Renault-Nissan : la politique industrielle défensive de Macron

  • A
  • A
Le journal de l'éco est une chronique de l'émission Europe soir
Partagez sur :

Le conflit entre Emmanuel Macron et Carlos Ghosn recouvre en fait un différend sur la politique industrielle automobile.

La Bourse encore en baisse

Elle termine à -0,78%  soit 3.339 points.

 

Le chiffre du jour : le commerce extérieur

Au mois de mars, le déficit commercial de la France s'est réduit : il atteint 4,368 milliards d'euros. Merci à la facture pétrolière réduite et merci aux ventes d’avions.

Mais sur le 1er trimestre dans son ensemble, le résultat est beaucoup moins bon. Stagnation du déficit et les exportations globales de la France reculent de 1%. La France ne regagne toujours pas de parts de marché.

 

Le succès du jour : la prime d’activité

Un succès coûteux, tout de même, celui de la prime d’activité. Ce dispositif de soutien au revenu des travailleurs modestes, qui a été mis sur pied au 1er janvier en remplacement du RSA activité et de la prime pour l’emploi, a été donné à plus de monde que prévu, et son montant est plus élevé qu’attendu. L’aide bénéficie en direct à quelque 2,3 millions d’adultes pour un montant moyen de 164 euros par mois, selon les chiffres publiés mardi soir par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF). Autrement dit, sur douze mois, le budget nécessaire dépasse d’ores et déjà 4,5 milliards d’euros et la montée en charge n’est pas terminée.

 

Le fait du jour : le conflit sur la rémunération de Carlos Ghosn le patron de Renault avec Emmanuel Macron relève d’une différence stratégique fondamentale

Le patron de Renault va recevoir 7 millions d’euros au titre des bons résultats de 2015. Les actionnaires de Renault ont voté contre à 58%, ils veulent une réduction d’un tiers. Mais le conseil d’administration s’est assis sur ce vote qui n’est que consultatif et dès le lendemain il a confirmé que Carlos recevra 7 millions, en plus bien sûr de ce qu’il touche chez Nissan (en gros la même chose). Le ministre de l’Economie a pris la mouche. L’Etat possède 19% de Renault, Emmanuel Macron poursuit en précisant que Ghosn n’est que le PDG, l’Etat c’est l’actionnaire, celui qui décide in fine.

Qui dirige, voilà le sujet du conflit ?

Oui c’est la réalité du conflit : qui dirige et pour quoi faire ? Certains y voient une manière pour Emmanuel Macron de faire du populisme de gauche, de s’en prendre aux grosses rémunérations. Il donnerait des gages à la gauche, lui qui en a si besoin. L’affaire ne serait que politicienne, c’est l’argument des pro-Ghosn.

Mais je ne le vois pas comme ça. Le conflit est plus grave. L’alliance Renault Nissan née en 2002 quand Renault a pris 43% du capital pour sauver Nissan en déconfiture, évolue aujourd’hui nettement en faveur de Nissan. Le japonais vend le double de voitures, c’est lui qui fournit au groupe français aujourd’hui les voitures les plus vendues. Un nouvel accord de gouvernance vient d’être signé. Il ne donne satisfaction à personne. En fait Carlos Ghosn veut prendre son indépendance vis-à-vis d’un Etat interventionniste. Emmanuel Macron craint que Renault ne soit "Nissanisé" et perde peu à peu son appartenance française. Le conflit est donc d’ordre de politique industrielle. Qui a raison ? J’ai déjà dit être à 80 % du côté Macron. L’automobile est trop importante pour que l’Etat ne s’y implique pas. Renault doit rester française. Mais reste les 20% : Macron doit trouver la solution pour que Ghosn se sente bien en France et n’aie pas envie de partir. Sa politique industrielle est défensive, à lui de trouver les moyens de la rendre offensive.