Des paroles et des actes : une annulation qui fait du bruit

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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L'émission Des paroles et des actes de David Pujadas a été annulée hier soir trois heures seulement après le début de l'émission suite à la décision de Marine Le Pen.

Le fait média du jour, c’est bien évidemment l’annulation surprise de l’émission Des paroles et des actes qui était programmé hier soir sur France 2. Trois heures seulement avant le début de l’émission, Marine Le Pen a refusé de répondre à l’invitation de David Pujadas. Un véritable coup de théâtre !

Retour sur la chronologie de ce gigantesque imbroglio :

Au mois de septembre, une délégation de France 2 se rend dans le bureau de Marine Le Pen pour la convaincre d’accepter une invitation dans l’émission politique Des paroles et des actes.
La présidente du Front National accepte. En quatre ans, ce sera la cinquième fois qu’elle participera à l’émission en tant qu’invité principale. Au début du mois, la chaîne annonce donc la date de cette émission : elle sera diffusée le 22 octobre, en direct comme à son habitude.

C’est à partir de cette annonce officielle que la polémique commence à enfler. C’est d’abord L’Obs qui allume la mèche le 8 octobre. On apprend que Marine Le Pen choisit ses contradicteurs. La tonalité de cet article est très claire : selon l’hebdomadaire, Marine Le Pen a ainsi refusé de débattre avec Daniel Cohn-Bendit, Valéry Giscard d’Estaing ou encore Robert Badinter qu’elle juge en dehors du jeu politique. Elle n’est pas enthousiaste à voir en face d’elle Xavier Bertrand, le candidat des Républicains qui se présente contre elle lors des élections régionales dans le Nord-Pas-de-Calais.

Forcément, ça déplait au premier concerné. Quelques jours plus tard, Xavier Bertrand adresse un courrier à Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, pour protester contre une forme de "favoritisme".

Dès cet instant, on sent bien que le feu couve et au fil des jours, la polémique ne va pas s’éteindre.

Mercredi, les événements prennent une nouvelle tournure

On assiste à une réaction simultanée de Jean-Christophe Cambadélis et de Nicolas Sarkozy. Le Premier secrétaire du PS et le président des Républicains écrivent au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pour manifester à leur tour, leur mécontentement.

On est à cinq semaines des élections régionales. Officiellement, la campagne électorale débute le 26 octobre, lundi prochain donc, mais ce timing très rapproché énerve à gauche comme à droite.

Dans la foulée, en fin de journée, le CSA réagit à son tour. Il fait ce petit rappel élémentaire, sans citer ni France 2, ni Des paroles et des actes : selon lui, "quand des personnalités fortement impliquées dans la compétition électorale sont invitées sur les plateaux, la possibilité d’une expression contradictoire doit être rapidement offerte aux concurrents".

Le message a été entendu par France 2

La chaîne prend note de cette recommandation. Mercredi, tard dans la soirée, la rédaction en chef du magazine décide de réaliser des ajustements sur la programmation de l’émission. Elle propose un débat supplémentaire d’une demi-heure, spécifique aux régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Elle invite le candidat Les Républicains Xavier Bertrand et le socialiste Pierre de Saintignon.
Le Front National est prévenu dans la nuit de mercredi à jeudi , à 23h40 très précisément. Ce qui a le chic d’agacer Marine Le Pen, qui y voit une forme d’amateurisme et qui craint surtout un marathon de débats à mener face à une multitude de contradicteurs. Ses opposants locaux désormais en plus du ministre socialiste Stéphane Le Foll et du président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde.

Pas suffisant néanmoins pour la décourager de participer à l’émission comme elle le rappelait hier midi, sur Europe 1.

Mais tout s’accélère hier après-midi.

Une réunion se tient entre les responsables du Front National et il aboutit à ce communiqué envoyé hier à 17h50. Soudainement, malgré sa promesse, Marine Le Pen fait volte-face. Elle annonce qu’elle fait machine arrière et qu’elle ne se rendra pas sur le plateau de Des paroles et des actes à seulement trois heures du début de l’émission.
Avec ce titre qui annonce la couleur "Monsieur Pujadas, on ne m’impose rien" ! Elle dénonce une émission qui est devenue une "mascarade" c’est le terme qu’elle emploie. L’ajout de ce débat spécifique aux régionales ne lui pose pas de problème sur le fond mais il lui pose un problème sur la forme. Elle y voit une soumission de France 2 aux exigences du Parti socialiste et des Républicains. Une servilité qu’elle ne veut pas cautionner. Elle n’ira donc pas sur le plateau.

Panique à bord à France 2 !

La chaine annonce dans un premier temps une "annulation" de l’émission, avant d’officialiser une déprogrammation pure et simple. Un choix que David Pujadas a voulu expliquer dans le 20 heures de Marie Drucker hier soir.

Des paroles et des actes continuera affirme David Pujadas. On n’en doute pas une seconde, mais reconnaissons tout de même ce matin que, médiatiquement, ce feuilleton, ce pataquès est un très mauvais signal envoyé par France Télévisions.

Nous somme à un an et demi de l’élection présidentielle. Et ce matin, les hésitations de la rédaction et l’incapacité à monter ce débat résonnent tout de même un peu comme un fiasco…