Au Zimbabwe, un journaliste arrêté pour avoir "froissé" Grace Mugabe, la femme du président

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La police zimbabwéenne a arrêté un journaliste qui avait écrit dans un article que la Première dame du pays, Grace Mugabe, avait donné des habits d'occasion, dont des sous-vêtements, à des sympathisants du pouvoir.

  • Au Zimbabwe, un journaliste est assigné en justice pour avoir écrit un article qui a froissé le pouvoir

Grace Mugabe dans le viseur. C'est un article qui a dû froisser la "femme du pouvoir", Grace Mugabe, 53 ans, épouse du président Robert Mugabe, 93 ans dont 37 à la tête du pays. Kenneth Nyangani, du quotidien privé Newsday, a fait 18 heures de garde à vue lundi et mardi, inculpé pour "diffamation criminelle". Il risque six mois de prison. Il avait décrit dans son article ce qu'il avait vu pendant le week-end. Un député du parti au pouvoir distribuant, au nom de la première dame, des vêtements d’occasion. Le titre n’a pas dû plaire. Ça donnait : "Grace donne des sous-vêtements usagés". "On m’a dit que la plupart de vos slips étaient en mauvais état, alors venez chercher ce qui vous a été alloué", disait-il. Et le journaliste a rapporté les réactions choquées de gens qui disaient qu’ils avaient plutôt besoin de jobs et de quoi mettre à manger sur la table.

Le pays en crise. Or, une grave crise couve au Zimbabwe. Le pays est en cessation de paiement, asphyxié financièrement. Des magasins de la capitale se retrouvent en rupture de stock de produits de base comme l'huile et le sucre. La semaine dernière, une manifestation contre le retour des hausses de prix, était dispersé à coup de gaz lacrymogènes. Et il y a 10 jours, le pasteur et opposant Evan Mawarire avait été interpellé après avoir mis en ligne une vidéo montrant des files d'attente aux stations essence.

Pendant ce temps, le clan Mugabe mène la grande vie. Ses frasques s’étalent dans les journaux : par exemple, avant de donner son lot de vêtements d’occasion, Grace Mugabe s’est achetée la semaine dernière une Rolls blindée qu’elle laisse en Afrique du Sud pour ses séjours là-bas. Elle l'a payée 500.000 dollars cash (4250.000 euros). En août elle avait fait les gros titres en agressant une jeune mannequin dans un hôtel en Afrique du Sud. Mais le message qui est envoyé à la presse, c’est bien qu’on prend des risques à critiquer Grace Mugabe. Car, dit-on, la dame cherche à se refaire une beauté avant de succéder à son vieux mari.

  • En Birmanie, une reine de beauté a été déchue de son titre

Son avis sur le conflit des Rohingyas. La Birmane Shwe Ein Si, couronnée Miss Univers Myanmar ne participera pas au concours mondial. Les organisateurs ont décidé de lui retirer son titre pour avoir posté une vidéo sur son compte Facebook dans laquelle elle prend position sur le conflit sanglant qui oppose les Bouddhistes de l’ethnie Rakkhine et les Musulmans Rohingyas. Elle accuse la presse internationale de soutenir systématiquement les Rohingyas sans parler de leurs actions terroristes. C’est vrai que la plupart des reportages diffusés sur la question ont traité l’angle des réfugiés Rohingyas. D’abord parce que la crise humanitaire est gigantesque. Surtout les journalistes ont eu accès au camps de réfugiés au Bangladesh, mais pas à la zone de conflit en Birmanie,  qui est bouclée par l’armée. Il est donc impossible de vérifier ces allégations. 

Une guerre d'information. Cette histoire illustre la véritable guerre d’information qui a lieu en ce moment au Myanmar. Comme aux temps de la dictature militaire, les médias birmans parlent d’une voix, ils ne disent littéralement pas un mot des réfugiés, n’emploient pas le terme de Rohingyas, mais seulement celui de "terroristes bengalis". Ils se sentent assiégés par la presse internationale.

Le rôle des réseaux sociaux. Cette histoire met aussi en évidence le rôle des réseaux sociaux dans le conflit. Car les Birmans sont complètement accrocs à Facebook. Ils sont passés du jour au lendemain d’un pays totalement fermé, sans télévision, ni radio de l’extérieur, à un déferlement d’infos sur les smartphones. Il n’y a aucune culture du débat ni de distance par rapport aux informations donc les réseaux birmans pullulent de trolls qui passent leur vie à publier de fausses informations, parfois sur les Bouddhistes mais essentiellement sur les Musulmans avec un résultat désolant : la haine qui est attisée de part et d’autre.

  • Deux infos en bref

Montréal lance un appel aux étudiants français. L’Université de Montréal fait de la retape. Depuis trois semaines, un message s'affiche sur le site web de l'université : "Et si vous veniez à Montréal cet hiver ?". Suit l’argumentaire : "Lycéens français, c’est le moment de découvrir les possibilités qu’offre un système universitaire différent, qui s’adapte à la situation de chaque étudiant !". C’est une façon qui n'est même pas déguisée de s’adresser aux 3.729 bacheliers que le système APB a laissé sur le carreau en France, sans affectation de fac… Mais il faut faire vite maintenant : ils ont jusqu’à dimanche pour candidater à la session d’hiver de l’Université de Montréal. Début des cours : janvier prochain.

Boris Jonhson dérape...encore. Nouveau dérapage Boris Johnson. Le ministre britannique des Affaires étrangères s’exprimait mardi soir devant le Congrès de sa famille politique. Il voulait expliquer que des entreprises britanniques avaient l’intention d’investir dans la ville de Syrte, pour en faire le prochain Dubaï. Or Syrte est en Libye, où les milices font la loi depuis la chute de Kadhafi. "A Syrte", a-t-il expliqué, "il y a le sable blanc, la beauté de la mer et de jeunes habitants brillants", mais, a dit Boris Johnson, "il leur faut d’abord se débarrasser des cadavres". Et Boris Johnson a ri. Mais pas son auditoire, très mal à l’aise.