Lettres d'amour : on aurait tort d’opposer correspondance écrite et correspondance numérique !

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le coup de patte est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque jour, Nadia Daam vous présente son coup de patte personnel.

Nadia Daam revient ce lundi sur la vente des lettres d’amour de Simone de Beauvoir par Claude Lanzmann.

Nous sommes en juillet 1952. Claude Lanzmann, est un journaliste de 27 ans. Simone de Beauvoir, écrivaine, a déjà publiée le Deuxième sexe et a 44 ans. Elle est la compagne de Jean-Paul Sartre avec lequel elle a conclu un pacte : pas de mariage, pas de vie commune, pas d’enfants et surtout, le droit à ce qu’ils appellent des amours contingentes. D’avoir amants et maitresses.

Aujourd’hui, on appelle ça avoir des plans cul réguliers et on se met en "open relationship" sur Facebook. Mais à l’époque, c’était follement classe et anticonformiste. C’est dans le cadre de ce pacte que Beauvoir et Lanzman vivent une histoire de sept ans au cours de laquelle l’écrivaine lui adressera 112 lettres d’amour.

Lettres que le réalisateur vient de vendre à l’université de Yale pour une somme non communiquée. Il explique qu’il n’a pas pu les publier chez son éditeur habituel car la loi française stipule que le contenu d’une correspondance appartient à celui qui écrit. La fille de Simone de Beauvoir s’est par ailleurs opposée à la publication. Et l’initiative a suscité beaucoup de commentaires sur les réseaux sociaux ce we. Il est reproché à Lanzmann de bafouer l’intimité de Beauvoir, et d’être impudique. On peut comprendre l’objection et se dire, en même temps, que c’est aussi sur les réseaux sociaux que sont publiés la correspondance entre Jeremstar et un certain Babybel.

En plus, on ignore encore si ces lettres vont être publiées aux États-Unis. Seul un extrait a fuité : "Chéri, mon amour absolu, mon enfant adoré, il n’y a pas de mots pour te dire mon amour.  Tu es mon destin, mon éternité, ma vie, ma joie, le sel et la lumière de la terre. Je me jette dans tes bras et j’y reste sans fin. Je suis ta femme, à jamais".

C’est magnifique et délicieusement désuet. Surtout quand comme Nadia Daam, la dernière missive reçue par un amant c’est un texto disant "c’est quoi ton digicode ?".

Et pourtant, on aurait tort d’opposer correspondance écrite et correspondance numérique. Certes, on ne s’envoie plus des mots d’amour sur papier à lettre monogrammés mais des sms avec un forfait virgin mobile. Mais les amants continuent à s’écrire. Simplement ils utilisent d’autres canaux. Il y a d’ailleurs un compte instragram fantastique qui s’appelle "amours solitaires" qui publie des échanges amoureux 2.0.

Reste que c’est vrai, que les sms, c’est pas toujours du Ronsard, surtout quand on a la mauvaise habitude d’envoyer des textos bourrés. Sur le coup, à trois grammes, on a l’impression d’être Alfred de Musset, le lendemain, à jeun, tu te rends compte que tu as écrit comme un membre des Poetic Lovers dyslexique.

Par ailleurs, au 21e siècle la dernière histoire d’infidélité et de correspondances, c’est la chanson Confessions intimes quand Vitaa infiltre la messagerie du mec de Diams.

Pas sur que Yale se porte acquéreur des paroles…