Série télé : "Atlanta" ou être jeune et noir en Amérique

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La série de PPDE est une chronique de l'émission Les petits pas dans l'écran
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Chaque semaine, à 19h35, Clémence Olivier décortique les séries qui font l'actualité. Ce samedi : "Atlanta", dont la saison 2 sort le 2 mars sur OCS.

Comment vit on aujourd’hui lorsque l’on est jeune et Noir aux Etats-Unis ? C'est la question au centre d'Atlanta, petit bijou de série entre drame et comédie, sortie en 2016 et dont la saison 2 arrive début mars sur OCS. L'histoire est celle de Earn, un jeune père de famille noir aussi intello que looser, joué par le créateur de la série, Donald Glover. Après avoir quitté précipitamment l'université de Princeton, il revient à Atlanta. Mais dans sa ville natale, cet Américain au look d'adolescent enchaîne les petits boulots, erre entre chez sa copine, qui ne l'est plus vraiment et ses parents, qui ne veulent plus de lui. Surtout, il galère.

Passionné de rap, il se met alors en tête de devenir le manager de son cousin, Alfred alias Paper Boi. Car ce rappeur un peu paumé, dealer à ses heures perdues, est devenu soudainement célèbre pour avoir été impliqué dans une fusillade, filmée et diffusée sur Internet. Atlanta s'intéresse à ce duo d'aujourd'hui, à leur quotidien, mais plus généralement à celui des Noirs des quartiers précaires de la ville.

  • Une série au ton décalé

Un humour décalé. Et elle le fait avec un humour décalé, totalement absurde dont Darius, pote perché de Paper Boi, est l'un des porte-voix. Certaines situations, cocasses, sont également oniriques, comme cette rencontre entre Earn et un inconnu dans un bus de nuit. L'homme, vêtu d'un costume et d'un nœud papillon aide le jeune à père à se questionner sur le sens de la vie tout en lui préparant un sandwich au nutella. C'est savoureux.

Une bande son rap. Une musique rap accompagne également Earn dans ses errements. Celle de Paper Boi, bien sûr, mais aussi celle de rappeurs de la scène locale d'Atlanta comme Migos ou encore Oj Da Juiceman. Mais des morceaux soul, voire électro résonnent aussi dans la série. On peut notamment entendre Tame Impala, Rihanna ou Bill Withers. 

  • Une série réaliste

Une plongée dans la ville… Autre réussite, la série transporte le spectateur dans la ville. Le créateur Donald Glover, également rappeur dans la vie réelle sous le nom de Childish Gambino, traduit avec justesse et poésie parfois l'ambiance de cette ville du sud des Etats-Unis : les bus qui ne sont empruntés que par les minorités, les fast-food avec boissons à volonté, mais aussi les autoroutes qui s'enlacent, les zones commerciales glauques, les quartiers cossus qui contrastent avec ceux délabrés, les grattes ciel qui jouxtent les espaces boisés…. C'est la ville d'Atlanta brute !

… et dans la vie des habitants. La ville n'est la seule à être dépeinte avec justesse. Les personnages, drôles et touchants, sont surtout très réalistes. A tel point qu'on pourrait par moment se croire dans un documentaire sur les jeunes noirs américains. Earn et Paper Boi témoignent d'une jeunesse désabusée. Ils ne croient plus vraiment au rêve américain et se demandent en permanence à quoi ressemblera leur avenir et celui de leur famille.

Le racisme et la violence. Avec Atlanta, Donald Glover montre aussi comment les jeunes noirs font face quotidiennement à la violence, celle de la rue et celle de la police. C'est particulièrement notable dans cette scène qui se passe dans un commissariat de la ville dans laquelle un homme noir visiblement dérangé fait rire l'assemblée avant de se faire brutalement tabasser par un policier. De quoi susciter le malaise pour Earn et pour nous téléspectateurs.

Etre jeune et noir à Atlanta, c'est également affronter le racisme ordinaire et les clichés sur les rappeurs, comme lorsqu'un fan de Paper Boi le félicite d'avoir pris part à une fusillade, car assure-t-il, "c'est ça le vrai rap". Dans la série, les failles de la société américaine sont exposées sans pathos, ni jugement mais avec cynisme parfois. De tel sorte que le téléspectateur sort de ces dix épisodes un peu chamboulé mais séduit, surtout avec l'impression de connaître un peu mieux l'Amérique,  la vraie.