’un écart salarial. La chaîne s’était engagée à atteindre l’égalité d’ici 2020. Apparemment on en est encore loin !

En bref, voici une info complémentaire de cette histoire de la BBC, avec encore le souci de l’égalité salariale.

Une nouvelle loi vient d’entrer en vigueur en Allemagne avec un maître-mot : instaurer plus de transparence sur les rémunérations dans les entreprises. Ça concerne celles de plus de 200 employés. Si au moins six personnes ont les mêmes qualifications et occupent un poste similaire, il est désormais possible de demander quel est le salaire moyen de ces personnes. Il est aussi possible de connaître les critères expliquant le niveau de ce salaire. L’écart salarial entre hommes et femmes est de plus de 20% en Allemagne.