Le syndrome victimaire de la fonction publique

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, la grève des fonctionnaires.

Oui et ce point de vue, à la Une du Figaro : si les fonctionnaires sont "contre les projets de Macron, c’est parce que les syndicats les ont enrôlés".
Ne parlez pas de mal-être et de coupe budgétaire, « la fonction publique est loin d’être maltraitée, ajoute le journal, qui s’explique donc ce mouvement par la volonté des syndicats de reprendre la main après "l’échec de la mobilisation contre la loi travail.

La "grogne" ne serait donc qu’une baudruche et ce matin, nombre d’éditorialistes l’enterrent d’avance.
"L’unité syndicale n’est qu’une façade", écrit Henry Lauret dans le Télégramme.
Même analyse dans l’Opinion, où Nicolas Beytout voit cette mobilisation comme "le syndrome victimaire de la fonction publique".
Conclusion de Bruno Dive dans Sud-Ouest : "Emmanuel Macron aurait tort de s’inquiéter, cette journée de grève ressemble plus à un coup de semonce qu’au coup d’envoi d’un grand soir social".
Avec tout ça, on en oublierait presque les raisons de la colère.

Alors qu’est-ce qui peut bien pousser les fonctionnaires à décider de faire grève ?

C’est le dossier de La Croix qui explique qu’au-delà "de leur pouvoir d’achat, les agents publics craignent les suppressions de postes, ils réclament un débat de fond sur les missions de service public".
Libération s’intéresse aux agents de Pôle Emploi qui font face à des baisses d’effectifs alors que le nombre d’inscrits augmente, il y a aussi les médecins hospitaliers qui dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail.
Et puis il y a le ras le bol des CRS raconté par l’Humanité : "manque de matériel et de véhicules, surmenage, non-application de la directive européenne stipulant qu’il faut 11 heures entre deux vacations".

Enfin, on trouve aussi ce dessin, à la Une du Berry Républicain, où un homme fait face à une enseignante, un magistrat, une infirmière et un policier : "on trouve toujours qu’il y a trop de fonctionnaires, dit-il, jusqu’à ce qu’on ait besoin de vous".

Qu’est ce qui dicte nos choix ? Comment prend on nos décisions ? C’est le thème de recherche que le comité Nobel a choisi de récompenser hier.

L’académie suédoise a décerné le prix d’économie à l’américain Richard Thaler, 72 ans.
Sur le site Slate.fr, Pierre Rondeau résume sa théorie.
Celle du "management du coup de pouce", elle part du principe que la plupart du temps, les choix que nous faisons sont irrationnels et illogiques.

"Comme on ne peut pas compter sur la logique des individus, l’idée, écrit Pierre Rondeau est donc de leur imposer des décisions tout en leur faisant croire qu’ils conservent leur liberté de choix".
Le journal donne l’exemple le plus connu, celui des toilettes publiques : "ça se passe au début des années 2000 à l’aéroport d’Amsterdam, afin de réduire les couts de nettoyage, les dirigeants ont fait déposer des fausses mouches sur les urinoirs dans les toilettes des hommes. Résultat : ces messieurs ne faisaient plus pipi à côté, mais bien dans la cuvette en essayant de viser la mouche, et les dépenses de nettoyage ont baissé de 80%".

Mais si ça marche pour les toilettes, c’est nettement plus compliqué pour la politique : "le gouvernement suppose qu’en réduisant la fiscalité sur le capital, on incitera à l’innovation et à l’investissement. Or, écrit Slate, contrairement aux mouches dans les toilettes, rien ne permet de l’espérer. Rien ne dit que les contribuables les plus riches iraient réinjecter leur surplus dans l’économie française".

Effectivement, à en croire le Parisien, les contribuables assujettis à l’ISF n’ont pas vraiment l’intention d’investir.

Baisse de prélèvements ou pas. Le quotidien est allé interroger Didier, un retraité de 65 ans qui possède un patrimoine d’un peu plus de deux millions d’euros. "Que ferait-il de l’argent gagné ?, demande le journal, va-t-il l’injecter dans l’économie réelle ?
"Je n’ai pas envie répond Didier, je ne veux prendre aucun risque, et pour l’instant, je préfère payer plus d’impôts que de faire des placements risqués".
Comme quoi, comparer des urinoirs à des placements, ça a ses limites.

Pour comprendre ce qui motive nos choix, je vous conseille aussi la lecture du dernier numéro de la revue l’Eléphant et cet article, page 88 sur la "rationalité humaine". Là ce sont les travaux d’un autre professeur d’économie comportementale, Dan Ariely, qui sont passé au crible. Auteur d’un livre intitulé : "c’est (vraiment) moi qui décide", il explique notre attrait inconscient pour le chiffre zéro, en termes de prix et de calories par exemple, la facilité avec laquelle nous tombons dans le piège de la gratuité ou du conformisme tout en étant persuadé d’avoir choisi librement.
Analyse complète à lire dans la revue l’Eléphant.

Enfin, évidemment, tous vos journaux rendent hommage à Jean Rochefort.

Du Courrier de l’Ouest à la Provence, en passant par Midi Libre et Aujourd’hui En France. Sa moustache fait la Une de la plupart des quotidiens.
On trouve notamment cette belle formule dans Libération "Cavalier seul", rendant hommage au féru d’équitation qu’il était :
"l’acteur a mis pied à terre", écrit le journal. Sur la couverture, un Jean Rochefort en noir et blanc, et ce visage si expressif, jouant la surprise, les yeux écarquillés.
"En 60 ans de carrière, raconte Eve Beauvallet et Guillaume Tion, il se sera forgé un solide capital sympathie, davantage attaché à son personnage qu’à l’épaisseur des rôles". Libération qui rappelle l’une de ses dernières apparitions, c’était sur France 5, dans le programme intitulé "Le Boloss des belles lettres" où sa voix résumait les grandes œuvres de la littérature avec les mots des jeunes. Cyrano, Madame Bovary, le Cid ou encore Roméo et Juliette…
Voilà, Roméo et Juliette, "c’est le zbeul sur le ter-ter", une histoire d’amour tragique sur fond de guerre des familles.
Une autre manière de pousser jeune et vieux, à faire le choix de lire les grands classiques ou d’aller au théâtre. Une incitation douce et poétique sans implication financière.