Qui veut la peau de la pilule ?

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, de l’anxiété et du doute sur de nombreux sujets.

C’est à se demander si on peut encore se fier à quoi que ce soit. Pas à ce qu’on mange en tout cas. Le glyphosate, l’herbicide de la firme Monsanto fait de nouveau la Une de plusieurs journaux, celle de l’Union, de 20 Minutes et du Dauphiné : "le pesticide qui sème le trouble". En cause, l’annonce faite hier par le porte-parole du gouvernement de l’interdire avant la fin du quinquennat, puis le rétropédalage un peu plus tard dans la journée. Edito de Didier Rose dans les Dernières Nouvelles d’Alsace : "qui sème l’indécision récolte l’incompréhension. A cultiver une bonne conscience écologique sans plus, la France s’enferre, dit-il, elle prétend porter en Europe le combat contre le glyphosate, mais dans son pré-carré, elle tergiverse (…) Nicolas Hulot reconnait pourtant un ‘problème phytosanitaire’". Et le journal de rappeler que le Centre International de Recherche sur le Cancer, affilié à l’Organisation Mondiale pour la Santé, a classé le glyphosate cancérogène probable.
Il y a ce qui nous nourrit donc, il y a aussi ce qui nous soigne. Le scandale du Lévothyrox est en Une de Nice Matin. Le Républicain Lorrain, lui, s’intéresse aux scandales sanitaires qui se multiplient : "en être victime se traduit par une double peine, écrit le journal, en plus de la maladie, il faut se battre contre la puissance des laboratoires". Dans l’Est Républicain, "la parole est donnée aux victimes", où l’on aborde pêle-mêle le Médiator, la Dépakine, le Lévothyrox et les implants Essure.
Et puis, le doute aussi dans Libération où l’on voit la bouche d’une femme, photographiée en gros plan, avec une pilule au bord des lèvres : "Qui veut la peau de la pilule ?" interroge le journal. Interview en page 18 de la sociologue Michèle Ferrand que le sujet agace : "Oui, prendre la pilule est contraignant, dit-elle, oui elle contient des hormones, mais à la fin, du poulet aux hormones à la pilule, on mélange tout. Cette quête d’un retour au naturel qui joue sur l’idée que "c’était mieux avant" est une illusion".

Et puis, peur et doute aussi en matière politique, avec la montée de l’extrême droite en Allemagne.

Pourquoi ce retour ? Qu’est ce qui nourrit l’AfD, ce parti "anti-migrants, anti-islam et anti-euro" comme le décrit le Figaro ? Dossier dans La Croix pour essayer d’expliquer "les raisons du malaise". "C’est essentiellement la crise migratoire qui a renforcé l’AfD, ce parti attire sur le thème de l’islam, du terrorisme et de la présence des étrangers. Mais il y aussi un ressort d’ordre social, écrit le journal : "j’habite à la campagne, raconte un jeune dans un meeting de l’AfD, mais aucun parti n’agit pour créer des emplois dans les petites villes !" A ses côtés, un retraité évoque les difficultés économiques de sa belle-sœur, une aide-soignante qui vit des aides sociales. "Ne sommes-nous pas le pays le plus riche du monde, ajoute une autre, est-il normal d’être moins bien payé si on habite dans l’Est plutôt qu’à l’ouest ?". Interview de Patrick Moreau, historien et auteur de "L’autre Allemagne, le réveil de l’extrême droite". Il met en garde contre les comparaisons hâtives avec le nazisme : "ceux qui voient un lien entre national-socialisme et l’AfD se trompent, dit-il, les gens qui ont voté pour ce parti ne sont pas convertis au nazisme. L’AFD a percé sur des thèmes très contemporains : terrorisme, immigration, nature de l’islam. Il a surfé sur le fait que les Allemands de l’est ont le sentiment d’avoir été les perdants de la réunification, il s’agit donc plus d’une question de répartition des richesses que de nazisme".
"La peur du déclassement" donc. Une inquiétude qu’on connait bien en France, c’est rien de le dire, nous qui avons vu le Front National atteindre le second tour de la présidentielle il y a cinq mois à peine.

Pour redonner de l’espoir, Emmanuel Macron avait promis de transformer le pays. Et c’est justement l’autre sujet qui intéresse vos journaux ce matin.

Oui, le plan d’investissement de 57 milliards d’euros présenté hier par Edouard Philippe : "C’est le grand flou", juge l’hebdomadaire Challenges pour qui "de nombreuses zones d’ombres demeurent". Même inquiétude dans les Échos qui alertent : "le déficit va se creuser fortement l’an prochain et dépasser les 80 milliards". "Gare à l’empilement des dépenses, prévient Etienne Lefebvre dans son édito, est-il bien sérieux d’en engager autant quand la France, déjà championne en la matière, est à la merci des taux d’intérêt ?"
On a retrouvé les cyniques. Un dernier pour la route : l’Opinion, qui parle d’un "bonneteau des milliards" et qui voit surtout dans la présentation de ce plan d’investissement "un grand plan de déshabillage de Jean pour habiller Paul".
Comme quoi, les plus grincheux, dans ce pays rétif à la réforme, ce sont peut-être les libéraux.

Enfin, il y a tout de même un sourire dans vos journaux.

Oui, un sourire sincère et bien heureux, en l’occurrence celui du président du Sénat, Gérard Larcher. "Larcher, l’agent stabilisateur de la droite". Portrait à lire dans l’Humanité qui explique que "sa méthode a payé, dans cette campagne, il n’a rien laissé au hasard (…) fin politique, excellent négociateur, ce normand de naissance sait ménager tout le monde. D’ailleurs, précise le journal, il ne tarit pas d’éloge sur la force de travail du groupe communiste".
Souriant, Gérard Larcher, en page 12 du journal Le Monde. "La force tranquille de l’ancien monde", titre l’article qui parle d’un homme qui incarne le Sénat et qui vibre lorsqu’il parle des territoires ». On cherche quelques nuances critiques, en vain. "De fait, résume le journaliste Alexandre Lemarié, l’atout majeur de cet homme affable, capable de vous proposer un verre de vin blanc dès 11 heures, c’est sa bonhommie".
Le petit blanc de 11 heures, ça peut faire des élections ou une migraine, c’est selon. Et justement, on terminera là-dessus. Puisque si vous ne cherchez que du positif et de l’espoir dans la presse, nous vous renvoyons vers la Une de Femme Actuelle. L’hebdo l’affirme : oui, "il y a des solutions contre les maux de tête et les migraines". Alors on n’y parle pas de vin blanc, mais de boire de l’eau, de respirer de la lavande et d’essayer l’acupuncture. Sachant qu’il y a aussi l’hypnose, qui "permet au patient de prendre de la distance et de diminuer le stress lié au mal de tête". A savoir si ça marche aussi pour l’actualité anxiogène, le magazine ne le dit pas.