Sénatoriales en France et législatives ern Allemagne : Emmanuel Macron est le grand perdant du week-end

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, deux élections qui se télescopent.

Oui, le renouvellement du Sénat en France et les législatives en Allemagne. Et l’analyse largement partagée, c’est que celui qui perd sur les deux tableaux, c’est Emmanuel Macron.
"Il a connu des dimanches plus flamboyant, écrit Dominique Garaud dans la Charente Libre, à la médiocrité attendue du score de ses troupes au Sénat est venu s’ajouter le choc des élections générales allemande. Angela Merkel gagne sans triompher et Emmanuel Macron a tout à craindre de la formation d’une nouvelle coalition qui pourrait sonner le glas de ses projets européens de réforme".
Dans l’Opinion, Jean-Dominique Merchet y voit aussi une très mauvaise leçon pour Macron en termes de gouvernance : "Une situation économique florissante, dit-il, et un taux de chômage historiquement bas en Allemagne. Résultat : l’extrême droite entre en force au parlement avec plus de 80 députés. Les électeurs allemands viennent donc d’envoyer un très mauvais signal à leurs voisins, en prouvant que l’amélioration de la situation économique n’est pas un gage de stabilité démocratique".

L’Opinion qui note, qu’à côté de ça, le renouvellement du Sénat n’a rien d’affolant. "Le Sénat toujours à droite ? Et alors ?" Dubitatif aussi, Paul Caraci dans Midi Libre qui juge que de toute façon, "le Sénat et sa vie trépidante passionne peu, son renouvellement à peine".

Il n’empêche pour l’exécutif il faut vite tourner la page de ce que Le Parisien, la Voix du Nord et le Républicain Lorrain qualifient de "revers".

Les Échos détaillent la stratégie d’Emmanuel Macron pour les jours à venir : "surtout, ne laisser aucun temps mort dans l’action".
C’est bien connu : la meilleure façon d’empêcher la floraison d’analyses grincheuses, c’est d’occuper l’espace, de donner des images et des discours. "L’exécutif va donc multiplier les chantiers, raconte les Échos, présentation du plan d’investissement d’avenir aujourd’hui, discours sur l’Europe demain, budget mercredi, et discours sur la sécurité jeudi". "Malgré les sondages, il a encore une légitimité, conclue un observateur anonyme, il doit donc aller vite".

Qui dit "parlements", dit évidemment "élaboration de la loi". Et celle qui arrive aujourd’hui à l’Assemblée Nationale concerne l’état d’urgence.
Oui comme l’explique Sud-Ouest, l’objectif de ce projet de loi antiterroriste est de sortir de l’état d’urgence en faisant entrer ses dispositions dans le droit commun ! "Doit-on craindre pour nos libertés ?", interroge le journal en Une.
Oui, répond Libération, qui en fait un dossier de cinq pages. Avec un rédacteur en chef spécialement appelé pour l’occasion : l’avocat Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des Droits de l’Homme et opposant farouche à cette nouvelle loi antiterroriste.
"L’obsession des hommes politiques, dit-il, c’est qu’on leur reproche un attentat. Or l’état d’urgence, on le sait, ne sert à rien. On a pensé à un moment qu’Emmanuel Macron était sincère dans sa volonté de le supprimer. Mais il décide d’en sortir non pas en le supprimant mais en le pérennisant ! A la fin, conclue l’avocat, pour juguler une menace sérieuse, on poursuit des gens dont ‘on peut penser’ qu’ils sont terroristes. C’est une loi des suspects, une loi dangereuse".

Dans la presse également, les consultations à venir en Catalogne et au Kurdistan.

Oui, la Catalogne d’abord, dont les habitants sont appelés aux urnes dans une semaine pour un référendum d’autodétermination interdit par Madrid. Dossier dans LaCroix qui pose la question de l’identité catalane.
"Voter ‘oui’ ne fait pas de nous des identitaires, se défend un jeune Barcelonais, nous ne rejetons pas les autres mais nous voulons plus d’autonomie parce que les institutions espagnoles ne fonctionnent pas et surtout ne nous représentent pas". Sur le port de Barcelone, Joan San Marti, 50 ans et catalan sur plusieurs générations résume : "c’est un conflit entre l’héritage franquiste, incarné par la droite au pouvoir à Madrid, et un peuple lié par une langue, une appartenance à la Méditerranée et une envie d’Europe. Madrid, dit-il, c’est l’antithèse de ce que nous sommes".

Une situation qui trouve un écho 4.000 kilomètres plus loin. En l’occurrence à Erbil, au Kurdistan irakien où les habitants sont appelés aux urnes aujourd’hui pour décider de l’indépendance de la région.
C’est aussi la photo du jour choisie par La Voix du Nord, où l’on voit un groupe de femmes manifester, se tenant par la main et agitant les drapeaux rouges, blancs et verts du Kurdistan ou les portants noués sur les épaules.
"L’issue positive ne fait aucun doute, écrit Thierry Oberlé dans le Figaro qui rappelle qu’en 1920, les Alliés avaient fait aux Kurdes la promesse de leur octroyer un état indépendant. Un projet enterré trois ans plus tard par la Société des Nations. "C’est ce vieux rêve qu’agite Massoud Barzani, chef du Kurdistan irakien, pour qui le moment est venu d’engranger les dividendes de la guerre menée par ses peshmergas contre l’État Islamique. Sauf que cette revendication a peu de chance d’être entendue : Bagdad menace "d’une action militaire", et l’Iran et la Turquie sont contre le référendum. Tous craignent l’éruption de guerres civiles.

Enfin, comment s’exprimer en démocratie. Aux États-Unis, ça passe désormais par le fait de mettre un genou à terre.

C’est LE geste d’insoumission du week-end. On a pu le voir notamment dans les stades de foot américain, en signe de protestation contre Donald Trump.
Pour comprendre, il faut remonter un an en arrière, lorsque Colin Kaepernick, l’ex-quaterback star des Forty Nine-ers de San Francisco s’est agenouillé pendant l’hymne américain d’avant match, il a expliqué vouloir dénoncer les violences policières. Et depuis, d’autre ont réitéré ce geste. Ce qui a visiblement rendu hystérique Donald Trump. "A la sortie d’un meeting, raconte l’Équipe, le président a tout simplement traité les joueurs de "son of a bitch", incitant les entraineurs à les virer. Résultat : une épidémie de genoux à terre pour les matches du week-end, joueurs et dirigeants, une centaine au total, précise le journal. "La nouveauté c’est que les soutiens de Trump se désolidarise, comme l’ancien entraineur, Rex Ryan, "c’est épouvantable dit-il, je l’ai soutenu, mais ces mots ne représentent pas les joueurs que je croise au vestiaire, aujourd’hui je me retrouve associé à Trump mais je n’ai pas signé pour ça".
Une contagion de genoux à terre qui dépasse le foot américain puisque d’après le Parisien, le chanteur Stevie Wonder a fait le même geste samedi lors d’un concert « ce soir je m’agenouille pour l’Amérique et contre la pauvreté".

De quoi rappeler que si la démocratie passe par les urnes, elle permet aussi la liberté d’expression dans la rue, dans les stades et les salles de concert.