Saoudiens, Russes, Turcs : qui sont nos vrais alliés ?

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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La presse quotidienne revient mercredi matin sur la Turquie qui tente peut-être de saboter la coalition contre Daech.

Ce matin en Une de vos journaux

Le monde a les yeux tournés vers la frontière turco-syrienne :
Le Figaro : la Turquie sabote la coalition contre Daech.
Libération s’interroge : Saoudiens, Russes, Turcs : qui sont nos vrais alliés ?

Pendant ce temps, la sécurité reste au cœur des préoccupations :
L’Opinion : Le PNR ou l’inertie de l’Europe face au terrorisme.
Le Canard Enchainé : Jusqu’où ira l’état d’urgence ? Hollande : "Rasons le Père Noël et interdisons la poupée Barbue"
Le vrai Hollande lui, est en Une de L’Express : Attentats, climat : "La France triomphera des périls"

Turquie

On était hier sur la constitution de cette fameuse coalition contre l’État Islamique. Ce matin, c’est déjà l’avis de décès qui est publié.
Libération en profite pour dresser un bilan de notre diplomatie et faire le point sur les pays censés composer cette alliance contre le terrorisme : Les États-Unis, l’allié effacé, les pays du Golfe, l’allié ambigu, l’Iran, l’allié indirect et la Turquie, l’allié malaisé. Le terme est faible.
Dans le Journal de la Haute Marne, Patrice Chabanet y va plus directement : "En admettant que l’appareil russe ait mordu de quelques kilomètres sur le territoire turc, il n’avait nulle intention de le bombarder. On aimerait que le gouvernement d’Ankara soit plus regardant sur les transits de djihadistes sur son territoire et sur les trafics en tous genres qui s’y opèrent pratiquement à ciel ouvert".
Mais c’est Renaud Girard dans Le Figaro qui dresse le meilleur bilan de la politique turque. Un bilan qui remet en perspective la rupture historique que constitue l’arrivée au pouvoir de Recep Erdogan en 2003. Le journaliste rappelle la volte-face du dirigeant turc vis-à-vis de Bachar Al Assad, le pacte secret avec l’État Islamique, l’abandon de la ville de Kobané et de ses combattants kurdes et le chantage vis-à-vis de l’Europe sur la question des migrants. "En Turquie, la police, l’armée et la marine sont très fortes. On ne nous fera jamais croire qu’elle n’avait pas les moyens de contrôler leurs côtes d’Asie mineure et de mettre fin aux trafics maritimes des êtres humains", le journaliste déplore donc les concessions d’Angela Merkel cédant au rapport de force. "Ce beau pays fut notre allié" conclut Renaud Girard. Hélas, il ne l’est plus.

Régionales

Pendant ce temps, la vie politique reprend ses droits.
La preuve : on voit ressurgir les inévitables sondages. Le Monde l’affirme donc en Une : après les attentats, le FN en position de force. Pour le journal, l’onde de choc des attentats modifierait profondément les enjeux des élections régionales.
Le Figaro prend les choses différemment avec un sondage : les attentats n’ont pas bouleversé la donne. Le FN serait conforté à la première place et le PS ne bénéficierait pas du sursaut espéré. Pour 58 % des français, les attentats n’auraient pas de rôle et ne les auraient pas fait changer de choix de vote.
Bref, on ne sait pas, mais on commente.

Loi Macron

Un petit article dans Le Parisien nous raconte tout de même un combat politique. Celui des coiffeurs. Gérard Capdet, le président de la chambre des métiers des Pyrénées Orientales a écrit, il y a quelques jours, un courrier pour alerter Manuel Valls contre un projet inclue dans la loi Macron 2 : alléger les conditions d’ouverture d’un salon de coiffure, ne plus exiger de diplôme. Les professionnels protestent contre "une libéralisation qui risque de mettre en danger, disent-ils, le système d’apprentissage et les consommateurs". "Une permanente ou une couleur, cela ne se réussit pas par magie" précise une coiffeuse et cela nécessite la manipulation de produits chimiques. Gérard Capdet voit dans cette mesure le mépris des intellectuels surdiplômés pour les formations des travailleurs manuels.

COP 21

Il y a bien sûr, la grande interview de François Hollande en Une de L’Express Spécial COP 21 avec des considérations sur les grands enjeux climatiques, le nombre de degrés de réchauffement qu’il s’agirait d’éviter.
Mais on lira plutôt le beau texte du conservateur en chef du département des peintures du Musée du Louvre dans Libération, réfléchissant au regard de l’homme sur la nature à travers l’art du paysage dans la peinture.
Pour comprendre ce rapport de l’homme à la nature, sans doute faut-il aussi lire l’article des Echos sur l’ouverture, en Chine, d’une ferme géante permettant le clonage industriel et la production d’un million de vaches par an. L’avantage de la Chine, c’est qu’elle pousse jusqu’à l’absurde notre logique de transformation de la nature en outil de production. Des vaches ou des boulons, quelle différence ?

Depardieu

Finalement, l’interview la plus intéressante dans L’Express, c’est celle de Gérard Depardieu. Parce qu’elle dessine à travers des phrases magnifiques une vision de l’homme et du monde : "Tout à coup, je tombe sur quelqu’un ou sur un paysage devant lesquels j’aurais pu passer sans m’arrêter, et là, aujourd’hui, je me laisse prendre. Je suis fasciné par la trace de l’histoire. J’aime savoir que des gens sont passés là et y ont laissé leur culture. J’aime la trace de l’homme débarrassée des rumeurs et des idées. Les idées sont encombrantes. J’aime la respiration, le cosmos et l’énergie qui s’en dégage". Il ajoute : "l’époque est pauvre. Il faut remplir des tuyaux. La masse devient bête parfois, alors que les individus sont passionnants. Une réflexion splendide sur la violence du regard des autres, sur la littérature, sur la politique et sa corruption". Et cet art de beaucoup dire en une phrase simple : à la question pourquoi mangez-vous autant ? Il répond simplement : "pour trouver quelque chose de bon".



Le chroniqueur des pages Sciences et médecine du Monde nous signale de nouveau un travail scientifique crucial.
Aux États-Unis, l‘état de l’Indiana a légiféré  pour empêcher les strip-teaseuses d’évoluer complètement nues ou de s’approcher à moins de trois mètres des spectateurs. L’affaire arrive devant la Cour suprême au titre du premier amendement. Mais refus de la Cour : la législation ne porterait pas atteinte à la liberté d’expression des strip-teaseuses. N’écoutant que leur devoir scientifique, des chercheurs ont donc inventé des tests qui se sont montrés sans appel : sans nudité ni proximité, la quantité statistiquement significative d’érotisme baisse. Le message est donc altéré et la liberté d’expression bafouée. La liberté d’expression, la foi en la science. Ces belles valeurs occidentales qu’il faut défendre contre les intégristes…