"Coups de pression" de l'exécutif : les journalistes défendent leur liberté de la presse

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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Les rédactions de grands journaux, de radios, dont Europe 1, et de chaînes de télévision ont publié une lettre ouverte pour défendre la liberté de la presse, mardi.

Place au décryptage média de notre expert, Jérôme Ivanichtchenko. On s'intéresse ce matin à ce coup de gueule des journalistes contre le gouvernement.

Un coup de gueule qui prend la forme d’une tribune,  d’une lettre ouverte, publiée hier sous ce titre : "le nouvel exécutif a-t-il un problème avec la liberté de la presse ?" Alors, c’est une question, mais on sent bien dans la manière de la poser que la réponse est oui.

Parmi les 23 signataires de cette tribune, on retrouve les plus grandes rédactions françaises. Des titres de presse écrite comme Le Monde, Libération, Les Echos ; des radios dont Europe 1, mais aussi Radio France, RFI, RMC ou RTL ; des chaines de télévision comme France 2, la rédaction nationale de France 3, BFM TV ou les équipes des JT de M6. Auxquels on peut ajouter aussi l'AFP, Mediapart, L'Obs ou encore Le Point.

L'inquiétude de toutes ces rédactions réside dans l'attitude du gouvernement face à l’indépendance des médias, à la protection des sources. Pour elles, le comportement de certains ministres menace tout simplement leur travail.

Cette inquiétude, elle a été relancée ces derniers jours par deux événements…

Oui, deux "signaux préoccupants" envoyés par des membres de l’exécutif. Le premier, c’est un coup de téléphone passé la semaine dernière par le garde des Sceaux, François Bayrou à Jacques Monin, le patron de l’investigation de Radio France. Un coup de fil qui s’apparente à un coup de pression.

France Inter s’apprêtait à diffuser des révélations sur des soupçons d’emplois fictifs sur des assistants parlementaires européens du MoDem. François Bayrou a donc pris son téléphone pour se plaindre directement "de méthodes inquisitrices" à l’égard de salariés du MoDem, interrogés de "manière abusive". Il aurait aussi expliqué à Jacques Monin qu’il étudiait la possibilité d’attaquer en justice pour "harcèlement".

Le second "signal préoccupant", c'est une plainte contre X déposée en fin de semaine dernière par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Une plainte pour "vol, violation du secret professionnel et recel ». Dans son viseur, la publication par Libération de documents confidentiels sur la future réforme du code du travail.

Deux événements qui ont été les détonateurs de cette lettre ouverte. Les sociétés des journalistes qui s’expriment aujourd'hui voient dans ces deux épisodes des tentatives de pression. Elles s’inquiètent de voir la répression judiciaire et le procès d’intention devenir la norme de la part du nouvel exécutif.

Pourtant, pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait fait de la liberté de la presse une priorité…

Il voulait inscrire des garanties d’indépendance éditoriale et journalistique dans le nouveau statut des entreprises de presse qu’il appelle de ses vœux. C'était même la pierre angulaire de sa politique en faveur des journalistes. Dans les actes envoyés jusqu'ici, on pencherait plus pour une forme d’intimidation. Aujourd'hui, certains ironisent sur le sujet.

Pendant la campagne, le candidat d'"En marche!" était perçu comme le chouchou des médias. Mais le vent a tourné. Après "tous pour Macron", c’est désormais "tous contre Macron". C’est sans doute un peu excessif… Mais ça donne l’occasion aux journalistes de rappeler leur attachement aux fondamentaux de leur profession. Un rappel visiblement pas inutile.