Ugly Delicious : la nouvelle série documentaire culinaire de Netflix qui dépoussière le genre

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Le coup de patte est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Nadia Daam vous présente son coup de patte personnel.

Elles sont partout : à la télévision, sur internet ou dans les podcasts. Les émissions culinaires sont devenues un genre en soi, surtout quand elles mêlent cuisine et téléréalité. Parmi lesquels les télécrochets de la bouffe type, Masterchef, Top chef ou Le meilleur Pâtissier de France.

Et un sous-genre vaguement des émissions dans lesquelles le chef Philippe Etchebest menace des restaurateurs médiocres et consentants de leur passer les mains dans un extracteur de jus, pour un cocktail de crevettes avarié.

Pas besoin d’être soi-même bon cuisinier pour être adepte de ce type de programmes. Nadia Daam est personnellement capable de rater la cuisson d’une Pastabox et de trouver que la revisite de la tarte au citron de tel ou tel candidat de Top chef, manque de pep’s et de gourmand. Et nous sommes nombreux à regarder ces émissions, en faisant semblant de savoir ce que c’est que l’agar-agar, le citron yuzu, un cromesquis, une espuma alors qu’à la maison, on part sur des pâtes cuisson trois minutes et du jambon de la mer (du surimi, donc).

Pourtant, et alors que la lassitude commencer à poindre, un OVNI a débarqué sur Netflix, la plateforme vidéo. Ça s’appelle Ugly Delicious (délicieusement moche en français) et ça ne ressemble à rien de ce qu’on connaît.

C’est une série-documentaire de huit épisodes pilotée par David Chang, un chef new-yorkais, d’origine coréenne et mondialement connu. On le suit, dans les cuisines de grands restaurants mais aussi dans des échoppes ou l’on vend du poulet frit, des, pizzas, des tacos. Dans le jardin d’amateurs de barbecue, dans des fast-food.

Cette série, c’est d’abord un plaidoyer contre ce qu’on appelle le foodporn. Ce moment où l’aspect visuel d’une assiette a commencé à primer sur le contenu. Et où la nourriture a été soumise à des tendances comme dans la mode. Ça a par exemple donné la mode des légumes oubliés, alors que si on avait oublié le panais, c’est qu’il y avait une bonne raison.

David Chang milite aussi contre l’élitisme de la bouffe, les ayatollahs de la nourriture qui émettent des fatwas contre ceux qui prennent trop de libertés avec la gastronomie. Nous vivons tout de même dans un monde ou le chef britannique Jamie Oliver a reçu des menaces de mort sur Twitter parce qu’il a mis du chorizo dans sa paella, ce que la recette traditionnelle ne prévoit pas. La nourriture est devenue un nouvel intégrisme source de lignes rouges à ne pas franchir : que Bachar el Assad cuisine de la mozzarella au lait de vache et non de buflonne, et vous verrez que le conseil de sécurité de l’ONU va se réunir.

Car ce que David Chang rappelle aussi, c’est que la nourriture est politique. Ugly Delicious est une ode à la mondialisation heureuse. Il filme un pizzaiolo norvégien, un foodtruck de tacos-arabes, la cuisine vietnamo-cajun que l’on peut déguster à la Nouvelle-Orléans. Autrement dit, il montre que les migrations sont sources de richesse et de transmission.

Et ça a une résonance particulière dans les États-Unis d’aujourd’hui, l’un des épisodes raconte l’histoire de Cristina Martinez, immigré mexicaine illégale, chef d’un des 10 meilleures restaurants américain, menacée aujourd’hui d’expulsion.

Bref, Ugly Delicious raconte tout à la fois, qu’il ne faut pas trop se prendre au sérieux quand on mange et qu’on cuisine mais que la cuisine, c’est du sérieux.