La paupérisation brutale des classes moyennes.

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La revue des éditos est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Natacha Polony nous présente les différents éditos qui font la Une de la presse.

Une fois n’est pas coutume, un éditorial ce matin délaisse le commentaire de course de chevaux politiques et la chronique des ambitions balzaciennes pour nous parler d’un livre. Laurent Bodin, éditorialiste de l’Alsace, a lu Le Déclassement, le dernier livre du sociologue Louis Chauvel. Un livre qui se penche sur le phénomène sans doute le plus considérable et le plus déstabilisateur pour les pays occidentaux : la paupérisation brutale des classes moyennes.

"La lutte des classes en France en 2016, écrit Laurent Bodin, n’oppose plus seulement les plus aisés aux plus pauvres ou les patrons aux ouvriers. Chauvel fait la démonstration que l’ascenseur social s’est grippé il y a 30 ans. Le résultat est que les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres et qu’entre les deux, subsiste un étage médian dans lequel s’entassent ceux qui travaillent beaucoup mais souvent pour pouvoir faire face aux charges que cela induit, notamment sur le plan fiscal."

Cette majorité, en terme de nombre, est celle qu’on n’entend pas, celle qui ne se sent plus entendue. Et qui, répugnant à se réfugier dans l’abstention, bascule de plus en plus dans un vote de révolte. "Une société est-elle juste quand la moitié de ses citoyens ne paie pas l’impôt sur le revenu ? se demande Laurent Bodin. Est-il éthique que l’optimisation fiscale, consistant, in fine, à échapper à l’impôt destiné au bien commun d’une nation, soit devenue le sport le plus prisé des grandes fortunes ? À l’inverse, un revenu minimum versé par la collectivité n’implique-t- il pas une contrepartie, aussi symbolique soit-elle, ne serait-ce que dans un objectif de formation ?"

La paupérisation des classes moyennes constitue un danger de mort pour la démocratie, dont elles sont le premier soutien. Telle devrait être le souci des candidats à l’élection présidentielle. Encore faut-il que, dépassant le constat du sociologue, ils analysent les causes économiques de ce désastre.