Le Grand Journal : la fin d'un esprit "canaille"

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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À l'occasion de l'annonce de l'arrêt du Grand Journal de Canal+, Jérôme Ivanichtchenko revient sur les grands évènements qui ont marqué cette émission culte.

L'arrêt du Grand Journal, c’est la fin d’une émission qui aura marqué l’histoire de Canal+.

La fin d’une époque après un peu plus de 12 années à l’antenne. Lancé en août 2004 par Michel Denisot, qui en sera l’animateur emblématique pendant près de 10 ans, Le Grand journal s’est imposé rapidement comme l’héritier naturel d’un autre programme phare de la chaîne cryptée : le mythique Nulle part ailleurs de Philippe Gildas.

Une émission d'accueil et un talk-show qui lance une tendance et un style encore un peu méconnu à la télévision française : ce qu'on appelle aujourd'hui l'infotainment, à mi-chemin entre le divertissement et l’actualité plus sérieuse.

Souvenez-vous de cette séquence. Nous sommes en avril 2006, à un an de l’élection présidentielle. Jamel Debbouze est invité sur le plateau du Grand Journal, il s’improvise intervieweur politique face à Ségolène Royal et il décroche un sacré scoop.

À cette époque, Le Grand journal c’est près de deux millions de téléspectateurs chaque soir. Ça attire forcément les plus grosses stars puisque c'est "the place to be" pour les artistes français et internationaux, l’émission dans laquelle il fallait être vu. En 2008, Lady Gaga y interprète Poker Face. De passage à Paris, Prince, y chante deux fois en 2009 et en 2011. Beyoncé viendra, elle aussi, y assurer sa promo.

C'était aussi un gros barnum qui posait ses caméras sur la Croisette pendant le festival de Cannes jusqu’à l’année dernière, restrictions budgétaires obligent.

Une émission qui a tenté de prendre les virages de l’époque.

À la rentrée 2013, Michel Denisot cède son fauteuil à un autre visage historique de la chaîne : Antoine de Caunes. C’est le début d’une lente agonie. Le Grand Journal perd presque la moitié de ses téléspectateurs.

Le Grand Journal doit surtout faire face à une concurrence nouvelle qui s’inspire très largement de sa formule : on pense à C à vous sur France 5, à TPMP sur C8. La suite n’est qu’une succession de mauvais choix.

La situation s’assombrit encore un peu plus en septembre 2015 avec l’arrivée de Maïtena Biraben. Canal+ perd la main. En interne, l’ambiance se tend et les équipes se désolidarisent d’un programme qui a perdu successivement son animateur emblématique, puis son producteur historique, Renaud Le Van Kim.

Jusqu’à la rentrée dernière, où la tête de gondole des tranches en clair de Canal+ est confiée à Victor Robert. La dégringolade se poursuit. Depuis le début de la saison, c’est tout juste un peu plus de 100.000 téléspectateurs chaque soir. 100.000, c’est aussi en euros ce que coûte la fabrication de l’émission. Un euro par téléspectateur : un ratio impossible à tenir pour le groupe Canal qui a donc décidé de tirer un trait définitif sur l’aventure Grand journal, comme ça, en plein milieu de saison.

Le Grand Journal restera dans les mémoires comme une formidable pépinière de talents.

Une sorte d’incubateur qui a mis le pied à l’étrier à de nombreuses personnalités médiatiques.

On pense bien sûr au Service après-vente des émissions d’Omar Sy et Fred Testot, à Frédérique Bel et à sa Minute blonde, au Petit journal de Yann Barthès, qui était au départ une pastille de quelques minutes, ou à Bref de Kyan Khojandi.

On pense aussi au sourire des miss météo comme Louise Bourgoin, Charlotte Lebon ou encore Doria Tillier, aux saillies de très nombreux chroniqueurs comme Ali Baddou, Jean-Michel Aphatie, Mouloud Achour, Augustin Trapenard ou Karim Rissouli.

Des personnalités qui ont toutes une dette envers Le Grand journal et lui rendent hommage aujourd’hui.

Cet arrêt brutal du Grand Journal, c’est l’enterrement de "l’esprit Canal" mais aussi la fin d’un "esprit canaille".