Paris sans voiture

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, la perspective d’une capitale sans voitures à moteur essence d’ici 2030.

L’annonce faite par la mairie de Paris génère quelques réactions spasmodiques. Dans Midi Libre, par exemple, Jean-Michel Servant fustige ce qui "sent à plein nez le bon vieux plan com’".
Les Echos critiquent, eux, une volonté "d’asphyxier Paris". C’est ce qu’écrit David Barroux dans son édito, "On peut se demander, dit-il, si Anne Hidalgo ne va pas trop loin et trop vite". "Est-elle au moins dénuée d’arrières pensées électoralistes", enchaine dans Le Point Sophie Coignard, sans aucunes arrières pensées.

Et puis il y a ceux qui jouent les acrobates dans leur façon de présenter les choses, comme le Figaro sur son site.
Titre de l’article : "Paris envisage d’interdire les voitures à essence".
Sous-titre : Hidalgo assure "qu’aucune interdiction ne figure dans son plan".
Question aux internautes : êtes-vous favorable à l’interdiction ?
Réponse, "non", à 65%. C’est à se demander si les 35% qui ont voté "oui" savent vraiment lire.

"Paris sans voiture", insiste encore Le Parisien en Une. "Est-ce réaliste", oui, répond globalement le dossier en page 2 et 3.
Le journal précise d’ailleurs que Paris n’est pas la seule à s’attaquer au sujet : Amsterdam a déjà interdits les diesels, Oslo prévoit d’interdire totalement les voitures dans son hyper-centre, et Oxford interdira tous les véhicules essence d’ici à 2020, dans trois ans donc.

La transition est d’autant plus faisable que "l’offre de véhicules électriques sera là en 2030". C’est ce qu’affirme dans l’Opinion la secrétaire générale de l’Avere, l’association pour le développement de la mobilité électrique : "pas d’inquiétude, assure Marie Castelli, les constructeurs planchent tous sur des projets viables. Et pas de doutes non plus sur la production électrique nécessaire : "ces voitures consomment à peu près autant qu’un chauffe-eau au moment de la recharge, pas besoin de produire plus de courant (…)
en revanche, conclue l’Opinion, pour réussir, Paris devrait prendre exemple sur Amsterdam, où tout acheteur de voiture électrique peut demander à la mairie l’installation d’une borne près de chez lui".

Autre sujet dans vos journaux, l’agriculture bio.

Oui, les états généraux de l’alimentation sont en cours, et plusieurs titres s’y intéressent. Avec des prismes divers.
D’un côté, il y a l’optimisme. À la Une par exemple de la République des Pyrénées qui a enquêté sur "le boom du bio en Béarn", la demande est telle que les producteurs "ont du mal à suivre la demande des consommateurs", précise le journal.

Et puis il y a aussi des inquiétudes. L’Est Républicain revient sur "la suppression des aides au maintien des exploitations converties au bio, une situation, écrit le journal, qui suscite la colère chez les représentants d’une filière qui est pourtant en pleine expansion en Bourgogne-France-Comté. Effectivement, l’Est Républicain rappelle que la consommation de produits bio a progressé de 22% l’an dernier.
Le gouvernement renvoie la patate chaude aux régions mais un élu régional l’assure : "dans un contexte où l’Etat nous supprime déjà 20 millions d’euros de recettes, nous ne pourrons pas compenser ces 30 millions d’euros d’aides tout de suite".
Il faudra donc "penser autrement", dit-il.

Penser autrement, agir autrement, c’est possible, et pour certains c’est déjà le cas.

Par exemple, à Mouans-Sartoux, 10 300 habitants dans les Alpes-Maritimes. Reportage à lire dans Le Monde.
"Depuis 2012, écrit Camille Labro, cette petite ville perchée sur les hauteurs de Cannes, nourrit ses écoliers en 100% bio, soit plus de 1000 repas par jour, sans surcout".
Pour y parvenir, l’article explique comment la commune s’est attaqué au gaspillage alimentaire : "en 2010, raconte l’adjoint au maire, nous étions dans la moyenne nationale, avec 150 grammes de reste par repas de 450 grammes, un tiers de la nourriture partait à la poubelle. Tout le fonctionnement des réfectoires a donc été revu : portions à la demande, possibilité de gouter avant de se servir ou encore tri des déchets effectué par les enfants. Résultat : les cantines ne jettent désormais que 30 grammes par repas, contre 150 auparavant. Restait la question de l’approvisionnement local. À défaut de trouver des agriculteurs bio capables de répondre aux besoins, la municipalité a décidé en 2011 en produire elle-même ses légumes".

Disons-le, c’est un peu le "reportage du bonheur", parce que tout le monde est content : le paysan à qui la mairie a confié la mission de cultiver les légumes et qui a le statut de fonctionnaire, les cantiniers qui sont "heureux" de travailler des produits frais, et, le plus important peut être, les enfants : "le bio, c’est bon au gout, atteste Evan, 9 ans". "On m’assure qu’il n’a pas appris ce discours à l’avance, conclue la journaliste qui confirme "ce jour-là à la cantine, tout le monde mange avec appétit (…) un vrai rêve d’enfant". 
À lire donc, dans le Monde.

Enfin, cette interview du chef étoilé Thierry Marx dans VSD.

Oui, c’est pas un scoop, parce qu’il parle beaucoup, souvent et un peu dans tous les médias, mais le titre de VSD attire l’attention :
"j’ai flirté avec la délinquance", affirme Marx, sourcils relevé et bras croisés sur sa chemise blanche.
Il raconte son enfance dans la cité du Bois-l’Abbé, à Champigny-sur-Marne : "dans années soixante-dix, les gens n’avaient pas de boulot, ils restaient dans la cité, dit-il et c’est comme ça qu’on a commencé à hanter les cages d’escalier. Alors bien sûr qu’on a flirté avec la délinquance, on aurait d’ailleurs tous pu basculer dans les grosses conneries, du genre toxicomanie. On a eu de la chance de se limiter aux vols de mobylettes, de bagnoles et aux bastons". Thierry Marx qui raconte avec toute sa gouaille la violence entre "les Gitans et les gens des cités, souvent le vendredi soir on se retrouvait aux Halles pour se foutre sur gueule, pour faire chier tout le monde, es commerçants et les autres".
Finalement, c’est sa passion de Bruce Lee qui l’a calmé, il s’est inscrit au judo puis a passé son CAP cuisine en candidat libre. La suite est connue.
Le jeune qui volait des voitures s’est retrouvé avec 2 étoiles au Michelin.
Bon c’est une belle histoire, en partie reconstituée sauce "happy end" peut être.
Mais ça n’enlève rien au message : celui qui sous-entend que, parfois, de temps en temps, malgré l’ampleur du défi, ce qui est mal engagé ne tourne pas forcément mal.