Télé-réalité : l'incroyable programme américain qui envoie des candidats en prison

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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Un programme de télé-réalité américain, 60 Days In, envoie des candidats dans une prison avec de vrais prisonniers parfois condamnés pour meurtre.

Le fait média du jour, c’est cette incroyable émission de télé-réalité diffusée en ce moment aux Etats-Unis et qui envoie, pendant deux mois, de faux condamnés dans une vraie prison. Un programme qui suscite le débat outre-Atlantique.

Quel est le concept de cette émission absolument invraisemblable ?

Il s’agit de plonger ses participants dans le quotidien d’un centre pénitentiaire au milieu de 500 détenus qui purgent des peines pour des faits allant du simple vol jusqu’au meurtre. C’est aux États-Unis que ça se passe, dans la prison du Comté de Clark, dans l’Indiana. Ce programme s’appelle Sixty days in, que l’on peut traduire par "60 jours en prison". Une télé-réalité en 12 épisodes diffusée depuis deux semaines par la chaîne américaine A&E. On peut y suivre la vie de sept détenus, quatre hommes et trois femmes, filmés 24 heures sur 24, par des centaines de caméras.

Mais une précision s’impose sur ces sept détenus, puisqu’ils sont tous innocents, ils ont tous été incarcérés de leur plein gré. Elle est là l’originalité de ce programme. Parmi ces sept prisonniers volontaires, on trouve un enseignant, un ancien marine, une femme au foyer et on y trouve aussi Maryum, travailleuse sociale qui est la fille d’un très célèbre boxeur comme elle le raconte dans son portrait. En clair : le personnel pénitentiaire et les autres détenus ignorent que ces sept volontaires sont incarcérés pour un délit qu’ils n’ont pas commis et qu’ils se présentent sous une fausse identité. Des volontaires qui disposent chacun d’un scénario précis à suivre scrupuleusement pour ne pas éveiller les soupçons.

Mais alors, quel est l’objectif de cette expérience inédite ?

Pour le comprendre, il faut se pencher sur l’origine de ce programme déroutant : il est à l’initiative du shérif local qui a pris la direction de cette prison il y a moins d’un an. Une prison précédée d’une réputation désastreuse. Le quotidien de son établissement est fait de violence, de trafics en tout genre, de trafics de drogue, notamment. L’objectif du shérif, c’est de transformer les candidats volontaires de cette expérience en agents infiltrés pour qu’ils lui fassent remonter, le plus objectivement possible, les dysfonctionnements au sein de sa prison. Un constat que son propre personnel ne lui fait jamais remonter directement.

L’autre volonté du shérif et de la production de ce programme, c’est aussi de faire évoluer les mentalités autour de la vie en prison. Et surtout de faire voler en éclat ce lieu commun qui consiste à dire que les détenus sont trop bien traités. Cette émission, c’est un moyen pour les autorités de nier cette idée fausse et au vu des images parfois très violentes qu’on a pu visionner, c’est mission accomplie.

Aux États-Unis, ce programme ne laisse pas indifférent.

Sixty days in fait couler beaucoup d’encre, mais les critiques ne sont pas unanimes. Certains trouvent que la télé n’a pas vocation à dénoncer les dysfonctionnements du système carcéral, et surtout qu’elle franchit la ligne blanche en plongeant des innocents dans un milieu aussi difficile, au contact de détenus dangereux. D’ailleurs, on notera qu’un des volontaires a dû être évacué en cours de tournage, exfiltré du programme après une rixe avec un codétenu.

Pour d’autres, en revanche, c’est une vraie réussite. Le shérif du Comté de Clark tire un bilan extrêmement positif de cette expérience dont le tournage s’est déroulé à la fin de l’année dernière. Il a pris conscience de trafics dont il ignorait tout jusqu’ici et il espère surtout que la violence de certaines séquences sera dissuasive.

Jusqu’à maintenant, on qualifiait le Loft ou Secret Story de télé-réalité d’enfermement. Avec Sixty days in, cette appellation prend encore un peu plus de sens…