Ligue des Champions : SFR décroche les droits de diffusion face à Canal+ et BeIn Sports

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Le groupe SFR de Patrick Drahi a décroché les droits de diffusion de la Ligue des Champions à partir de 2018.

On revient sur ce coup de tonnerre dans les droits sportifs, puisque SFR a remporté l’appel d’offres organisé par les instances européennes du football.

Et les chiffres donnent le tournis : 1,2 milliard d'euros. C'est la somme colossale mise sur la table par SFR pour acquérir les droits de diffusion des compétitions européennes, Ligue des Champions et Ligue Europa, pour la période de 2018 à 2022. Ça équivaut à un chèque de 350 millions d’euros par saison. Une offre impossible à refuser pour l’UEFA, la fédération européenne de football. C’est plus du double de ce que déboursent actuellement Canal+ et beIN Sports.

Alors, ce coup de force spectaculaire s’inscrit dans une politique de la terre brûlée engagée par SFR depuis un peu plus d’un an. En novembre 2015, le groupe avait acheté les droits de diffusion du championnat anglais pour 345 millions d’euros. Il avait déjà quasiment doublé la mise.

Cette fois, avec l’acquisition des deux compétitions européennes, qui sont de formidables vitrines pour attirer les abonnés, c’est surtout un coup porté derrière la tête de ses deux principaux concurrents : Canal+ et beIN Sports, qui détenaient ces droits jusqu’ici.

Un gros coup qui pose quand même plusieurs questions.

D’abord on s’interroge sur la rentabilité de cette acquisition. Pour beaucoup d’observateurs, le montant de cet investissement semble déraisonnable, il serait tout simplement impossible de rentrer dans ses frais pour une chaîne payante, créée il y a moins d’un an et qui rassemble péniblement 0,1 % de l’audience. C’est d’autant plus vrai que SFR Sport va devoir investir parallèlement, pour produire les programmes associés, il faudra engager des consultants, des commentateurs et construire des plateaux.

Altice, le groupe de Patrick Drahi, propriétaire de SFR, a encore un an pour résoudre cette équation et réfléchir à une stratégie commerciale efficace. Pour l’heure, elle privilégie une diffusion "Over the top", c’est-à-dire directement pour les internautes sur tablette, sur smartphone, ou sur ordinateur. Ça bénéficierait dans un premier temps aux abonnés SFR, fixe et mobile.

L’autre question, c’est pour le téléspectateur. Cette acquisition accélère le morcellement de l’offre de football à la télévision. Pour voir les matches, le fan de ballon rond va devoir, une fois de plus, mettre la main au portefeuille.

Concrètement comment faudra-t-il faire pour suivre les matches de son équipe ?

Alors, concrètement, à la rentrée 2018, pour suivre la Ligue 1, il faudra toujours souscrire un abonnement à beIN Sports et à Canal+ qui se partage les droits de la compétition. En revanche, pour suivre les coupes européennes, si on n’est pas abonné SFR, il faudra donc passer à la caisse, une fois de plus.

À moins qu’on ne se contente de suivre la finale de la Ligue des Champions. La réglementation française impose qu’elle soit diffusée en clair. SFR pourrait donc faire le choix de distribuer ce match sur une antenne gratuite du groupe Altice. On pense à Numéro 23, à RMC Découverte ou même à BFM TV. À ce stade, rien n’est exclu : SFR pourrait même revendre ce match à une chaîne historique, à TF1, à M6 ou même au groupe France Télévisions.

En attendant, d’autres négociations s’engageront dans les prochains mois. L’an prochain, la ligue de football professionnel lancera son appel d’offres pour la diffusion des championnats nationaux, la Ligue 1 et la Ligue 2.

Le bras de fer entre SFR, Canal+ et beIN Sports est donc loin d’être terminé.