Les exploits du sport français

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, le sacre du sport français.

A commencer par l’exploit de votre invité, François Gabart, "l’homme qui a rétréci le monde" d’après L’Equipe, et dont le visage fait la Une de La Charente Libre, du Télégramme ou encore de Ouest-France. Exploit en solitaire pour lui, et prouesse en équipe pour celles qui sont largement mises à l’honneur ce matin : les handballeuses françaises. "Championnes du monde", résume La Dépêche du Midi, "des filles en or", pour L’Est Républicain, "flamboyantes", pour Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Les joueuses dont la joie s’étale en Une du Parisien, de Sud-Ouest, de la Nouvelle République, du Maine Libre, du Républicain Lorrain mais aussi de L’Equipe qui titre sur "la deuxième étoile", référence à la première glanée en 2003.

Alors comment gagne-t-on ? Comment devient-on championne du monde ? D’abord, grâce à l’expérience d’un "guide", écrit Anouk Corge dans L’Equipe, "un coach apaisé", Olivier Krumboltz, "qui a eu l’intelligence d’écouter ses joueuses". Grâce aussi à une équipe plurielle, "à la fois jeune et expérimentée". Grâce enfin à une grosse préparation mentale. "Le dernier but, explique Alexandra Lacrabère, je me dis qu’il faut le mettre, donc je ne pense à rien d’autre." "On n’a pensé à rien, dit encore Laurisa Pivot, juste à gagner." Ça a l’air simple. Autres conseils en vrac, toujours dans L’Equipe, "ne jamais douter", "avoir son plan de jeu, s’y tenir", et "ne pas lever la tête sous la pression". "A un moment donné, ajoute Alison Pineau, le mental prend toute la place." Voilà, ne pas penser, ne pas douter, et se construire un mental de béton. Une partie de la recette menant aux victoires en handball, en voile, mais aussi, ne les oublions pas, en biathlon, puisque la France a décroché deux autres médailles ce week-end : celles de Justine Braisaz et Martin Fourcade, sacrés champions du monde de biathlon et qui font la Une du Dauphiné Libéré.

Autre titre ce matin, la journée internationale des migrants…

Là, il n’y a pas de médaille en jeu, et pourtant, à lire Libération, qui propose un dossier sur ceux qui passent la frontière par les Alpes, on comprend qu’il est question d’exploits au quotidien. Reportage de François Carrel, "à Montgenèvre, 1.800 mètre d’altitude, et un thermomètre affichant moins 8 degrés. Joël, accompagnateur en montagne, court aux quatre coins de la station de ski. Ce soir-là, il récupère en maraude onze jeunes Africains. Peu loquaces, hébétés, ils viennent du Sénégal, du Cameroun, du Mali, et sont tous passés par la Libye avant de traverser la Méditerranée." Ces trois derniers mois, explique Libération, ils sont sans doute 1.500 à 2.000 à avoir transité par Briançon, un mouvement qui inquiète Anne, secouriste bénévole : "Ces jeunes n’ont aucune idée des risques de la montagne, dit-elle, et ils ne font pas demi-tour. Peut-être qu’au printemps on retrouvera des corps sous la neige."

La Une de Libération dénonce "les sommets de la honte." En cause, l’annonce ce week-end d’un prochain durcissement des conditions d’accueil des migrants et d’une accélération des expulsions. "Fermer les frontières n’empêche pas les exils, écrit Paule Masson dans L’Humanité, en France, comme en Europe, chaque route migratoire bouchée par la police en ouvre une autre, souvent plus périlleuse." Pourtant, de l’autre côté, "la fermeté est plébiscitée par l’opinion", affirme Cécile Cornudet dans Les Echos. "C’est ce qui place Macron face à un casse-tête, résume Jean-Michel Bretonnier dans La Voix du Nord, notre société est-elle assez ouverte économiquement et ferme sur ses convictions pour pouvoir accueillir et intégrer ? C’est une question politique et le choix du chef de l’Etat sera décisif."

Une question qui n’a pas été posée hier soir à Emmanuel Macron. On parle de l’interview accordée par le président à France 2 et qui est largement commentée ce matin.

Oui, avec cette phrase présidentielle qui ressort absolument partout : "Je fais ce que j’ai dit." Voilà, c’est court mais c’est le principal élément de langage à retenir. Parce que pour le reste, la presse s’intéresse surtout à la forme de l’interview, au cadrage, aux travellings et autre flou artistique. Des effets, qui d’après le HuffingtonPost "révolutionnent le style". "Pendant 50 minutes, écrit Alexandre Boudet, Emmanuel Macron et son interlocuteur ont échangé debout, discutant à bâtons rompus dans les différents espaces de travail. C’est même sur le pas de la porte que l’entretien s’est achevé !" Incroyable. Dans Le Figaro, Guillaume Tabard y voit "un art très giscardien de la communication". Bon, si c’est Giscard, c’est pas trop révolutionnaire non plus. "Oui mais être assis, c’est être immobile, dit-il, alors qu’être debout, c’est agir. C’est aussi simple que ça." C’est simple. C’est révolutionnaire et c’est simple. "Tout ça n’était qu’u coup pour rien", commentaire d’Emmanuel Berretta sur le site du Point, qui fustige "un entretien sur un mode péripatéticien". Attention, pas d’affolement, rien à voir avec ce que vous imaginez, puisque "péripatéticien" vient du grec, "se promener". Techniquement, l’intervieweur s’est effectivement "promené" avec son hôte. On se gardera bien de tout autre commentaire.

Enfin, c’est rare, mais ça existe : on peut être en route vers le sacre et refuser la couronne.

Oui, c’est ce que confie Mathilde Klinguer, Miss Franche-Comté à L’Est Républicain. Le journal a voulu comprendre pourquoi sa miss n’a pas été retenue parmi les demi-finalistes, elle qui était pourtant présentée comme l’une des favorites. "C’est qu’en réalité, explique Mathilde Klinguer, je me suis rendue compte que Miss France, ce n’était pas ce que j’attendais. Alors, pendant l’entretien avec le jury, trois jours avant l’élection, je l’ai dit : je ne voulais pas être Miss France, je ne me voyais pas avec la couronne. C’est une marque, il faut rentrer dans le moule, et je ne me voyais pas sacrifier un an de ma vie pour ça. J’ai préféré le dire au jury, qui a très bien compris et qui n’a pas pris le risque de faire élire une Miss qui ne voulait pas l’être." Bon, elle aurait pu s’en rendre compte avant me direz-vous. "Oui, certes, mais je n’avais pas mesuré, dit-elle, au départ, j’étais hyper motivée mais petit à petit, j’ai compris que les paillettes, ça attire mais que ce n’est pas forcément ce qui rend heureux." Preuve qu’il y a bien du vrai dans ce que disent les handballeuses : pour gagner, à un moment donné, il faut arrêter de penser.