Marseille : une scène d'horreur

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, la France une nouvelle fois frappée par une attaque terroriste.

"Une scène d’horreur", titre la Marseillaise, "une attaque infâme", pour Nice Matin. La Provence publie la photo des sauveteurs qui tentent en vain de réanimer les deux victimes, "le choc" titre le journal dont la Une est imprimée en noir. Large bandeau noir aussi pour le Parisien qui illustre "l’effroi dans la ville". Et puis dans Midi Libre il y a cette photo d’une des jeunes femmes, elle est à terre en sang. Ses cheveux, étalés sur les dalles du parvis, lui couvrent le visage, les secours ne sont pas encore arrivés. Tant pis pour la pudeur et le respect des victimes semble dire le journal, il faut frapper les esprits. Dans son édito, Yann Marec fait monter les enchères de la psychose : "l’arc méditerranéen est cerné, dit-il : il y a eu Nice, Barcelone, Marseille, et demain ? Montpellier ? (…) comment douter de la pertinence de l’opération sentinelle, comment justifier l’arrêt de l’état d’urgence ? La bougie allumée et la tour Eiffel en berne, ça ne suffit plus". Une accusation de laxisme qui contraste avec le ton d’un autre édito, celui de Jean-Michel Marcoul dans la Provence. Son texte imprimé en blanc sur fond noir appelle à "résister : c’est la seule voie possible, dit-il, résister à la peur, résister à la tentation des idées arrêtées, excluantes, brutales et définitives. Résister aux polémiques, sur l’état d’urgence par exemple, des polémiques qui ont surtout une forte valeur ajoutée au baromètre de la politique". Face à la violence, à l’horreur et au chaos, on retrouve ces dernières années les mêmes mots. Les mêmes dilemmes : accuser ou se recueillir, soupçonner ou être solidaires. Toujours ce même cycle de réactions qui perdure maintenant depuis cinq ans, depuis 2012 et les attentats perpétrés par Mohamed Merah.

Justement, c’est l’autre grand titre de vos journaux : l’ouverture du procès des complices présumés de Mohamed Merah, aujourd’hui à Paris.

Dossier notamment dans La Croix, qui a choisi de publier non pas la photo du tueur mais celle de ses sept victimes. Les trois enfants et leur père abattus devant l’école juive Ozar Hatorah, et les trois parachutistes. Témoignage du père de Samuel Sandler : "si j’assiste au procès dit-il, c’est pour perpétuer la mémoire de mon fils et de mes petits-enfants, mais c’est aussi pour contrebalancer la notoriété de l’assassin". La journaliste de La Croix raconte qu’il ne supporte plus de voir le nom des Merah s’étaler dans les médias : "privons de nom ceux qui nous ont privés de vie", demande-t-il. De ce procès, les familles de victimes n’attendent pas grand-chose, plusieurs n’iront pas aux audiences, "je suis incapable de haïr", dit un parent, un autre ajoute que de toute façon "il n’y a rien à comprendre". Et puis il y a la mère de Mohamed Legouad, l’un des militaires tués, qui, elle, ira au procès "pour dire combien sa religion n’a rien à voir avec celle dont se réclame l’assassin". "C’est la double peine, explique son avocat, à la souffrance d’avoir perdu son fils, s’ajoute le fait d’appartenir en tant que musulman à une communauté de plus en plus stigmatisée (…) son fils avait l’amour du service à la nation tout en étant très attaché à sa confession". Etonnant destin croisé, écrit la journaliste que celui des deux Mohamed, qui avaient le même âge, 23 ans, étaient tous les deux issus de l’immigration algérienne et avaient grandi en cité HLM".
Enfin, à lire aussi, dans le Parisien l’interview de Loïc Riber, militaire rescapé, aujourd’hui tétraplégique. Il reçoit le journal dans sa chambre à l’Institut national des Invalides, sur les murs s’étalent les photos de lui en uniforme et au-dessus de la porte, les paroles de la Marseillaise. "Que vous a appris ce drame ?", demande le journal : "que la vie peut basculer à tout instant, dit-il, si j’ai la chance d’avoir survécu, c’est pour passer ce message : accrochez-vous, ne désespérez pas, soyez combatifs, et profitez de chaque secondes de l’existence".

Autre titre incontournable, ce matin, le référendum réprimé en Catalogne.

Le quotidien espagnol El Pais parle d’une crise institutionnelle grave. Son édito met le président, Mariano Rajoy, au pied du mur : "certes il faut défendre la loi, dit le journal, mais il n’y a pas que la loi. Fuir les responsabilités n’est pas tolérable et le président doit dire, s’il en est encore capable, quel est son véritablement projet pour que ce pays et ses 17 régions puissent vivre ensemble de manière pacifique et démocratique". Parallèlement, beaucoup de journaux notent que l’escalade était prévisible. Pour Laurent Marchand dans Ouest-France, "plusieurs raisons ont pesés, notamment la crise économique qui a usé les nerfs du pays, mais aussi le fait qu’aucune majorité stable n’est ressortie des deux dernières élections". Ceci explique peut-être le choix de la brutalité.
"Si Rajoy cherche à se montrer inflexible, explique Ludovic Lamant dans Médiapart, c’est d’abord parce qu’il doit satisfaire ses propres électeurs conservateurs. Il a trop à perdre vis-à-vis de son électorat traditionnel, en acceptant une consultation. Il a donc choisi d’incarner la défense de la légalité espagnole, pour ne pas se faire piquer le rôle par le parti libéral Ciudadanos".
Manière de dire après coup que l’intensité, la violence de la crise était parfaitement prévisible mais inévitable.

Était-ce prévisible ? Était-ce évitable ? La question qui se pose aussi sur un tout autre sujet : l’effondrement d’une barrière de sécurité ce week-end au stade d’Amiens.

Comme dit le Courrier Picard, "Le stade est au banc des accusés". Pour la Voix du Nord l’enceinte est vétuste, mais elle est aux normes, elle a été homologuée. Une réponse qui ne satisfait pas l’Equipe qui publie le témoignage d’un stadier lillois. L’accident était-il prévisible ? Jean-Claude Buisine, 52 ans, répond "oui" sans hésiter : "Quand on est arrivé dans le stade, la première chose qu’on a fait c’est vérifier la grille, et là, il y avait énormément de jeu. On l’a testée, on a vu qu’elle bougeait ! Ca faisait 15 jours qu’on savait que plus de 500 personnes allaient venir, c’est pas comme si on avait pas prévenu". Il explique qu’il a signalé tout ça à son responsable. Tout était prévisible, donc. Dans La Voix du Nord, un autre Jean-Claude, qui a le même âge et qui dit au mot près exactement la même chose, ajoute la précision suivante : "on a vu mais on ne pouvait rien faire".
Il y a ce qui est prévisible. Il y a ce qui est évitable. Mais il faut souvent bien plus que simplement savoir et prévoir pour conjurer le prévisible cours des choses.