Série télé : "The end of the f ** king world"ou le mal être adolescent, entre cynisme et poésie

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La série de PPDE est une chronique de l'émission Les petits pas dans l'écran
Partagez sur :

Chaque semaine, à 19h35, Clémence Olivier décortique les séries qui font l'actualité. Ce samedi : "The end of the f**king world", disponible sur Netflix.

Capturer le mal être adolescent avec humour et finesse n'est pas chose aisée. C'est pourtant ce que réussi The end of the f**king world, disponible sur Netflix, depuis janvier. L'histoire ? Celle de James, un ado britannique totalement introverti tendance psychopathe et celle d'Alyssa, lycéenne en colère contre le monde entier et en particulier contre ses parents.

Elle rêve d'évasion et de fuir un quotidien dans lequel elle ne trouve pas sa place. Lui, est lassé de tuer les animaux du voisinage, (oui c'est son hobby), et souhaite passer à l'étape suivante en s'attaquant à un être humain. Alyssa par exemple. Les deux vont alors s'allier, voler la voiture du père de James et partir en road trip au cœur de la campagne anglaise. Mais le voyage ne se passe comme prévu et tourne rapidement à la cavale.

Un ton particulier. Ce qui fait la qualité de cette mini-série (8 épisodes de 20 minutes) c'est son ton particulier. Elle est à la fois trash et poétique, violente et drôle. Car les deux ados n'ont aucun tabou, ils se permettent tout durant leur virée : voler, insulter, frapper... Et le spectateur s'en délecte car les dialogues, très crus, sont aussi très bien écrits.

Surtout, cette violence et ce cynisme contrastent avec une mise en scène toujours soignée et des séquences très poétiques. Comme lorsque les deux ados marchent au ralentis dans la forêt alors que le soleil se couche, ou lorsque la caméra s'attarde en gros plan sur une Alyssa allongée dans l'herbe exposant ses tourments. La bande son teinte également la série d'une couleur pop et rétro. James et Alyssa sont bercés par la musique de Françoise Hardy ou les creations originales de Graham Colxon.

Une révolte adolescente. Au-delà du style, le propos est particulièrement intéressant. La série, inspirée d'une BD graphique, celle du britannique de Charles S. Forsman, décortique en profondeur le mal être adolescent. James, cet ado taiseux et coincé, crie silencieusement "Ai-je vraiment le droit d'exister ?".  D'ailleurs, il raconte qu'enfant, il n'a pas hésité à plonger sa main dans une friteuse bouillante pour ressentir quelque chose. Alyssa, elle, n'a pas de limite. Mais au fond, cette révolte est sa façon à elle de lutter contre l'abandon de son père, le délaissement de sa mère et la bassesse des adultes en général, qui dans la série ne sont pas du tout épargnés.

Pour ces deux ados inadaptés au monde qui les entourent ce road trip apparaît alors comme nécessaire. C'est une bouffée d'air dans leur quotidien étouffant. Une virée pendant laquelle James et Alyssa vont trébucher, se relever, se découvrir l'un l'autre, découvrir qui ils sont aussi… Grandir en fait ! Surtout, c'est un road trip pour se sentir vivant.