Brésil : pour critiquer l’Eglise, il ouvre un lieu de culte consacré… au jeu vidéo

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Au Brésil, les églises échappent à l’impôt. Pour dénoncer cette situation, un étudiant a créé un lieu de culte dédié… au jeu vidéo ! 

Les chroniques du monde, nouvel horaire, 18h52. Bonsoir Sophie Larmoyer. Avant d’aller au Brésil, il faut ce soir s’intéresser à la Tunisie, qui a connu son premier mort de l’année dans des manifestations contre la vie chère.

Un homme est mort dans la nuit à Tébourba, une ville à l’ouest de Tunis. Il semblerait qu’il ait succombé à une insuffisance respiratoire à cause des gaz lacrymogène lancés par la police. Dans plusieurs villes du pays, Tunis et Tébourba donc, mais aussi Sidi Bouzid, Kasserine, Thala, Gafsa, des manifestants ont exprimé leur colère face à la flambée des prix. Des manifs qui ont souvent tourné à l’affrontement, aux émeutes et parfois aux pillages.

Cette colère, elle était prévisible, elle grondait depuis un moment. Surtout depuis le vote du budget 2018 : la hausse de la TVA sur de très nombreux produits et celle de contributions sociales sont entrées en vigueur comme prévu le 1er janvier. La rue mais aussi l’opposition et les syndicats sont vent debout contre ces hausses.

Parce qu’elles impactent beaucoup le quotidien des Tunisiens !?

Oui parce qu’elles touchent l’essence et les autres sources d’énergie, également les produits importés et l’immobilier et même l’alimentation : les produit de base, comme le pain les pâtes, le couscous, le lait, l’huile végétale et le sucre, sont subventionnés par l’état mais l’économie informelle s’est développée pour profiter de ce système. Les spéculations vont bon train et il est difficile de trouver du sucre en vrac. Il faut alors l’acheter conditionné et plus cher. Certains considèrent que ces hausses de prix vont obliger les Tunisiens à débourser 300 dinars de plus par mois et par foyer : c’est à peu près 100 euros et quasiment le montant du salaire minimum qui est de 357 dinars.

Ce qui est assez frappant Sophie, c’est que c’est exactement comme ça qu’il y a 7 ans avait commencé le fameux "Printemps de Jasmin".

Oui, on se rappelle Mohamed Bouazizi, 26 ans, vendeur ambulant de fruit et légumes de la ville de Sidi Bouzid, une ville agricole du centre du pays. Il est mort le 4 janvier 2011, un peu plus de deux semaines après s’être immolé par le feu parce qu’une fois de plus, on lui avait confisqué sa marchandise, le gagne-pain de sa famille. Une fois de plus on lui avait refusé une autorisation de la vendre officiellement. C’était le déclencheur des grandes manifs, qui avaient provoqué la fuite du dictateur-président Ben Ali dès le 14 janvier.

Il faut comprendre que les émeutes de ces jours-ci  se déroulent dans un contexte économique toujours aussi dégradé e Tunisie, accentuée par la baisse de la fréquentation touristique et des investissements étrangers. En décembre, des émeutes avaient déjà secoué une petite ville du nord-ouest du pays : cette fois, c’était une mère de 5 enfants qui venait de mourir par le feu, épuisée de réclamer les aides sociales de son mari malade.

Deuxième "chronique du monde", ce soir ça se passe au Brésil, où l’initiative d’un étudiant en journalisme relance le débat sur l’opacité des revenus des lieux de cultes. Bonsoir Marie Naudascher, cet étudiant a créé une église dédiée à un jeu vidéo ! Racontez-nous.

Bonsoir. Oui Mateus Mognon a créé "l’Eglise Nationale de Hanzo", Hanzo étant un personnage guerrier du jeu vidéo Overwatch.  C’est, en fait, le travail de fin d’étude de son cours de journalisme d’investigation. Il a voulu prouver à quel point il est facile d’ouvrir une église au Brésil. Avec ses connaissances des nouvelles technologies, l’étudiant a surtout pointé du doigt l’absurdité du système puisqu’au Brésil, les églises échappent à l’impôt, ce qui explique que depuis 2010, un lieu de culte est créé toutes les heures, quelque part dans le pays. Il est plus facile de créer une église qu’une entreprise.

Mais quand même, un culte voué à un personnage de jeu vidéo, ça ressemble à un canular non ?

Pas du tout ! Ça passe : il a créé une nouvelle religion qui, selon les statuts, "promeut l’histoire de Hanzo, principal icône de notre foi". Il suffit pour ça de remplir quelques conditions : un simple justificatif de domicile pour transformer la maison d’un ami en lieu de culte. Cinq comparses ont déposé les statuts, un avocat a signé et le tour était joué en une semaine. À partir de là, Mateus aurait pu demander l’immunité fiscale. Mais pour prouver sa bonne foi, il n’a pas été jusque-là. Et aussi parce que le géant des jeux vidéo propriétaire de la marque Hanzo aurait pu lui faire des soucis..

Pourquoi cette exemption d’impôts pour les églises ?

D’après la Constitution brésilienne, l’immunité fiscale permet de garantir la liberté du culte, un droit dit « inviolable ». Mais ça devient un business ! Car aujourd’hui près d’un brésilien sur 4 est évangélique, les fidèles se bousculent aux portes des temples. Et chacun doit donner 10% de son revenu, en espèces ou par carte bancaire, pendant le culte. Des revenus non imposables, donc. Résultat : en toute opacité  quelques pasteurs évangéliques sont devenus richissimes et détiennent  par exemple plusieurs chaines de télévision. En tous cas, j’ai pu parler à l’étudiant, Mateus : sa démonstration a dû gêner quelques intérêts  car il a reçu des menaces, non pas de mort, mais on lui a prédit qu’il brulerait en enfer. Merci Marie Naudascher à Pao Paulo.

En bref, Sophie depuis aujourd’hui, à l’aéroport de Tokyo, des robots d’accueil sont testés…

7 robots en test qui seront chargés d’accueillir et de guider les visiteurs pour les JO de 2020 en 4 langues s’il vous plait : ils pourront porter les bagages, indiquer une direction ou traduire du japonais. Leur mascotte ressemble à un petit chat. Le défi pour le Japon, c’est d’organiser ces J0 avec une pénurie de main d’œuvre du fait du vieillissement de la population.