20 heures de France : David Pujadas remplacé par Anne-Sophie Lapix

  • A
  • A
Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
Partagez sur :

À la surprise générale, David Pujadas a été écarté du journal de 20 heures de France 2 par Delphine Ernotte.

Après 16 ans de JT, David Pujadas quittera son fauteuil à la fin de la saison. Il a été informé de cette décision hier matin. Jérôme Ivanichtchenko nous fait le récit de cette folle journée à France 2.

Tout commence à 9h30 lorsque David Pujadas est convoqué dans le bureau de Delphine Ernotte, la patronne de France Télévisions pour un entretien en tête-à-tête. Il va durer une vingtaine de minutes. C’est à ce moment qu’il apprend qu’il ne sera plus aux commandes du JT à la rentrée prochaine. Des témoins rapportent que la réaction de David Pujadas est alors assez violente, "à sa mesure". Pas de cris, pas de porte qui claque, mais une colère froide, une colère rentrée.

Quelques minutes plus tard, il annonce son éviction à sa garde rapprochée dans un premier temps, avant de se rendre dans la salle où se tient chaque jour la conférence de rédaction du JT. Il est 10h45 : face à une cinquantaine de journalistes, il explique qu’il est débarqué du 20 heures, et que cette décision n’est pas la sienne.

Quelle a été la réaction de la rédaction ?

C’est la stupeur. Il faut dire que la nouvelle a de quoi surprendre. Rien, absolument rien, ne laissait imaginer une telle décision. Et surtout pas les audiences du JT qui sont au beau fixe. À cet instant, il y a de l'incompréhension chez de nombreux journalistes qui applaudissent pendant de longues minutes David Pujadas. Cette éviction est perçue au mieux comme une faute stratégique, au pire comme une grossière erreur de communication, en termes de timing notamment. Hier matin, nous sommes à quelques heures de la nomination du gouvernement, à quelques heures d’une édition spéciale sur France 2, dont la présentation, ironie du sort, est confiée à David Pujadas. Certains journalistes évoquent alors la possibilité d’une grève immédiate, qui mettrait en péril cette édition spéciale, mais aussi le journal de 13 heures. Alexandre Kara, directeur de la rédaction, et David Pujadas s’y opposent fermement. Pas question de prendre le téléspectateur en otage.

La rédaction fait bloc et réclame alors des comptes à la direction.

Oui, face à la pression des journalistes, Delphine Ernotte se rend dans la salle de conférence. Il est 11h30. À ses côtés, Michel Field, le directeur de l’info du groupe. Dans une ambiance très tendue, elle justifie son choix : elle endosse seule la responsabilité de cette éviction. "C'est ma décision" déclare-t-elle aux journalistes présents, parmi lesquels Marie-Sophie Lacarrau, Elise Lucet ou encore Laurent Delahousse. Delphine Ernotte invoque ensuite la nécessité de trouver de nouvelles incarnations et d’innover dans la façon d'informer. Elle explique que le JT était arrivé à la fin d'un cycle. En revanche, il ne s'agit pas d'un "désaveu" pour David Pujadas, ce sont les mots de Delphine Ernotte. Elle assure qu’il ne s'agit pas non plus d'une décision politique, 10 jours après l’élection d’Emmanuel Macron dont certains la soupçonnent d’être une proche.

Et ce matin, après 24 heures de silence, Delphine Ernotte en dit plus sur ses intentions.

Dans une interview au Parisien-Aujourd’hui en France, la présidente de France Télévisions détaille sa volonté de donner "un nouvel élan" au JT de 20 heures. Surtout, elle officialise le nom de la remplaçante de David Pujadas : il s’agit d’Anne-Sophie Lapix, une "journaliste expérimentée", "la meilleure candidate possible pour ce rôle" selon Delphine Ernotte.

Une nomination assez cohérente finalement. On se souvient de cette fameuse phrase prononcée sur Europe 1, peu de temps après son arrivée à la tête de France Télé : elle faisait le constat d'une "télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans". Et elle voulait que les choses changent. C'est ce qu'elle fait aujourd'hui.

Une décision brutale qui marque la fin d’une époque, David Pujadas avait succédé à Claude Sérillon en septembre 2001.

Une décision qui déstabilise surtout la rédaction de France 2 et qui est jugée "irresponsable" par la Société des journalistes de la chaîne. La SDJ a d’ailleurs décidé de convoquer une assemblée générale, ce matin, pour réfléchir aux réponses à apporter à la direction. Elle débutera à 10 heures et pourrait aboutir à une nouvelle motion de défiance à l’encontre des dirigeants de France 2.