Primaire et présidentielle dans tous les journaux

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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A cinq mois de l'élection présidentielle, la presse d'attarde sur les candidats, notamment à gauche.

Ce matin en Une de vos journaux on scrute l’avenir de l’Europe. Le Monde : "Des idées pour combattre le populisme en Europe". Le Figaro : "Défense : les urgences de l’après-présidentielle". Et puis on fantasme sur l’Amérique. Les Echos : "Les start-ups françaises à l’heure du rêve américain". L’Opinion nous parle du milliardaire qui veut nous emmener sur Mars : "Les nouveaux défis d’Elon Musk le magicien".

Primaire et présidentielle partout

Vous n’y échapperez pas. En Une de Libération, c’est Benoit Hamon, dans Le Monde, Jean-Luc Mélenchon. Le premier défend son revenu universel et rêve que les discussions sur le réchauffement climatique suffiront à mettre les Européens d’accord. Le second se demande à quoi bon un candidat PS et s’inquiète de l’attitude belliqueuse des tenants de l’atlantisme qui renforcent les tensions avec la Russie. Dans son éditorial des Echos, Cécile Cornudet s’amuse de cette configuration nouvelle qui fait s’arracher les cheveux de tous les stratèges politiques. "Il fut un temps pas si lointain où tout était simple. Un candidat, un adversaire principal : on le ciblait, on s’imposait, cela s’appelait avoir une stratégie." Alors, plutôt que de lire les stratèges déboussolés, sans doute faut-il se tourner vers des penseurs comme Jean-Claude Michéa. Dans Marianne, il creuse son sillon, la critique du capitalisme et du renfort que lui apporte la gauche par sa foi indéfectible dans le progrès. "Il faudrait parler aujourd’hui d’une amère victoire de la gauche. Son idéal d’illimitation est devenu le véritable moteur idéologique de l’accumulation du capital ou de la croissance, comme le confirme à chaque instant n’importe quel clip publicitaire (construisons dans un monde qui bouge). C’est même parce que son imaginaire no border triomphe désormais partout dans la pratique du capital moderne que la gauche progressiste a de plus en plus de mal à exister quelque part."

Capitalisme brutal

Une illustration : L’Humanité consacre une enquête à la vente à la découpe que subit le groupe Vivarte, (La Halle aux chaussures, André). En 2007, le groupe est racheté sur le principe d’un leveraged buy out (LBO) : on s’endette pour acheter une entreprise et on fait peser sur elle le poids de cette dette. En 2014, entrent en scène des fonds vautours qui siphonnent les bénéfices du groupe en lui appliquant des taux de 11% sur sa dette. Une illustration parfaite de la financiarisation et du principe de prédation. Heureusement, il existe des contre-exemples. En Une d’Aujourd’hui en France, Eric Belile, patron de la Générale de Bureautique, 45 salariés, première sur son marché en Bretagne et Pays-de-Loire, qui vient de transmettre son entreprise à ses salariés. Eric Belile a refusé des offres à 10 ou 12 millions parce qu’il savait qu’un tiers du personnel serait licencié. "Ça voulait dire que toutes les valeurs que nous avons créées depuis 30 ans allaient disparaître. Ici, on a un management particulier, fondé sur la considération du personnel, l’honnêteté et l’humilité au travail. Quand vous donnez de la considération aux gens, ils vous le rendent. Mais attention, nous demandons de la rigueur et de l’excellence." Le capitalisme, ça peut aussi être ça.

Marché du halal

L’article à lire ce matin est dans Libération. Un entretien avec Florence Bergeaud-Blacker, anthropologue, auteur d’une enquête sur le halal. Elle raconte comment cette distinction entre le licite et l’illicite ne relève d’aucune coutume dans les pays musulmans. Une invention des industriels, la rencontre entre le fondamentalisme de la révolution iranienne et le néolibéralisme de Reagan et Thatcher. Mais son extension induit chez les consommateurs musulmans un évitement social qui les coupe du reste de la société et fait le jeu des fondamentalistes. Elle cite des jeunes mères turques rencontrées à Bordeaux lors de ses premières enquêtes : "Avant, on ne mangeait pas halal. Nos parents ne savaient pas. Ils se trompaient." "C’est contre la perte de mémoire, contre la haine de soi et du passé que sèment les fondamentalistes que j’ai écrit ce livre."

Darts World Championship

Le magazine Society nous emmène à Londres jeudi 29 décembre pour un événement devenu culte : le championnat du monde de fléchettes. On y vient en famille, déguisé mais sans trop savoir pourquoi. On y admire des pom pom girls. "Ce qui est bien aux fléchettes, dit un spectateur, c’est que tu peux t’identifier à presque tous les joueurs. Ils sont tous gaulés comme toi, ont une femme comme la tienne, doivent rouler en Ford Focus. On est loin du foot, du rugby ou du basket." Et pour préserver les origines sociales des spectateurs, l’organisateur fait payer les sponsors et les diffuseurs. "C’est une espèce de politique commerciale socialiste. On a créé quelque chose où les gens ordinaires font l’événement. D’une certaine manière, c’est très proche du vote du Brexit ou de l’élection de Donald Trump."

Alors que l’Humanité revient sur les pitoyables résultats des élèves français en mathématiques, le site Slate nous offre un résumé des réponses apportées par des bloggeurs fous de maths à cette question cruciale : quelle est la probabilité de tomber sur la fève quand on découpe la galette ? Je vous passe les équations sur la taille de la fève et sa distance par rapport au centre. En gros, pour 8 parts, c’est au minimum une chance sur 4. Mais quel génie des mathématiques pourra calculer la probabilité qu’un candidat à la présidentielle puisse rassembler un patron de PME défenseur du capitalisme généreux, des ouvriers fans de fléchettes, et leur donner un espoir commun ?