Loi travail : précaire d’un jour, précaire toujours

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

La presse quotidienne revient ce mercredi sur le recul du gouvernement sur la loi El Khomri.

Ce matin en Une de vos journaux on s’inquiète de voir monter les eaux :
Libération : Crue du siècle : Paris coule-t-il ?

Mais c’est une autre vague qui menace :
L’Humanité : précaire d’un jour, précaire toujours, les jeunes refusent la loi du travail.
Le Figaro : Réforme du code du travail : Valls organise la retraite.
Le Canard enchainé : la ministre a un coup de mou, sa loi aussi ; El Khomri "Avec Hollande, le travail, ce n’est pas la santé".

La Croix célèbre les 250 ans d’un concours qui incarne l’élitisme républicain mais qui pourrait bien disparaitre parce que rigueur et excellence ne sont plus des mots à la mode : à quoi sert encore l’agrégation ? Mais le titre du jour, c’est celui de 20 minutes qui s’intéresse à ces français rêvant de se reconvertir en éleveur de chèvres dans le Larzac : avec ma bique et mon couteau.

Loi travail

On sent les commentateurs perplexes ce matin. Fascinés par la capacité de ce gouvernement à descendre une marche après l’autre, à toucher le fond et à creuser encore. "François Hollande a dû aller au catéchisme quand il était petit et apprendre à tendre la joue gauche en toute circonstance, écrit Sébastien Lacroix dans L’Union. Sinon, comment expliquer que, deux jours après avoir subi à peu près tout ce que le paysan en colère sait formuler d’injurieux et de grossier, il ait pris le risque de retransmettre en direct sa visite d’une entreprise, hier, sur l’appli Périscope. Ce n’était pas un torrent d’insultes mais un fleuve en cru". Ça, c’est pour la com. Pour les choix politiques ça n’est pas mieux. "Pour la seconde fois en trois mois, écrit le Monde dans son éditorial, le pouvoir exécutif expérimente une méthode de gouvernement inédite : on se tire d’abord une balle dans le pied gauche, ensuite dans le pied droit". Il y avait eu la déchéance de nationalité, mais la loi travail est à la hauteur. "Le gouvernement a réussi à provoquer un périlleux front du refus, poursuit Le Monde. On sait d’expérience ce qu’il en est : ou bien le gouvernement ne cherche qu’à gagner du temps et il cristallisera un peu plus les oppositions ; ou bien il est prêt à remettre en discussion sur des points importants ce projet mal emmanché et c’est le patronat et la droite qui l’accuseront de pusillanimité". Mais déjà les commentaires ont glissé vers la question de savoir si une retraite en rase campagne handicaperait François Hollande pour une candidature en 2017.

Primaires

Faudra-t-il qu’il en passe par là ? En tout cas, l’hebdomadaire Le 1 a décidé de s’interroger sur la nature de ce nouvel exercice : une mode ? Un piège ? Notre ami Olivier Duhamel les défend au nom de la modernisation d’une démocratie qui a encore de nombreux progrès à faire. Mais à côté, le politologue Rémi Lefebvre y voir au contraire un aveu d’impuissance. "La force des primaires est d’apparaitre comme un parangon de modernité démocratique dans un système politique en voie d’épuisement". Réponse à court terme, dit-il, à la fragmentation des partis et a l’hyper présidentialisation. Une sorte de cataplasme pour donner une légitimité à des candidats privés de base représentative dont l’inconvénient principal est d’allonger les campagnes en accentuant ce que les anglo-saxons le horse-race journalism avec in fine la victoire de celui que les sondages donnent gagnant contre l’adversaire politique. Un point qui met toute le monde d’accord : notre démocratie est souffrante.

Réforme pénale

C’est un entrefilet dans le Figaro qui nous raconte comment un article ajouté à la réforme de la procédure pénale autorise le juge d’application des peines à octroyer des réductions de peines supplémentaires à des détenus pour palier la surpopulation carcérale. Bref, ceux qui ont la "chance" d’être dans une prison surpeuplée pourront sortir plus vite. Drôle de façon de régler la question des conditions de détention abjectes dans les prisons françaises.

La Chine s’éveille

C’est aussi dans le Figaro qu’on trouve une pleine page sur la passion toute neuve de la Chine communiste pour le football. Pas seulement parce que Xi Jinping est un passionné qui a regardé 50 des 52 matchs du Mondial 1990, mais parce que la République populaire y voit un nouveau moyen d’étendre son influence. Avec des millions à dépenser pour acheter des joueurs européens et des millions de futurs joueurs à former. Et la conclusion d’Arsène Wenger : "La Chine semble avoir les moyens de faire déménager la totalité du championnat d’Europe vers la Chine". L’efficacité du centralisme démocratique : quand le chef aime quelque chose, les investissements suivent.

Saint Amour

Le film qui porte le doux nom d’un cru du Beaujolais est partout ce matin. Pour se faire descendre dans Libération qui le trouve bouchonné et, bien pire, sentimentaliste. Le Parisien au contraire, s’enthousiasme pour un film gouleyant. Mais ce qu’il faut lire, c’est l’entretien croisé dans le Figaro entre Benoit Poelvoorde et Gérard Depardieu. Un moment de grâce et d’éloge de l’ivresse. Depardieu qui déplore : "maintenant, il y a une espèce d’uniformité, tous les blés se ressemblent, tous les vins se ressemblent". Poelvoorde qui répond : "C’est très compliqué d’être ivre. Ça demande une certaine sagesse. On a tellement de mal à vivre alors on boit. A partir du moment où je me retrouve seul avec moi, j’arrive à communiquer avec les autres". Et cette conclusion sur le cinéma qui n’amène que la gloire. Et comme disait Madame de Staël : "la gloire est le deuil éclatant du bonheur".



Puisque l’on parle de cinéma et de paysans, le Monde publie un article extraordinaire sur une controverse cinématographique improbable : Les vaches font-t-elles de bonnes actrices ? Jean-Luc Godard avait attaqué dans les Cahiers du cinéma en 1979 Alain Tanner à qui il reprochait dans son film « Messidor » d’avoir filmé des vaches sans expression. Or, pour lui, le regard de ces animaux est tout sauf neutre, c’est un véritable regard critique. Réponse d’un critique : ces animaux ont un privilège sur l’homme : la neutralité du regard. L’article pourtant ne rappelle pas que la question date du 8ème siècle avant JC. C’est ainsi que dans l’Odyssée, on le trouve comme qualificatif homérique : Nausicaa aux yeux de vache. Allez voir au salon de l’agriculture.