L'heure est à la clarification dans la classe politique

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, le temps est à la clarification…

Parce qu’à vrai dire, malgré les cris d’orfraie, le transfert politique de mardi n’a pas surpris grand monde. Bruno Roger-Petit, feu journaliste à Challenges devient donc porte-parole de l’Élysée et quitte ce que Le Parisien appelle "son statut d’agent double" pour officialiser son "coup de foudre" pour Macron…

Et vos journaux débordent d’ironie grinçante pour qualifier l’affaire : "porte-parole enfin officiel" pour l’Humanité… "Macron adopte un labrador… et un chien de garde", tranche Marianne… Une violence dans la titraille qui trahit clairement l’angoisse de la profession.

Dans le Figaro, Guillaume Tabard résume : "ce changement de rôle ne peut qu’alimenter le soupçon d’un manque d’indépendance des journalistes…" C’est "la confusion" pour Hubert Coudurier dans le Télégramme, qui fait le parallèle avec la ribambelle de responsables de politiques qui, eux, deviennent chroniqueurs… Denis Daumin dans la Nouvelle République parle d’une "vaste consanguinité parisienne"…

Sur le site de Challenges, on fait plus sobre, en précisant que l’intéressé n’était qu’éditorialiste "invité"… L’hebdomadaire qui rappelle qu’en pleine campagne présidentielle, sa société des journalistes avait déjà dénoncé "la fréquence bien trop élevée de ses éditos pro-Macron".

Mélange des genres, ou clarification… Le Canard Enchaîné dresse lui la liste, plus discrète, mais tout aussi dérangeante des responsables politiques qui se lancent dans la finance. "François Fillon dont on a appris la semaine dernière qu’il rentrait chez Tikehau Capital, mais il n’est pas le seul écrit le journal : Luc Châtel, qui fut ministre de l’Éducation Nationale, vient de rejoindre la société d’investissement Ekkio Capital. Edit Cresson, ex-première ministre, devrait bientôt confirmer sa nomination comme administratrice de la financière Marjos, sans compter Jean-Marie Le Guen, ancien secrétaire d’état aux relations avec le parlement qui se lance lui, dans le courtage en assurances". Des transferts qui, contrairement à celui de Bruno Roger-Petit, suscitent légèrement moins d’émotion éditoriale…

Toujours à l’Elysée, clarification aussi de la politique étrangère de la France…

À la Une du Figaro ce matin : "Macron fait du terrorisme islamiste l’ennemi numéro un". Étrange priorité, présentée comme nouvelle, là où le lecteur peut y voir la continuité logique du «"nous sommes en guerre" du quinquennat précédent. Alors pourquoi une telle précision, une telle insistance ? "On se souvient, écrit Jean François Laville dans l’est Eclair, de responsables politiques réagissant à la suite de certains attentats sans même citer le mot terrorisme, encore moins islamiste.

Or il se trouve que parmi ces "responsables politiques", le dernier en date est... Emmanuel Macron. Le 17 août, son compte Twitter a subit une déferlante de commentaires rageux après son tweet de soutien "aux victimes de la tragique attaque" de Barcelone… Pèle-mêle, sympathisants FN, élus Républicains et militants PS spécialisé dans la traque de l’islamo-gauchisme l’accusaient de refuser de nommer l’évidence : précisément, le "terrorisme islamiste".

Politique étrangère donc, ou politique intérieure ?

Le Républicain Lorrain note que dans cette même conférence, "Macron vise Mélenchon via le Venezuela". Le président qui a qualifié mardi le régime de Nicolas Maduro de dictature, ajoutant ne "pas comprendre comment certains ont pu être aussi complaisant". Une conférence pour laquelle Patrick Appel Muller dans l’Humanité regrette les "silences" d’Emmanuel Macron : "aucun mot pour défendre Salah Amouri, jeune franco-palestinien en 'détention administrative' en Israël… Et rien non plus pour notre confrère Loup Bureau, reporter emprisonné en Turquie pour avoir fait son métier".

Pendant ce temps, en Allemagne, nul besoin d’exercice de clarification pour Angela Merkel qui marche sur les eaux… À trois semaines des élections législatives, "Merkel semble indétrônable" écrit La Croix. "La candidate tient sa force de la solidité économique du pays, mais aussi de son talent pour esquiver les attaques". Notamment celle sur l’injustice sociale du modèle allemand, reportage sur le quotidien des retraités outre-Rhin. "Trois fois par semaine, Karl Heinz doit se lever aux aurores… À 69 ans ce Berlinois se rend encore au travail dans une petite entreprise où il gère la comptabilité/ Ses dix heures hebdomadaires pour 450 euros par mois : 'après une vie de travail, dit-il, je pensais pouvoir me reposer, mais je n’ai pas le choix'. Une fois payés son loyer, sa mutuelle et l’électricité, il ne lui reste que 150 euros pour vivre", écrit Gwenaelle Deboutte… Comme lui, 11% des retraités allemands sont obligés de travailler, un chiffre qui a doublé en 10 ans".

Alors faut-il copier l’Allemagne ? C’est justement le dossier du numéro de septembre d’Alternative Économiques….

Le magazine qui explique que, certes, le taux de chômage est plus bas qu’en France, mais le nombre de travailleurs précaires augmente. 9% de de salariés pauvres en 2015, contre 6% en France, la faute aux 'mini-jobs', ces temps partiel peu payés, qui ne donnent droit ni à la retraite, ni au chômage… des contrats qui concernent sept millions d’allemands et qui contribuent à maintenir bas le taux de chômage. De quoi donner un écho étrangement dissonant à cette belle phrase d’Angela Merkel tirée d’une interview publiée ce matin dans Libération : "ce qui m’importe, dit-elle, c’est de donner une forme humaine à la mondialisation".

En bref, et toujours au rayon clarification, les ennuis de Bernard Laporte…

Interview à lire dans le Parisien, l’ancien ministre des sports et président de la fédération française de rugby tente de se défendre du conflit d’intérêt qui lui est reproché. L’Équipe essaye de vulgariser avec un schéma fait de flèches rouges et noires, reliant les principaux protagonistes. En jeu, la signature d’un juteux contrat en échange d’annulation de sanction contre le club de Montpellier.

Clarification aussi pour Robert Hue qui annonce sa retraite politique…

L’ancien dirigeant communiste publie une tribune sur le Huffington Post : "il faut savoir partir", écrit celui qui a semble-t-il du mal puisqu’il avait déjà annoncé sa retraite politique en mai 2016, en témoigne un article d’Eric Hacquemand, toujours en ligne sur le site du Parisien. 

Savoir partir donc, et clarifier les choses. Pour conclure, on peut citer cette interview d’un autre retraité de la politique dans l’Express : Luc Ferry… Quelle est votre plus grande passion demande l’hebdomadaire ? "L’amour", répond l’ancien ministre, bien évidemment… "On doit apprendre à passer de l’amour-passion, à l’amour-action, au choix actif de construire une vie bonne avec ceux que nous aimons". Interview qu’à probablement lue Bruno Roger-Petit qui abandonne honnêtement sa carte de presse pour l’amour de la pensée complexe.