Conférence de François Fillon : le grand déballage

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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François Fillon a tapé sur le système médiatique lors de sa conférence de presse hier.

Hier après-midi, François Fillon organisait une grande conférence de presse. Pendant près d'une heure, le candidat de la droite a asséné ses vérités, déballant son patrimoine et justifiant les salaires versés à sa femme ou à ses enfants. Dénonçant également ce "tribunal médiatique" monté en urgence contre lui.

Un tribunal monté pour le "lyncher", pour "l’assassiner politiquement" et pour démolir sa candidature. Dans une attitude un peu schizophrénique (il se trouvait face à 250 journalistes), il a trouvé un clou sur lequel taper. Ce clou, c’est le système médiatique. Hier, il en a cité un exemple très précis : l’utilisation de certains propos tenus par son épouse. Des propos diffusés jeudi dernier, sur France 2, dans le magazine d’Elise Lucet, Envoyé Spécial. Une enquête "à charge" selon François Fillon, dans laquelle son épouse affirmait n’avoir jamais travaillé pour son mari.

Ces propos, ils ont été recueillis en 2007 par une journaliste anglaise : Kim Willsher. Elle a interviewé la femme de François Fillon alors qu’il venait tout juste d’être nommé à Matignon. Et selon l’ancien Premier ministre, la manière dont ils ont été utilisés a suscité l’indignation de Kim Willsher elle-même.

Si l’on s’en tient à cette déclaration, on comprend donc que Kim Willsher a des regrets. Et surtout qu’elle aurait même dénoncé auprès de Pénélope Fillon une manipulation de son travail.

Sauf que cette vérité, elle est contestée par la principale intéressée.

Dans la foulée, Kim Willsher dément les propos de François Fillon auprès de Libération. Un peu plus tard, c’est sur Twitter qu’elle s’exprime. Elle explique que non, les propos diffusés par Envoyé Spécial n’ont pas été sortis de leur contexte et surtout que le reportage diffusé jeudi dernier ne l’a pas choquée. Elle demande ensuite à François Fillon de "cesser de lui attribuer de faux propos".

Qu’à cela ne tienne : François Fillon ne désarme pas. À 22 heures, il riposte en publiant sur son compte Twitter deux e-mails envoyés à son épouse par Kim Willsher. Des messages en anglais où la journaliste regrette les conséquences de cette interview, vieille de 10 ans, qui revient aujourd’hui comme un boomerang. Elle exprime sa compassion, mais ne critique à aucun moment le travail des journalistes de France 2. Et la raison est simple : ces deux e-mails ont été postés avant la diffusion du numéro d’Envoyé Spécial, elle n’avait donc pas encore vu le reportage.

Bref, un coup d’épée dans l’eau pour François Fillon.

Il essayait de prouver la manipulation de la classe médiatique sur l’affaire qui le concerne aujourd’hui. Hier, lors de sa conférence de presse, il s’en est pris aussi à Médiapart, rappelant à une journaliste du site internet qui l’interpellait que son média avait fait l’objet d’un redressement fiscal. Une situation dans laquelle il ne s’est jamais retrouvé.

Cette offensive anti-médiatique en rappelle d’autres, notamment au positionnement de Donald Trump contre les journalistes pendant sa campagne ou, plus proche de nous, à celui de Marine Le Pen.

Une posture que tous les candidats à la présidentielle n'adoptent pas pour autant. Hier soir, Emmanuel Macron était à Bobino. Devant ses militants, il rappelait "que ce n’est pas en attaquant la presse qu’on sortirait de la crise démocratique".

Si l’autocritique reste indispensable, on aurait même tendance à penser que c’est en protégeant la presse qu’on y parviendra.