"Salope est l'insulte la plus entendue par les femmes dans la rue"

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Le coup de patte est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Nadia Daam vous présente son coup de patte personnel. En ce mercredi, un groupe de travail consacré à la verbalisation du harcèlement de rue

On l’a appris cette semaine, Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes a annoncé l’ouverture d’un groupe de travail consacré à la verbalisation du harcèlement de rue. Le harcèlement de rue n’étant pas caractérisé par la loi, il reste dans l’immense majorité des cas impunis. Alors je pourrai évoquer ici, les arguments brandis par ceux qui sont en faveur de plus de sévérité avec les harceleurs.

Je pourrais vous dire que 65% des Françaises ont subi le harcèlement de rue avant 15 ans. Que 100% des utilisatrices des transports en commun en France ont été victimes au moins une fois de harcèlement sexiste ou d'agressions sexuelles.

Ou encore que "salope" est l'insulte la plus entendue par les femmes dans la rue juste devant "pute". Et oui, nous les femmes, on a droit à des réductions chez Monceau Fleurs et une deuxième zone d’épilation offerte chez Body Minute chaque 8 mars, journée des droits des femmes, un tel privilège, ça se paye !

Je pourrais aussi vous dire que (statistiques personnelles à l’appui) 100% des harceleurs de rue sont intimement persuadés que les femmes ont un patrimoine génétique commun avec le labrador, et qu’elles vont donc faire demi-tour quand on les siffle. Alors que non, moi, on me siffle, ça me fait juste sauter des plombages. Je vous jure les mecs, aucune histoire d’amour n’a jamais été bâtie sur une rencontre fortuite, entre une femme qui marchait dans la rue et un homme qui l’a invitée à monter dans sa Fuego.

Je ne vais pas non plus vous faire la liste de tous les trucs plus un peu chiants mais plus toujours agréables dans la vie que le fait de se faire harceler par un inconnu (comme par exemple, un herpès labial, une malade nosocomiale, ou un film de et avec Nicolas Bedos)

Non, je ne vais pas faire tout ça, mais réparer une injustice : donner la parole à tous les défenseurs du harcèlement de rue qu’on entend malheureusement pas assez peu si on ne fréquente pas assez assidûment les bars PMU et les travées de l’assemblée nationale.

Je vais par exemple citer un certain Guillaume Perrault auteur d’une tribune publiée sur le site du Figaro en réponse à l’annonce de la verbalisation des harceleurs, et sobrement intitulé "Marlène Schiappa aurait-elle verbalisé Blum et Pompidou ?"

Tribune qui invoque des anecdotes relatant comment Pompidou a rencontré sa femme en l’abordant dans le quartier latin. Et comment Léon Blum chopait des meufs place de Courcelles. Ça, on veut bien le croire, les gars, mais quand tu en es au stade ou tu dois limite citer René Coty pour dire que c’était mieux avant, c’est que tu es un poil à court d’argument. Vous allez voir qu’un jour, on va nous dire que "Charles de Gaulle aussi aurait mis une main au cul à Yvonne sur la ligne 13 du métro".