Quel est le type de scénario français type ?

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Le coup de patte est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Nadia Daam vous présente son coup de patte personnel.

Quel est le portrait-robot d’un film français ? Que nous réserve le cinéma en 2018 ? Eric et Quentin ont-ils demandé à être auto-déchus de la nationalité française après leur bien nommé long métrage "bad buzz" dont ils sont les acteurs, les auteurs, et surtout les responsables quand il s’agira de répondre de leurs actes lors du Jugement dernier ?

Ce sont autant de questions auxquelles "Lecteurs anonymes" a tenté de répondre. "Lecteurs anonymes", c’est un groupe de scripts doctors, ces gens dont le boulot consiste à améliorer voire à réécrire les scénarios.

Ils ont analysé plus de 250 scénarios de films français ayant obtenu un financement (c’est à dire qui seront bientôt dans les salles) pour en tirer des statistiques assez éclairantes sur la typologie des scénario français. Qui les écrit ? Pour raconter quelles histoires ? Histoires qui se déroulent où et avec quels personnages ? Après "Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?", Christian Clavier va-t-il incarner un dentiste, électeur de Laurent Wauquiez dont la retraite va être chamboulée quand sa fille épousera un réfugié afghan bénéficaire du RSA dans un film intitulé "mais he ho dis donc, ça suffit là, hein, bon".

Et bien les statistiques de lecteurs anonymes nous permettent d’en savoir un peu plus sur tout ça. Les chiffres sont disponibles sur leur site et révèlent par exemple une prédominance du masculin : seuls 16% des scripts sont écrits par des femmes, les autres le sont essentiellement par des hommes ou plus rarement par des duos mixtes.

Cette donnée pourrait être sans grande importance sauf qu’on apprend dans la même étude que quand le scénariste est un homme, le personnage principal est généralement un homme, et que quand le scénariste est une femme, le personnage principal est généralement une femme. Ca signifie que les scénaristes aiment à parler de leur propre genre. Et ça confirme surtout ce dont on avait l’intuition : le scénario de "Boule et bill 2" a bien été écrit par un bichon maltais, et le scénar de "Toute première fois" est bien la toute première idée d’un patient à peine sorti de sa toute première trépanation.

L’autre donnée à retirer de cette étude, c’est qu’il y a une parfaite parité entre l’humour et le drame : 38% de comédies, 38% de ce qu’on appelle désormais, un drame social, ou un « thriller social ». La définition d’un "drame social au cinéma" selon Gilles Deleuze, philosophe, c’est la production d'énoncés collectifs non unanimistes sur la confrontation entre exploitants et exploités. La définition d’un « drame social au cinéma », selon Nadia Daam, titulaire d’une carte UGC,

c’est un film dans lequel Vincent Lindon perd aux prud’hommes.

La bonne nouvelle, c’est que vu le contexte économico-socio-politique ; des drames sociaux, on devrait en avoir plein : mais grâce à la novlangue jupiterienne, ils ne s’appelleront plus "la loi du marché" ou "merci patron". Mais "comment je me suis disputé avec les accords de branche". C’est sûr, c’est moins fort. Sauf si 2018 nous réserve avec film dans lequel Christian Clavier perd aux Prud’hommes, auquel cas, Nadia Daam cède gracieusement son idée de titre "he ho dis donc, ça suffit là, hein, bon".