Charlie Hebdo : l'esprit Charlie est toujours présent

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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Deux ans après l'attentat de Charlie Hebdo, le journal satirique poursuit sa reconstruction.

Ce matin, nous revenons sur la situation de Charlie Hebdo, deux ans après l’attaque terroriste qui a décimé sa rédaction.

C’était le 7 janvier 2015 : deux hommes en armes pénétraient dans les locaux de Charlie Hebdo. Un attentat qui faisait 12 morts, principalement des membres de la rédaction : Charb, Cabu, Tignous, ou Wolinski…

Deux ans après, l’hebdomadaire satirique poursuit sa reconstruction, plus combattif que jamais. Hier, Riss, le directeur de la rédaction de Charlie, répondait à l’AFP. Pour lui, "2015 était l’année de la survie, 2016, l’année de la stabilisation". Pour 2017, il veut que son journal soit encore plus "offensif". Il s’appuie sur une équipe renouvelée. Certains anciens sont partis comme le dessinateur Luz, ou encore Patrick Pelloux, mais d’autres sont arrivés. Et ce sont eux désormais les dépositaires de ce fameux sens de la provocation, de cet esprit corrosif qui caractérise le journal, qui séduit ses fidèles chaque semaine et qui révolte tant ses opposants.

Mercredi, le journal commémorait ce triste anniversaire, à sa manière, avec ce titre ironique : "2017, enfin le bout du tunnel". En dessous, un dessin de Foolz : le tunnel en question est symbolisé par le canon d’une kalachnikov aux mains d’un djihadiste.

L’esprit Charlie ne s’est pas évanoui avec le temps et continue à susciter la polémique. Au mois d’août dernier, c’est en Italie qu’il a créé l’émoi avec un dessin représentant les victimes du séisme d’Amatrice en chair à lasagne.

Fin décembre, c’est en Russie qu’il créait la polémique. La presse russe parlait même de "scandale national". Au lendemain du crash d’un avion qui a coûté la vie à 92 personnes, en majorité des membres des Chœurs de l’Armée Rouge, Charlie Hebdo déplorait que Vladimir Poutine n’ait pas fait partie de la liste des passagers.

Pour ceux qui en doutaient, l’esprit Charlie est toujours bien présent !

Et il continue à séduire les lecteurs.

Oui, après la mobilisation sans précédent et les 260.000 abonnements souscrits dans les semaines qui ont suivi l’attentat, le soufflé est un peu retombé. Mais les niveaux de ventes sont restés très hauts. Aujourd’hui, Charlie Hebdo se porte bien, très bien même : il écoule plus de 100.000 numéros chaque semaine. Plus de 50 000 ventes en kiosques en moyenne, pour autant d’abonnés. Surtout, il est désormais assis sur un tas d’or, estimé à une dizaine de millions d’euros.

Et il n’y a pas qu’en France que Charlie Hebdo fonctionne. En Belgique, l’hebdomadaire s’écoule chaque semaine à plus de 8.000 exemplaires. Avant les attentats de Paris, il n’en vendait que quelques centaines.

En Allemagne aussi. Le 1er décembre, une version spécifique de Charlie Hebdo est même sortie outre-Rhin / lancée à 200 000 exemplaires. Pour l’heure, il s’agit simplement d’une adaptation de la version française, coordonnée depuis Paris, mais Charlie espère bien installer rapidement une rédaction autonome à Berlin. Une rédaction qui sera sans doute soumise à des consignes très strictes de sécurité.

Car depuis les attentats, les conditions de travail de la rédaction ont été totalement chamboulées.

Ce matin, Libération, qui avait hébergé l’équipe de Charlie Hebdo au lendemain des attentats, consacre trois pages à l’hebdomadaire satirique.

On y découvre les conditions de travail de la rédaction, installée dans des locaux ultrasécurisés. Pour y accéder, il faut un mot de passe, franchir des portiques de sécurité, pousser des portes blindées, le tout sous le regard d’hommes en armes.

Et puis cette discrétion indispensable. Personne ne sait où se trouve la rédaction de Charlie. Les visiteurs qui divulgueraient l’adresse seraient immédiatement poursuivis pour "mise en danger de la vie d’autrui".

Dans le quotidien des journalistes de Charlie, il y a aussi les insultes et les menaces de morts qui s’empilent après chaque parution avant d’atterrir sur le bureau des services de l’antiterrorisme français.

Des critiques qui inquiètent le directeur de la rédaction qui estime que "les gens sont devenus encore plus intolérants à l’égard de Charlie".

Mais des critiques qui sont loin de le décourager.