Xavier Beulin : l'hommage à un agriculteur engagé

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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La presse quotidienne revient ce lundi sur la disparition de Xavier Beulin, le patron de la FNSEA.

Ce matin en Une de vos journaux, d’abord une couleur. Un bleu "corail" qui colore les pages de certains quotidiens.
En fait, une campagne publicitaire pour un fabriquant de portables. Les Unes du Le Figaro, du Parisien, de Libération sur fond bleu ciel. Sur les Échos, c’est un simple cartouche : on a refusé la campagne complète. Mais dans Libération, c’est tout le journal. Du coup, en Une, un petit message d’excuse aux lecteurs : "aucune prise de position politique subreptice dans ce choix de couleur".
Seulement l’artillerie lourde de la publicité.

Mais au milieu du bleu, il y a des titres. Donald Trump, souvent :
Les Échos : Premier mois sous haute tension pour Trump.
Le Figaro : Un mois après, Trump dans les tempêtes.
Le Monde : Trump : l’adhésion sans faille de son électorat.

Et puis, plus près de nous :
Libération : Mélenchon-Hamon : ils se disent non.

Xavier Beulin

Il y a d’abord les réactions politiques. Élogieuses, forcément. Celle de François Hollande, d’Emmanuel Macron, de François Fillon. Quand on dirige la FNSEA, on est influent auprès de tous les partis de gouvernement. Le Parisien parle de l’homme, de son histoire, lui qui avait dû reprendre à 17 ans l’exploitation familiale après le décès de son père. Mais il parle aussi de sa multinationale, Avril, centrée autour de la filière oléagineux. Il cite le discours : la défense d’une agriculture à taille humaine, la critique d’un système où l’on importe de l’Union Européenne 40% des poulets consommés en France, l’Allemagne qui emploie massivement des salariés détachés. Mais il ne rappelle pas que sa multinationale importait récemment du poulet brésilien bas de gamme. Le Figaro publie sur son site une tribune qu’il venait d’envoyer. Une charge contre un système dans lequel, sur 100 euros d’achats alimentaires, huit seulement reviennent au producteur. Mais Le Figaro publie aussi un article sur ces sucres ajoutés qui polluent notre alimentation et qu’on retrouve dans n’importe quel produit agro-alimentaire, les escalopes cordon bleu, les biscottes ou les yaourts aromatisés. Le sucre, ingrédient quasi magique qui permet d’atteindre ce que les industriels appellent le point de félicité, le goût sensoriel optimal. Et dans Le Parisien, c’est un article sur le plan de formation lancé par Mc Donald en association avec les régions parce que l’enseigne emploie 74.000 personnes en France. Les enjeux d’agriculture et d’alimentation sont liés. Et sans doute vaut-il mieux lire les textes de Libération sur les cantines scolaires en bio et sur la protection des sols européens. La sauvegarde des paysans français est là.

Monnaie européenne

C’est la Une d’Aujourd’hui en France : Peut-on se passer de l’euro ? Le journal a tranché : saut dans l’inconnu, coût incalculable. D’ailleurs, les marchés ont peur. Mais Libération s’intéresse au nouveau psychodrame de la zone euro : une fois de plus, on demande à la Grèce de rogner sur les retraites. Depuis 2010, le PIB du pays a plongé de 27%. Des citoyens travaillent 14 heures par jour pour un salaire inférieur de moitié à celui de 2010. Mais accepter que la Grèce sorte de la zone euro parce qu’elle ne remboursera jamais, ça, c’est impensable.

Le graphique de l’éléphant

C’est un dessin dans Les Échos qui permet de comprendre la situation politique des pays occidentaux. La courbe, qui mesure le rapport entre le revenu des individus dans le monde et la croissance de ce revenu sur 20 ans, a la forme d’un éléphant dont la trompe se relève. Le haut de la trompe, ce sont les revenus des très riches. Le dos de l’éléphant, ce sont les classes moyennes chinoises et indiennes qui ont vu leurs revenus croître grâce à la mondialisation. Le creux, le bas de la trompe, ce sont les classes moyennes des pays occidentaux dont les revenus ont stagné. Ce sont eux, les perdants de la mondialisation, et pour l’économiste Branko Milanovic, auteur du graphique, c’est ce qui explique la déstabilisation politique en Europe et aux États-Unis. On ajoute l’article de Slate sur l’historien américain Christopher Lasch, qui avait théorisé la révolte des élites se détachant des peuples, et l’on comprend ce qui se joue dans la campagne présidentielle.

Vermeer

Pour retrouver un peu de beauté, un peu de sérénité, la presse célèbre ce matin l’exposition Vermeer au Louvre. Dans Le Parisien, Yves Jeaglé se demande si la publicité pour la Laitière n’a pas édulcoré la puissance du célèbre tableau. Eh bien non. Il décrit l’érotisme délicatement suggéré, les formes pleines, le geste ancestral. La puissance du tableau est encore hypnotique.


C’est un thème dans l’air du temps. Le magazine Elle nous parle du burn-out parental, appliquant aux parents débordés la maladie diagnostiquée en entreprise. Mais c’est Le Monde qui en parle le mieux. Le cri de la mère dépassée : "Je te préviens, je ne répèterai pas". Parce qu’en fait, ce sont surtout les mères qui souffrent de burn-out. Celle qui a pris une demi-RTT pour mijoter un bon petit plat qui récoltera un "C’est dégueu". Celle qui s’installe enfin devant le film après les dents brossées, le doudou calé et la veilleuse allumée et dont l’enfant, tel un cow-boy tambourinant sur la porte d’un saloon fermé, crie "J’ai soif". Ou celle qui, au moment où elle se dirige vers l’ascenseur, un cartable dans une main, un enfant dans l’autre, entend "Au fait, j’ai piscine". Alors, pour tous ceux qui sont encore en vacances, profitez-en. Et pour les autres, courage !