L'équipe de France au finish

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La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La presse quotidienne revient ce jeudi sur la victoire en toute fin de match des Bleus contre l'Albanie.

Ce matin en Une de vos journaux, on respire un peu, mais ça a été juste :
L’Équipe : les Rois du suspens.
20 Minutes : décollage tardif. D’ailleurs, le mot du jour c’est finish qui revient dans tous les titres.

Ça, c’était la bonne nouvelle. Pour le reste, on regarde les Unes, et l’on a l’impression d’un pays qui se délite :
Le Figaro : autorité de l’État : Hollande sous pression.
Libération, avec les images de ces casseurs s’en prenant aux vitres de l’Hôpital Necker : la bataille de l’opinion.
Et La Croix dit son effarement : Pourquoi tant de violences ?
Le Parisien affiche les images d’Orlando, des policiers tués, des hooligans et des casseurs : dans quel monde vit-on ?

Consternation générale

Dans Le Figaro, Paul-Henri Du Limbert ouvre son éditorial par une réflexion de Machiavel qui était proposée hier aux candidats au Bac de la Série S : "Je n’ignore pas que beaucoup ont pensé et pensent encore que les choses du monde sont gouvernées par Dieu et par la fortune et que les hommes, malgré leur sagesse, ne peuvent les modifier et n’y apporter même aucun remède. En conséquence de quoi on pourrait penser qu’il ne vaut pas la peine de se fatiguer et qu’il faut laisser gouverner le destin". "Tout se passe comme si François Hollande n’avait plus prise sur le cours des choses et, en désespoir de cause, s’en remettait au destin". Ce recul de l’autorité de l’État, on pourrait chercher les causes un peu partout. Dans l’article des Echos, sur l’augmentation vertigineuse des travailleurs détachés dans l’industrie française, dans les différents articles sur le brexit et à travers lui, sur cette Europe qui semble se construire contre la souveraineté des peuples. Mais Le Parisien veut répondre aux angoisses que suscite cette explosion de violence, nous expliquer pourquoi il ne faut pas désespérer. Alors, il interroge des psychanalystes, des universitaires. L’écrivain Jean-Christophe Ruffin nous invite à relativiser. Nous avons été particulièrement gâtés pendant une cinquantaine d’années, nous dit-il, mais ceux qui ont voyageaient voyaient bien que le monde était toujours en guerre. "Aujourd’hui, la France et l’Europe sont seulement en train de rejoindre l’état normal d’un monde où il y a de la violence". Il cite Sylvain Tesson : "La France est un paradis de gens qui se croient en enfer". Mais peut-être la France est-elle surtout un pays de gens qui aiment leur paradis et ne veulent pas basculer dans l’enfer.

Besoin de héros

C’est peut-être cela qui nous manque, l’admiration. Le Figaro littéraire s’intéresse au héros qui permet à tout enfant de se construire, de socialiser les âmes. L’écrivain François Taillandier se souvient des siens. Bob Morane. Plus tard, Cyrano ou Monte Cristo. Il remarque qu’au 19e siècle, la France s’est massivement reconnue dans trois héros vaincus, Vercingétorix, Roland et Cyrano. Pour la grandeur. Il se dit bouleversé aussi par le geste de Maximilien Kolbe, ce prêtre qui, en camp de concentration, a pris la place d’un père de famille condamné par tirage au sort à mourir de faim. "Il est bon de savoir qu’un homme est capable de faire ce sacrifice. Cet héroïsme empêche de désespérer de l’homme et donne envie de croire en ce qu’il y a de grand en soi, en nous. On peut envier les stars de la téléréalité mais on ne les admire pas". Rendre aux jeunes le sens de l’admiration pour cet héroïsme qui consiste à se battre pour quelque chose de plus grand et pas seulement pour se faire une place au soleil, c’est leur éviter de se chercher ailleurs une cause.

Le pouvoir des mots

Le magazine Books s’interroge sur le pouvoir d’évocation des mots. Un pouvoir utilisé dans le marketing : certaines sonorités seront universellement jugées douces et moelleuses, d’autres agressives ou vivifiantes. Mais le test le plus intéressant est celui de psychologues qui ont présenté à des cobayes le texte suivant : "Une bête ravage la ville d’Addison : il s’agit du crime". S’en suivait une description de l’augmentation de la criminalité. Le premier groupe considéra qu’il fallait punir plus durement les criminels. Le 2ème groupe, qu’il fallait lutter contre la pauvreté et améliorer l’accès à l’éducation. Un mot avait été changé : "un virus ravage la ville d’Addison". Nommer est essentiel. Mais le résultat des politiques menées ?


Le journal 20 Minutes nous apprend que l’ex-secrétaire aux travaux publics d’Argentine vient d’être arrêté pour la tentative de dissimulation de 7,1 millions d’euros. En fait, la police l’a pris en train de jeter des sacs remplis de liasses de billets par-dessus le mur d’un monastère. Plus de panache qu’un Jérôme Cahuzac. Sait-on jamais, c’était peut-être l’aumône pour les pauvres. Mais dans le doute, on préférera la redistribution par l’État. Parce que ça sert à ça L’État.