Arrivée de Morandini : la rédaction d'iTélé en crise

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct
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Alors que les journalistes de la chaîne d'informations s'opposent à l'arrivée de Jean-Marc Morandini, la direction a décidé de s'engager un bras de fer avec ses employés en défendant le principe de la présomption d'innocence.

L’info média qui fait la une ce matin, c'est la crise à i-Télé. Ce week-end, les internautes et plusieurs personnalités se sont mobilisés pour défendre les journalistes de la chaine. Depuis plusieurs jours la rédaction s'oppose à sa direction à propos de l'arrivée de Jean-Marc Morandini sur la chaine dès ce soir à 18h. De son côté le groupe Canal, propriétaire d’i-Télé défend le principe de la présomption d'innocence.

Ce retour médiatique de l’animateur se fait sous très haute tension.

Oui depuis l’annonce de la venue de Jean-Marc Morandini, la crispation est palpable dans les couloirs d’i-Télé. Elle atteint un degré maximum ce matin, à quelques heures du lancement de sa nouvelle émission quotidienne, baptisée Morandini Live, prévu aujourd’hui à 18 heures.

La semaine dernière, une motion de défiance était adoptée par les salariés contre leur direction. La question posée était simple : "Au vu des dernières décisions prises, notamment l’arrivée de Jean-Marc Morandini, faites-vous confiance à Serge Nedjar, le directeur de la chaîne, et à Virginie Chomicki son adjointe, pour diriger iTélé, pour faire progresser les audiences de la chaîne et pour garantir son image de sérieux, de rigueur et de crédibilité ?". À cette question, les salariés ont répondu "non" à plus de 90%.

Ils sont inquiets. Ils considèrent que l’arrivée de l’animateur, mis en examen pour "corruption de mineurs aggravée", pourrait nuire à leur réputation. Jeudi, deux membres de la Société des journalistes publiaient une tribune dans les colonnes du Monde. Ils demandaient à Jean-Marc Morandini de renoncer purement et simplement à venir sur la chaîne. Ils rappelaient aussi leur engagement aux yeux des téléspectateurs, un devoir d’éthique, de déontologie et d’exemplarité. Selon eux, l’arrivée à l’antenne de Jean-Marc Morandini s’oppose à ce principe.

Et ce week-end, c’est sur les réseaux sociaux que le bras de fer s’est engagé.

Oui, c’était sur Twitter, avec une guerre de mots-dièses, une guerre de hashtags. Le premier, c’était "Je soutiens i-Télé". Une petite phrase partagée par de nombreux anonymes et par quelques personnalités, des anciens de la chaîne comme Léa Salamé, Bruce Toussaint ou Laurent Bazin, mais aussi par l’ancienne journaliste Nathalie Ianetta ou encore par Rama Yade.

La réponse ne s’est pas fait attendre. Samedi en début d’après-midi, le compte officiel du groupe Canal postait ce message : "Je soutiens la présomption d’innocence".

La présomption d’innocence, c’est l’argument de la direction de la chaîne pour justifier son choix. Certes, Jean-Marc Morandini est mis en examen, mais pour l’heure, il est innocent, son statut judiciaire ne lui interdit pas de travailler. C’est ce droit que l’animateur a demandé à ses futurs collaborateurs dans une lettre ouverte adressée au Monde en fin de semaine.

Ce droit, les dirigeants du groupe Canal veulent le lui accorder. Et en le confirmant à l’antenne, coûte que coûte, ils montrent qu’ils lui font confiance.

Un passage en force qui ravive les tensions entre les salariés d’i-Télé et leur direction.

Oui car cette volonté d’imposer l’arrivée de Jean-Marc Morandini, elle vient directement du grand patron du groupe, Vincent Bolloré. Depuis plusieurs mois, il est accusé de vouloir fragiliser i-Télé, en s’inscrivant contre l’avis de la rédaction.

Dernier épisode en date : vendredi. Jean-Christophe Thiéry, président du directoire de Canal+, annonçait l’ouverture d’une clause de conscience. Il s’agit d’un dispositif qui permet aux journalistes de quitter leur rédaction avec indemnités en cas de désaccord sur la ligne éditoriale… Traduction : si vous n’êtes pas d’accord avec nos choix, la porte est grande ouverte.

Cette nouvelle crise, elle rallume le feu qui couve à i-Télé. Et elle pourrait déboucher sur une nouvelle grève. En juin dernier, les réductions d’effectifs décidées par la direction avaient poussé la rédaction à cesser le travail pendant plusieurs jours.

Les salariés d’i-Télé pourraient remettre ça dès aujourd’hui. Depuis quelques minutes, une assemblée générale se tient au siège de la chaîne. Et une nouvelle fois, la question de la grève sera posée.