"Quand un mec te palpe l'entrejambe sans que tu n'aies rien demandé, ce ne sont pas des avances"

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Le coup de patte est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Nadia Daam vous présente son coup de patte personnel... En ce lundi, le photographe français Patrick Demarchelier accusé de harcèlement sexuel par sept femmes.

Son nom ne vous dit peut-être rien, surtout si comme moi, le monde de la haute couture vous intéresse à peu près autant que les épreuves de curling aux JO. Mais c’est une célébrité dans l’univers de la mode et de la photo. Il s’appell Patrick Demarchelier. C’est un photographe français, très reconnu, notamment pour ses clichés de Madonna, Céline Dion et de top models. Et ses collaborations avec le groupe Condé Nast, qui édite Vogue, Vanity Fair ou Glamour

Obligée de céder à ses avances sous la menace. Voilà pour le CV officiel. Qui vient de prendre des coups. Sept pour être précis. Car sept femmes accusent le photographe de harcèlement sexuel. C’est ce que révèle une enquête du Boston Globe publiée vendredi. Le très sérieux quotidien américain a recueilli les témoignages d’ex collaboratrices de Demarchelier. L’une racontant que le photographe lui a touché les parties génitales, l’autre, la poitrine. Une troisième qu’elle a été obligée de céder à ses avances sous la menace. Alors quand je dis "cédé à ses avances", je cite les mots de la dépêche AFP. Mais on est bien d’accord que quand un mec te palpe l’entrejambe sans que tu n’aies rien demandé, ce ne sont pas des "avances". 

"Forcer une femme à avoir des rapports, ce n’est pas de la drague lourde". Roméo a fait des avances à Juliette et réciproquement, Jack a fait des avances à Rose sur le Titanic. Mais le harcèlement sexuel, ce n'est pas Coup de foudre à Notting Hill ; il faudra un jour cesser d’emprunter au champ lexical de l’amour courtois pour parler de harcèlement. Et d’appeler un porc un porc : quand Harvey Weinstein se masturbe dans un ficus, ce n’est pas pour fertiliser les sols, et quand Demarchelier force une femme à avoir des rapports, ce n’est pas de la drague lourde. Forcerait pardon. Il faut bien entendu employer le conditionnel parce que les faits n’ont pas encore été établis, et pour ne pas donner du grain à moudre à tous les juristes freelance qui se sont découvert une passion pour la présomption d’innocence depuis les mouvements #metoo et balance ton porc. 

L’article du Boston Globe raconte aussi que son employeur, Condé Nast, et Anna Wintour avaient été informés par ces femmes et n’ont semble-t-il pas réagi. On apprend également que d’autres photographes dont un autre Français sont également mis en cause. Des noms qui s’ajoutent à ceux de Bruce Weber, Mario Testino ou Terry Richardson, autres photographes incriminés. Donc là, je crois que c’est bon, on peut dire que dans la mode n’est pas épargnée. 

Entendu sur Europe 1
Il faudra un jour cesser d’emprunter au champ lexical de l’amour courtois pour parler de harcèlement.

Et pourtant, il y a quatre mois, aux débuts du mouvement MeToo, notre Carla Bruni nationale, ex top-model, répondait à une interview dans laquelle elle était interrogée sur les agressions sexuelles dans le mannequinat. Et elle répondait ceci : "Non, Cela n’arrive pas dans la mode. Je dirais que c’est une partie du show-business qui est sûre. Les gens ne veulent en aucun cas abuser des jeunes filles – ils veulent simplement les photographier. C’est un environnement très sain."

"Carla Bruni n’est pas #metoo, mais un peu mytho". C’est marrant, parce que même en dehors des affaires de harcèlement, "sain" ce n'est pas le premier mot qui me vient à l’esprit pour parler de la mode. Perso, je n'y enverrais pas mes gosses en colo en tout cas. C’est fascinant de déni, de crédulité ou d’hypocrisie cette déclaration. Mais au moins c’est clair, Carla Bruni n’est pas #metoo, mais un peu mytho.