Laurence Haïm : du journaliste à la campagne d'Emmanuel Macron

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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La correspondante d'i-TELE aux États-Unis, Laurence Haïm, a décidé d'arrêter le journalisme pour devenir porte-parole d'Emmanuel Macron.

Ce matin, vous vous intéressez à cette reconversion très surprenante de Laurence Haïm. L’ancienne correspondante de Canal+ et i-TELE à la Maison-Blanche a annoncé hier qu’elle rejoignait le mouvement En marche d’Emmanuel Macron.

Oui pour devenir porte-parole sur les questions de politique étrangère. C’est une surprise ! Après l’annonce de son départ du groupe Canal, on l’imaginait plutôt rebondir sur une chaîne info, sur BFM TV ou sur LCI.

Il n’en sera rien. Laurence Haïm change de camp en rejoignant l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, elle passe de l’information à la communication. Un choix totalement assumé.

Selon un correspondant de l’AFP à Washington qui a pu s’entretenir avec Laurence Haïm, cette décision fait suite à la grève qui a paralysé i-TELE en octobre et novembre dernier. Laurence Haïm se dit "ébranlée" par la crise traversée par sa rédaction. Un épisode "affreux" qui a provoqué le besoin de faire une pause et de passer de l’autre côté. Elle n’a pas hésité longtemps. Pour elle, Emmanuel Macron est le "French Obama", il incarne un changement en essayant de briser les codes. C’est elle qui a sollicité l’ancien ministre de l’Économie fin décembre pour lui proposer ses services, elle qui fut pendant près de 20 ans la correspondante de Canal+ et i-TELE à la Maison-Blanche, qui connait parfaitement les rouages des campagnes électorales.

Une reconversion du journalisme vers la politique qui en rappelle beaucoup d'autres. On pense à Noël Mamère, à Claude Sérillon, à Jean-Marie Cavada ou encore à Robert Ménard. On pense aussi à la journaliste sportive de Canal+ Nathalie Ianetta qui avait rejoint l'Élysée pour devenir conseillère de François Hollande.

Ce changement de casquette suscite déjà de nombreuses réactions.

Sur des tonalités très différentes. Il y a ceux qui saluent cette reconversion. C’est le cas de Laurence Ferrari, ancienne consœur de Laurence Haïm sur i-TELE.

À l’opposé, d’autres personnalités médiatiques ont exprimé leur scepticisme. Pour Jean-Michel Aphatie, cet épisode marque une "défaite du journalisme". Pour le chroniqueur Guy Carlier, c'est même une déception. Entre les lignes, on sent monter la critique d’une porosité entre les milieux journalistiques et politiques.

D’autres observateurs relevaient quant à eux une certaine contradiction dans cette volte-face. Une contradiction avec des déclarations récentes de Laurence Haïm au magazine Society. Au mois d’octobre, elle expliquait qu’aux États-Unis, rien n’était mélangé et que là-bas, les journalistes n’étaient pas amis avec les politiques. Une situation bien différente avec la France.

Emmanuel Macron était d’accord avec cette analyse. À Mediapart, l’ancien ministre de l’Économie expliquait qu’il ne voulait pas se complaire dans une connivence entre le monde politique et médiatique, qu’il n’avait pas d'amis journalistes.

Visiblement, les temps ont changé. En intégrant Laurence Haïm dans son équipe de campagne, Emmanuel Macron ne veut pas se priver de l’expertise de la journaliste sur les questions internationales. Il fait surtout appel à une personnalité de la société civile qui va devoir apprendre à contrôler sa communication. Sur Twitter, Laurence Haïm est réputée pour ses messages impulsifs, à l’emporte-pièce, dans une orthographe parfois un peu douteuse.

Désormais, il faudra peut-être qu’elle tourne sept fois son pouce avant de tweeter.