Portrait-robot de l’électeur de gauche en 2017

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, les mots "positifs"

"Quels sont les mots qui vous évoquent quelque chose de positif ?" C’est la question que l’institut de sondage Ifop a posée à plus de 2.000 personnes pour L’Humanité. En ce jour d’ouverture de la Fête de l’Huma, le journal publie son baromètre annuel "être de gauche aujourd’hui". Verdict : parmi tous ceux qui ont été proposés, le "mot qui évoque le plus quelque chose de très positif" aux personnes de gauche est, la liberté, à 87%. Surprenant quand on attendait plutôt l’égalité, qui, elle, arrive 5ème du classement. En deuxième on trouve tout de même la solidarité. Puis, un peu plus bas sur le graphique, "l’entreprise", mot positif pour 70% des gens de gauche interrogés, et la "compétitivité" à 63%.  Et le "communisme" me direz-vous. Le communisme fini dans le quatuor des derniers, puisqu’il n’est jugé positif que par 33% des sondés.
Même le mot "libéralisme" remporte plus de voix, avec 50% d’opinions positives. Voilà pour le portrait-robot de l’électeur de gauche en 2017. Pour le reste, s’agissant de la Fête sur le plan politique, la presse est bien cynique. Mis à part le message en Une du journal de Jaurès : "Nous ne sommes "rien" soyons tous à la fête", vos journaux mettent l’accent sur la petite forme du PCF. 

"La gauche se cherche sans se trouver", titre par exemple le Huffington Post. Pour Le Figaro, "Le parti communiste se cherche un avenir". Libération fait l’impasse, tout comme l’hebdomadaire de gauche Politis. Et puis vous pouvez toujours chercher une interview du secrétaire national du PC, Pierre Laurent, ce matin c’est sur Jean-Luc Mélenchon que vous tomberez. Interview à retrouver en accès libre sur le site de La Provence, où l’ex candidat, qui ne sera pas à la Fête de l’Huma, affirme : "la vieille gauche est à bout de souffle". Mélenchon toujours, en Une de l’hebdomadaire Marianne, sourire de gentil et regard par en dessous, avec ce titre en un mot : "l’opposant". Et d’enterrer tout le monde en pages intérieures : "je suis devenu le premier de cordée de la famille, dit-il, la France Insoumise ouvre une nouvelle page de l’histoire de l’émancipation". Reste à savoir si le nom "Mélenchon" "évoque quelque chose de positif" pour les participants à la Fête de l’Huma, l’Ifop n’ayant pas posé la question.

Au-delà de la politique, qui dit "Fête de l’Huma" dit surtout "concerts"

Oui, cette année c’est le chanteur Renaud, "filloniste repenti" et électeur revendiqué d’Emmanuel Macron qui montera sur la grande scène. Et, comme le rappellent les Inrocks, ce n’est pas la première fois qu’un chanteur moyennement de gauche est invité. "En cette année 1985, écrit Matthieu Deprieck, les communistes perdent la main. Un an après avoir quitté le gouvernement, ils lâchent des sièges et des plumes. Alors comment s’assurer que la Fête fasse le plein ? Avec un atout maître : Johnny Halliday".
Et l’hebdo de raconter les doutes des militants : "dans ma section, raconte Michel, fan de Johnny et encarté au PC, certains de mes camarades ne comprenaient pas pourquoi on invitait un chanteur classé à droite." Mais pour Robert Hue, pas de doute, Johnny est l’artiste qu’il faut aux communistes : "pour les vieux bolchos, dit-il, Johnny c’était le showbiz et les Jaguar, ils ne voyaient pas que la jeunesse adorait le rock !" Et effectivement, le Jour J, dimanche 15 septembre 1985, quand les premières notes de "la musique que j’aime résonnent" les acclamations montent.

Johnny est aux anges et éteint la polémique en une phrase : "je suis très heureux d’être ici avec vous, car avant tout, c’est une fête des français !"
Le chanteur enchaine avec le morceau "équipe de nuit", qui parle des travailleurs, "un véritable manifeste communiste", écrit le journaliste qui rappelle que deux ans plus tard, ça ne l’a pas empêché de chanter "je t’attends" à Jacques Chirac.

Dans la presse également, au rayon des mots qui n’inspirent rien de positifs, il y a désormais "glyphosates".

"L’ennemi du petit déjeuner", titre Libé qui publie en Une la photo d’un bol de céréales, a priori appétissant, mais dont le bord est flanqué du logo à croix noire qu’on appose d’ordinaire sur les produits dangereux. En cause : "des traces de l’herbicides, classé cancérogène probable, qui ont été détectées dans des échantillons de céréales, mais aussi de pattes et de lentilles. C’est ce que révèle le rapport de l’ONG Génération Future sorti hier. "C’est pas net dans nos assiettes", titre aussi Sud-Ouest. "Alors est-il possible de se passer de cet herbicide ?" demande le journal. "Oui, répond un céréalier membre de la Confédération Paysanne, moi je m’en passe depuis 1995". Impossible répond un autre, "on peut le limiter, pas l’interdire". "Oui mais trop, c’est trop", lance Maurice Bontinck dans la Charente Libre, "le scandale des œufs contaminés au fipronil n’est pas encore digéré que les consommateurs découvrent un autre pesticide dans leur bol de céréales !" Et d’en appeler au gendarme européen face "au mastodonte Monsanto-Bayer" La commission européenne, elle, s’interroge sur la dangerosité des herbicides. Les Etats membres, eux, doivent voter en octobre sur la commercialisation du glyphosate.
En attendant, vous pouvez toujours manger bio. C’est le conseil de Que Choisir dont le dossier du mois porte précisément sur la question. Parmi les produits testés par le magazine, bananes, carottes, ou encore filet de poulet, aucun ne présente de traces détectable. "Manger bio est plus sain, dit Que Choisir, pour la raison évidente que ce régime fait baisser l’exposition aux engrais chimiques". Voilà, y’a quand même de l’espoir, encore faut-il se donner le temps, et parfois les moyens, de regarder les étiquettes.

Enfin, en bref, dans le Parisien, il y a un mot positif répété en boucle par Ringo Starr.

Oui, c’est "l’amour". Ça peut paraître décalé par rapport à tout ce qu’on vient de dire, mais l’ex-batteur des Beatles est interrogé pour la sortie de son nouvel album: "give more love", et pour  lui, c’est la clé : "peace and love, dit-il, évidemment, car on a bien besoin d’amour, je rêve qu’un jour le monde soit "peace and love", mais ce n’est pas un slogan politique". Et effectivement, j’ai vérifié mais l’Ifop n’a pas posé aux électeurs de gauche la question de savoir si "l’amour" est une valeur positive.