Jean d'Ormesson préférait "le paradis mais avec les fréquentations de l'enfer"

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Le fin mot de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Raphaël Enthoven a troqué sa chronique mardi avec un hommage à Jean d'Ormesson, décédé dans la nuit de lundi à mardi.

L'écrivain et académicien Jean d'Ormesson est mort dans la nuit de lundi à mardi à l'âge de 92 ans. Sur Europe 1, mardi, Raphaël Enthoven a tenu à lui rendre hommage. "Comme tous les gens qui l'ont croisé, j'aimais cet homme. Et je n'ai pas eu le temps d'être triste, pas encore. Mais même si l'on en a envie, il ne faut pas pleurer Jean D'Ormesson, il faut le rire. Son souvenir est un sourire. Jean d'Ormesson était trop généreux pour souhaiter que les gens fussent tristes à ses propres obsèques. Il était trop joyeux pour s'offrir le petit plaisir d'un gémissement. C'était un homme de bonheur disait-on, mais surtout un homme de joie, c'est à dire de la jubilation d'exister", rappelle le philosophe sur Europe 1.

"L'essentiel pour lui était d'être là". "Le fait même d'exister pour lui était une félicité. Que la vie soit douce, facile et parfumée, comme était la sienne, n'y gâche rien, bien sûr. Mais l'essentiel pour lui était d'être là. Quand on a eu une belle vie et vingt fois le temps de dire au revoir à tout le monde, l'essentiel est de passer sa vie à célébrer la vie, les choses, les êtres et les instants", souligne-t-il.

Une modestie légendaire. "Chez d'Ormesson, la dérision était de l'auto-dérision ce qui explique sa modestie légendaire", poursuit le philosophe. L'académicien parlait ainsi de son admission à l'École normale comme d'"une erreur, d'un hold-up", de son talent d'écrivain "surfait". "D'Ormesson n'était pas Homer, ni Chateaubriand, ni même Houellebecq… ses livres n'étaient que délicieux et il le savait. Son érudition hallucinante était le résultat, disait-il, de quelques discussions avec des esprits plus grands que le sien, comme Aragon. Ces succès sont présentés par lui-même comme la bonne fortune d'un amateur, c'est à dire d'un amoureux. Et ces belles manières sont dénigrées par lui même comme l'indice d'un statut qu'il n'a pas choisi mais dont il a choisi de jouir".

Il était enchanté d'être entré de son vivant dans la pléiade mais il savait qu'une telle consécration ne le rendrait pas plus immortel que son statut d'académicien. Son vrai diplôme, son seul talent, c'était disait-il, la conversation. Jean d'Ormesson était un homme merveilleux qui manquera à tous ceux qui l'ont lu et peut être encore davantage à ceux qui l'ont côtoyé.

"Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement". Raphaël Enthoven a tenu également à rappeler une anecdote. En 2009, le Figaro avait demandé à quelques personnalités de passer le bac de philo dans les conditions de l'épreuve, dont Jean d'Ormesson. "On devait choisir un sujet, on avait quatre heures pour le traiter. Tout le monde jouait le jeu, sauf un : Jean d'Ormesson. Il ne l'entendait pas de cette oreille. Il n'avait pas du tout prévu de passer le reste de sa matinée à plancher sur des question métaphysiques, du coup, 1h30 après la distribution des sujets il a rendu sa copie", se souvient le philosophe. "La journaliste du Figaro lui a demandé quel sujet il avait traité, il a répondu plein d'assurance : "Tous mademoiselle. Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément".

Jean d'Ormesson avait également eu cette réponse le résumant parfaitement, lorsque Bernard Pivot lui demandait s'il préférait le paradis ou l'enfer : "Le paradis bien sûr, mais avec les fréquentations de l'enfer".