Traité transatlantique : le plan secret des Américains

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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La presse quotidienne revient ce lundi sur l'enjeu du libre échange entre les Etats-Unis et l'Europe.

Ce matin en Une de vos journaux on essaie de réveiller les consciences :
Libération : Procès Luxleaks : justice pour les lanceurs d’alerte.

Mais il y a d’autres sujets sur lesquels les citoyens feraient bien de se pencher :
La Croix : Europe et Etats-Unis : l’enjeu du libre-échange.
Aujourd’hui en France : traité Transatlantique : le plan secret des Américains.

Pendant ce temps, le Figaro commente l’opération survie lancée par les derniers hollandais : la grande peur des socialistes.

Endoctrinement

La double page du Monde est glaçante : une description du système d’éducation mis en place par l’État islamique en Irak et en Syrie. Parce que les djihadistes, à l’image de tous les totalitarismes, ont très bien compris l’importance d’endoctriner la jeunesse. Alors ils publient des manuels scolaires, des programmes. Les sciences humaines, bien sûr, ont disparu. Plus d’histoire, plus de livres autres que le Coran. Plus toutes les règles de la charia et la culture de la violence. Restent les sciences physiques, les mathématiques et l’anglais : "C'est de la logorrhée takfiriste d'un côté, et d'anciens manuels manipulés de l'autre, explique un ancien professeur en exil. Avant, on demandait aux enfants de compter des ânes, on leur demande désormais de compter des kalachnikovs". "Les ânes sont aujourd'hui dans les classes, ajoute-t-il. Comment peut-on qualifier ces gens-là d'enseignants ?". La mise en place de ce programme a pris des mois. L’État Islamique a tout son temps.

Migrants

Alors que Libération nous explique comment le premier ministre turc Erdogan impose peu à peu sa censure sur l‘ensemble des ressortissants turcs en Europe avec le consentement de l’Union, prête à tout accepter pour voir s’appliquer l’accord qui pourrait limiter l’afflux de migrants, le site Atlantico nous raconte l’initiative d’une ministre norvégienne qui, sur l’ile de Lesbos, a plongé à l’eau avec une combinaison de survie pour, explique-t-elle, voir selon le point de vue des migrants. Après le hidjab day de Sciences-Po où des jeunes filles prétendent mettre un voile pour voir ce que cela fait, le modèle "vis ma vie", on se met à la place de l’autre cinq minutes et l’on s’imagine le comprendre, est visiblement en vogue.

EDF

30 après Tchernobyl, les Unes des journaux nous rappellent que le nucléaire inquiète : Le Courrier Picard : Tchernobyl, le nom qui fait encore peur. L’Opinion choisit de s’intéresser à la politique française : Nucléaire : promis, on décide bientôt. Une critique de la procrastination propre à l’exécutif français qui pourrait mettre EDF en difficulté. Mais l’article à lire sur le sujet, c’est l’interview du journaliste Jean-Michel Quatrepoint sur le site Figarovox. Une analyse impitoyable des erreurs accumulées dans la gestion d’Areva et d’EDF. Un résumé précis des enjeux de ce fameux contrat d’EPR britannique sur lequel l’actuel PDG Jean-Bernard Levy, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron qui rêve d’affichage diplomatique, prend un risque majeur. Bref, le contribuable français renflouera en cas d’échec.

Tafta

En matière d’affichage diplomatique, la presse ce matin s’intéresse enfin au sujet le plus crucial : le traité de libre-échange transatlantique. On rira bien sûr en lisant dans le Figaro les déclarations d’amour de Barack Obama à son amie Angela Merkel : "J’ai appris d’elle. Elle incarne beaucoup des qualités d’un dirigeant que j’admire le plus. Elle est guidée à la fois par des intérêts et des valeurs". L’éloge a pour but de convaincre la dirigeante allemande d’accepter un traité auquel seuls 17 % de ses compatriotes sont favorables. Mais c’est dans le Parisien que l’on comprend le mieux les raisons pour lesquelles les citoyens européens auraient intérêt à se pencher sur le sujet. Un traité de commerce dont on ne peut consulter les documents que par une demande spéciale, enfermé dans une salle, sans portable, muni seulement de quelques feuilles de brouillon, sous la surveillance d’un fonctionnaire et en s’engageant à n’en rien divulguer à la sortie : pas très démocratique. Sous prétexte d’ouvrir les marchés américains à nos PME, nous accepterons, nous dit le Parisien, de soutenir les États-unis dans leur guerre commerciale contre la Chine. Quitte à abandonner notre identité agricole et alimentaire et à adopter leur droit et leur norme.

Révolution transhumaniste

Notre avenir c’est aussi ce bouleversement de l’économie et des hommes dont débattent Luc Ferry et Michel Onfray dans le Figaro : faut-il avoir peur de la troisième révolution industrielle ? Michel Onfray voit dans cette évolution une destruction de la notion de compétence au nom de la libéralisation. Il reproche à son interlocuteur une conception purement matérialiste qui mesurerait la civilisation par le développement de la télévision, de l’ordinateur et du portable. Mais il faut lire surtout le numéro spécial de Sciences Humaines : nature, culture, la fin des frontières. Une exploration de cette hybridation future entre l’homme et la machine comme de l’effacement des frontières entre l’humain et l’animal. Toutes les questions qui se poseront à nous dans les années à venir et qui détermineront nos vies.


Pour l’instant, les derniers développements de la technique et du capitalisme ont surtout donné naissance à ce qu’un anthropologue, David Graeber, appelle les bullshit jobs. Pour une explication, il y a l’article de Jean-Laurent Cassely sur le site Slate. Et pour les applications, c’est dans le supplément Epoque du Monde. Consultant en concertation, manager du management, chief of happiness officer, tous ces boulots dont on est incapable de dire en quoi ils consistent et qui nécessitent au maximum 15 heures de travail par semaine. Mais le Monde nous explique quelles sont les stratégies pour faire croire au surmenage, nouvelle image de réussite sociale : les SEA ou signe extérieur d’activités, c’est ce long soupir devant l’ordinateur, ce massage qu’on se fait sur les épaules pour montrer son stress parce que "même dans un univers tertiarisé, le corps souffrant reste une bonne métaphore du consentement sacrificiel à la logique productive". Et puis, imaginez : on est jeudi et, après une semaine totalement improductive, vous lancez à la cantonade votre ultime SEA : " Désolé, mais je pose une RTT. Je suis à deux doigts du burn-out ! " Un équivalent : désolé, mais j’arrête d’agir, je suis à un an de la présidentielle.

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