Scandale autour des audiences radio : Fun Radio accusée de tricher !

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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Les plus grosses radios françaises accusent Fun Radio, et plus particulièrement son animateur Bruno Guillon, de manipuler et donc de fausser les audiences radio mesurées par Médiamétrie.

Fun Radio est accusée de truquer les résultats des audiences radio. Mercredi, les radios privées concurrentes de Fun Radio ont adressé une mise en demeure à la station ainsi qu’à l’institut Médiamétrie qui publie ces audiences. En cause, des messages de son animateur phare, Bruno Guillon, qui inciteraient les auditeurs à mentir aux enquêteurs de Médiamétrie.

Comment fonctionnent les audiences radio ?

C’est l’institut Médiamétrie qui effectue ces relevés. Pour établir ces résultats, l'institut passe des coups de téléphone, 400 chaque jour, pour interroger les Français sur leurs habitudes, sur les radios qu’ils ont écouté au cours des dernières 24 heures, sur la fréquence à laquelle ils ont suivi tel ou tel programme, sur leur durée d’écoute, etc.

Les réponses sont compilées jour après jour et viennent nourrir les résultats. Ces "vagues d’audiences" sont rendues publiques quatre fois par an, à intervalles réguliers. Elles présentent un caractère essentiel pour les stations puisqu'elles leur permettent de connaître le profil et surtout le nombre de leurs auditeurs et donc d’établir la grille des tarifs publicitaires. C’est également l’élément indispensable pour construire le contenu des programmes mis à l’antenne et savoir si telle ou telle émission remplit ou non ses objectifs.

Pourquoi Fun Radio se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés ?

Selon un collectif de radio privées,  qui rassemble les antennes du groupe Lagardère (propriétaire d’Europe 1) mais aussi les groupes NextRadioTV, Skyrock et NRJ Group, Fun Radio a tout simplement tenté de manipuler ces résultats. Elle aurait incité ses auditeurs à mentir s’ils étaient appelés par Médiamétrie. En effet, ces mesures d’audiences reposent uniquement sur la bonne foi de ceux qui répondent à ces sondages. Un principe qui a ses limites, qui manque de précision et qui incite certains à tricher.

Jeudi matin, Bruno Guillon, qui anime la tranche 6h-9h de la station, se retrouve dans la ligne de mire des radios concurrentes. Elles l'accusent d'avoir, à plusieurs reprises, ses auditeurs à mentir pour gonfler artificiellement ses scores. Des messages répétés par Bruno Guillon à plusieurs reprises ces derniers mois. Reste à savoir s’ils ont été entendus, s’ils ont eu un impact réel sur les audiences. A cette question, les radios privées répondent : "oui" ! Elles en veulent pour preuve les récents résultats publiés par Médiamétrie. Entre juin 2015 et mars 2016, l’audience cumulée de Fun Radio a gagné plus d’un point. La progression la plus forte, toutes radios confondues.

Quelles conséquences a cette affaire ?

Elle affole les grandes radios privées qui dénoncent une fraude et une manipulation des chiffres d’audience. Mercredi soir, elles ont adressé deux mises en demeure, la première à l’égard de Fun Radio, afin qu’elle cesse immédiatement ces pratiques et la seconde à Médiamétrie. Elle concerne la prochaine vague de résultats qui doit être publiée le 12 juillet. Le collectif des radios privées demande à l’institut de stopper les sondages en cours, qui selon elles ne seraient pas révélateurs de la réalité.

Cette affaire remet en cause la méthodologie utilisée pour ces relevés d’audiences radio, un système jugé par certains comme opaque et qui générerait des résultats approximatifs. Elle remet aussi en cause l’utilisation de Médiamétrie comme seule et unique source. Jeudi matin, Médiamétrie joue la montre. L’institut a indiqué à Europe 1 avoir engagé un audit interne, afin d’évaluer si, oui ou non, les appels au mensonge diffusés par Fun Radio, ont pu réellement impacter les derniers résultats.

"Cela a des conséquences sur l’activité commerciale". Alain Weill, patron de RMC invité d'Europe 1 jeudi matin a estimé l'affaire "très grave". Interrogé sur les conséquences de cette fraude, Alain Weill a expliqué que, dans la mesure où Fun Radio demande à ses auditeurs de dire qu'ils n'écoutent pas d'autres radios, "cela augmente énormément leur durée d'écoute, au détriment des autres, et cela a des conséquences sur l'activité commerciale. Les preuves on les a : il s'agit des courbes d'audiences".

"Gravissime". Le patron de NRJ s'est lui aussi insurgé contre Fun Radio : "C’est gravissime. C’est le plus grand scandale de l’histoire de la radio. C’est le CSP, qui est l’organe de contrôle de Médiamétrie, qui a détecté les agissements inacceptables de Fun Radio, et qui en a tiré les conclusions. C’est une campagne massive et organisée qui dure depuis septembre 2015. Il y a déjà près d’une centaine de messages, constatés par huissier, qui incitent les auditeurs de Fun Radio à mentir délibérément aux enquêteurs de Médiamétrie, en leur demandant de répondre qu’il n’écoutent que Fun Radio, tous les jours et toute la journée". 

"Une tricherie massive et délibérée". La patron de Lagardère Active -propriétaire d'Europe 1- Denis Olivennes a fait part à son tour de son sentiment : ces faits "sont d’une gravité incroyable, qui ne se sont jamais produits en France. Ce n’est pas la blague potache d’un animateur ! C’est une campagne massive, délibérée, répétitive, conduite par des gens qui savent comment fonctionne cette enquête et donc comment tricher. Cela augmente artificiellement la durée d’écoute de Fun et diminue celle des autres radios. Cela biaise les enquêtes d’audience et c’est une tromperie qui touche aussi les annonceurs. Cela a un effet économique pour nous", a regretté le patron de radio.