"La Fashion Week de la bouffe"

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Le coup de patte est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Nadia Daam vous présente son coup de patte personnel... En ce mercredi, un livre qui compile des plateaux repas. 

Le livre s’appelle "Self-service", il est publié aux éditions du Motel. C’est l’œuvre photographique de Benjamin Rondeau. Pendant toute une année scolaire, ce professeur de français a photographié les 64 repas qui lui ont été servis à la cantine du collège ou il enseigne. Soit 64 clichés de plateau contenant du céleri rémoulade, des demi-pamplemousse, des portions individuelles de camembert, de la ratatouille, des pots de yaourt, du poisson en papillote, du gluten.

Aucun hashtag, aucun filtre. Les images sont réalistes, voire naturalistes, et elles ne prétendent pas montrer autre chose que ce que la nourriture est : du manger. Et c’est franchement reposant de regarder des photos de nourriture ne comportant ni tartines d’avocat équitable, ni frites de panais, ni de burrata, ni hashtag et encore moins de filtres photos. C’est une démarche que le site Slate, qui publie certaines pages du livre, qualifie d’ "anti-foodporn".

Soit cette tendance qui consiste à faire de ses repas la fashion week de la bouffe. Vous savez que 208 millions de photos avec le mot-clé #food ont été postés sur Instagram depuis sa création en 2010. Sortir son téléphone au resto pour prendre en photo son œuf mayo et poster la photo sur internet est devenu très courant. Surtout si l’œuf mayo en question a été servi dans un bar à œufs. Suivant la logique des restaurants mono produits qui nous ont inoculé les bars à mozza, les bars à tacos, les bars à soupe, les bars à boulettes ou même les bars à eau. Alors que pardon, mais un bar à eau, c’est un robinet.

Entendu sur Europe 1
Vous savez que 208 millions de photos avec le mot-clé #food ont été postés sur Instagram depuis sa création en 2010.

Dans "Self-service", vous ne trouverez pas non plus de néologismes abscons censés désigner des trucs qui existent déjà comme en raffole notamment la presse féminine. Par exemple, une "cakista", c’est quelqu’un qui fait des gâteaux. C’est plus long, mais on comprenait bien le concept. Un brunch, c’est le fait de payer des œufs brouillés 30 euros. Et un "slunch", ce repas pris entre le goûter et le dîner, c’est l’alibi parfait pour se bourrer la gueule à 17h.

"Et si le 'souping' était le nouveau 'juicing' d'hiver ?". Mais il y a pire. Comme le juicing par exemple. Le juicing, désigne ces cures detox ou l’on se sustente exclusivement de jus de fruits et de légumes pour booster son système digestif. Comme par exemple, le jus d’épinard au réveil que j’ai testé pour vous, et qui a, à peu près les mêmes effets que la gastro-entéring. Mais le juicing, c’est fining, nous dit un article du magazine Elle, publié cette semaine et qui a beaucoup fait ricaner les réseaux sociaux, puisqu’il est intitulé : "et si le souping était le nouveau juicing d’hiver".

Changer de nom pour rendre sexy. Le "souping", c’est manger de la soupe. Et c’est vrai que ça sonne mieux que "réchauffer une briquette de Liebig". C’est super comme astuce, ça rend tout sexy : Quand tu te réchauffes une Pastabox devant The Voice, tu pasting, le seau d’ailes de poulet acheté chez KFC à 5 heures du matin, après une nuit de débauche, c’est du "chickening". Et si vous enfants rechignent à manger au self de l’école parce qu’il y a poisson bouilli le vendredi, dites-leur qu’ils vont "fishing". Et ça va passer crème enfin, "creaming".