Autriche : Marin Alsop, première femme à diriger l'Orchestre symphonique de la radio de Vienne

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Si elle s'est dit très honorée, Marin Alsop a avoué être choquée qu'il puisse encore y avoir des premières pour les femmes à notre époque.

On commence par Vienne, la majestueuse. Pour la première fois, une femme vient d’être nommée à la tête de l’Orchestre symphonique de la radio autrichienne. C’est un événement, vraiment ?

Eh oui, sinon je ne vous en parlerais pas ! Et d’ailleurs la principale intéressée, Marin Alsop a réagi un peu comme vous : "Très honorée d’être la première", mais également "choquée qu’en 2017, au 21e siècle, il puisse encore y avoir des 'premières' pour les femmes". Et en même temps elle a l’habitude, cette petite femme d’1,52 mètre et 61 ans, d’origine new-yorkaise. Elle était la première, déjà, nommée en 2007 à la tête d’un grand orchestre américain : l’orchestre symphonique de Baltimore, où elle exerce toujours d’ailleurs. Pourtant quand elle y est arrivée, la moitié des musiciens ont protesté qu’ils n’avaient pas été consultés. L’autre moitié disait ne pas vouloir d’une femme à la baguette. Elle a discuté avec eux, leur a demandé d’avoir sa chance. C’était il y a dix ans, aujourd’hui ils ne veulent pas la voir partir. Marin Alsop a aussi été la première femme à diriger, depuis 2012, l’Orchestre symphonique de l’Etat de Sao Paulo. Les exemples sont si nombreux. A chaque fois, elle ouvre des portes dans un milieu resté très masculin. Elle a même créé un réseau permettant aux jeunes cheffes de se produire dans plusieurs orchestres.

Elle prendra ses fonctions l’an prochain à Vienne sur une scène musicale qui n’est pas réputée pour son progressisme...

Non, le dernier bastion exclusivement masculin, c’était le fameux Orchestre philarmonique de Vienne, qui a accepté de recruter des musiciennes il y a 20 ans seulement. Et encore, au compte-gouttes et en spécifiant bien qu’elles "ne devaient pas s’arrêter trop longtemps pour cause grossesse et que leurs enfants ne devaient pas être un frein à leur activité professionnelle". Avant ça, avant les années 2000, il y avait bien pourtant une harpiste, dans la formation depuis plus de 25 ans mais son nom ne figurait pas sur les programmes. Et quand un concert était retransmis à la télévision, seules ses mains pouvaient apparaître à l’image. On revient de loin, à Vienne.

Effectivement. Et Marin Alsop, elle est vraiment tombée dans le chaudron "musique" quand elle était petite et elle a toujours voulu diriger…

Née dans une famille de musiciens à New York, elle a commencé le violon à cinq ans et rêvé la première fois de tenir une baguette à neuf ans, en voyant Leonard Bernstein en concert. Bien plus tard, dans les années 80, elle sera l’une de ses élèves, et il deviendra son mentor.

Après les airs classiques et la baguette viennoise, on va filer en Birmanie où les autorités nous rejouent Pentagone Papers à la sauce locale. Carol Issoux, vous nous rejoignez depuis Bangkok. Le moins qu’on puisse dire, c’est que vos voisins birmans ne plaisantent pas avec le secret-défense. Deux journalistes locaux sont en prison depuis plus d’un mois. Qui sont-ils d’abord ?

Wa Lone and Kyaw Soe Oo sont deux jeunes journalistes, 27 et 31 ans, qui travaillent pour la grande agence de presse Reuters. Le premier est bamar, l’ethnie majoritaire birmane. Il s’est fait remarquer pour sa couverture des conflits ethniques. Il écrit aussi des livres pour enfants. Quant à Kyaw Soo lui, c’est un Rakhine Bouddhiste, qui ne s’est pas laissé entraîner dans les conflits entre bouddhistes et musulmans qui enflamment sa région. A la place, il s’est mis au journalisme.

Dans quelles circonstances ont-ils été arrêtés il y a un peu plus d’un mois ?

Un soir de décembre ils sont contactés par deux policiers qui leur donnent rendez-vous dans un restaurant. Quand ils arrivent, ils leur remettent des documents qui proviendraient, selon des sources proches du dossier, des autorités militaires birmanes et prouvent la responsabilité de l’armée dans le massacre des Rohingyas. On estime, pour rappel, qu’il y a eu près de 12.000 morts d’après les récits des survivants. Juste après le dîner, les quatre hommes sont arrêtés. A l’évidence, ils ont été dénoncés.

De quoi sont-ils accusés exactement et que risquent-ils ?

14 ans de prison tout de même, pour "violation de secret d’Etat", on leur reproche d’avoir acquis illégalement des informations dans l’intention de les partager avec des média étrangers. Mais dans un cas comme celui-ci, où la zone de conflit est totalement bouclée, les informations ne peuvent être acquises qu’illégalement ! Aujourd’hui, les diplomates se mobilisent, l’un d’eux vient d'ailleurs de démissionner à grand fracas d’une commission internationale pour protester contre leur incarcération. Malgré l’ouverture démocratique, des dizaines de journalistes, activistes, bloggers, sont toujours en prison au Myanmar, principalement pour avoir couvert des événements en lien avec des minorités rebelles.