Série télé : "Monstre sacré" ou la chute d'une icône nationale

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La série de PPDE est une chronique de l'émission Les petits pas dans l'écran
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Chaque semaine, à 19h35, Clémence Olivier décortique les séries qui font l'actualité. Ce samedi : "Monstre Sacré", mini série britannique diffusée le 15 mars sur Arte.

C'est une série qui résonne. Ancrée plus que jamais dans l'actualité. Monstre Sacré, diffusée à partir du 15 mars sur Arte, raconte l'histoire d'une chute, d'une dégringolade. Celle de Paul Finchley, une star de la télévision britannique en fin de carrière qui voit sa vie basculer lorsque plusieurs femmes l'accusent d'agressions sexuelles et de viol. Les faits se seraient produits vingt ans plus tôt.

Impossible de ne pas penser à l'affaire Weinstein, ce producteur américain accusé de viols et d'agressions sexuelles et aux autres célébrités mises en cause dans des cas similaires. Car là aussi il est question d'un milieu du show biz machiste, d'abus de pouvoir et de la notion de consentement.

L'affaire Jimmy Savile en toile de fond. Pourtant la série diffusée au Royaume-Uni à la fin 2016 s'inspire d'abord d'un autre scandale, l'affaire Jimmy Savile. Ce présentateur britannique, aux manettes de l'émission Top of the pop, était adulé, porté au rang de célébrité nationale. Mais quelques mois après sa mort en 2011, il a été accusé de centaines d'agressions sexuelles notamment sur des mineurs.

Paul Finchley, joué par Robbie Coltrane, qui campait Hagrid dans les films Harry Potter, est lui aussi aimé par les Britanniques. C'est un humoriste qui fait partie du patrimoine télévisuel. Dans la rue, on le salue avec entrain, on lui parle de ses sketchs qui ont fait sa renommée. Et sa bonhomie, sa démarche peu stable - il se déplace avec une canne - inspirent la sympathie.

Le doute s'immisce. Mais les accusations d'agressions sexuelles et de viol bouleversent tout. Peu à peu le regard posé sur Paul Finchley change, dans l'opinion publique, dans les médias mais aussi et surtout dans sa famille. Le doute s'immisce chez Marie, la femme de Paul, qui va se mettre à questionner certaines de ses conduites qui lui paraissaient jusque-là "normales". Mais le doute gagne aussi sa fille, Dee, toxicomane, qui se demande si son état peut être lié à d'éventuels comportements de son père qu'elle aurait oubliés.

Le scénario particulièrement bien écrit et le jeu des acteurs, tout en nuances, rend cette histoire particulièrement crédible. Robbie Coltrane est à la fois attachant et glaçant. Julie Walters, qui campe la femme de l'humoriste, est également bluffante dans le rôle de cette femme qui découvre peu à peu que le visage de son mari n'est peut-être pas aussi lisse qu'il n'y paraît. La réalisation très esthétique, privilégiant les plans serrés, insiste aussi sur le trouble qui gagne les personnages.

Des sentiments ambivalents.  Le spectateur partage alors cette confusion. Plusieurs sentiments ambivalents s'entremêlent. La pitié d'abord, mais aussi le dégoût, voire la révolte. Paul Finchley est-il coupable ? Le suspense sera maintenu jusqu'au bout.