Le dictionnaire macronien s'enrichit

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, les très nombreux mots du lexique macronien…

Des fainéants aux cyniques, en passant par les Cassandre et les "en même temps", c’est un véritable dictionnaire des expressions présidentielles qui se constitue. Que disent-elles ? Que révèlent-elles ? A force de réagir à vif, mot après mot, chacun essaye ce mardi d’en faire l’inventaire. Hubert Coudurier dans Le Télégramme rappelle par exemple, "ceux qui doivent travailler pour se payer un costard" ou encore "les Français qui détestent les réformes". Daniel Muraz dans Le Courrier Picard ajoute les "égoïstes" et les "pessimistes", Laurent Joffrin dans Libération, les "illettrées" de l’usine Gad, Jean-Michel Servant dans Le Midi Libre, les "gens qui ne sont rien".

L’Opinion tente de comprendre "ce que cache le parler cash". C’est "qu’une nouvelle fois, ça a débordé, écrivent Jean-Jérôme Bertolus et Nathalie Segaunes. Une sorte de colère sourde qu’il a du mal à contenir et qui surgit quand on ne l’attend pas". Ce ne serait donc qu’un petit imprévu, une banale sortie de texte ? C’est oublier un peu vite que la pensée du président est éminemment complexe. Un haut degré de sophistication stratégique auquel ne veut pas faire injure Le Figaro : "Qui a dénoncé les propos macronistes ?, interroge Guillaume Tabard. Mélenchon bien sûr, mais aussi Aubry, Hamon et autres opposants d’hier (…) Macron cherche donc à les utiliser comme faire-valoir, comme symbole du refus d’avancer." Une opposition nécessaire mais tellement fainéante qu’il a fallu la chauffer à coup de "cyniques et d’extrêmes". Thèse que vient confirmer un "observateur anonyme" dans Le Monde daté d’aujourd’hui : "Si la réforme est critiquée, c’est que c’est une vraie réforme, explique cette gorge profonde de la macronie. Si elle passe malgré les oppositions, le président pourra s’afficher en grand réformateur. En fait, Macron pensent que la CGT et Mélenchon lui rendent service", dit-il. Voilà, "cyniques et fainéants", c’était précisément pour rendre crédibles, en les réveillant, ces manifestations auxquels le président, selon son scénario, ne doit pas céder.

Des cortèges dont on apprend justement qu’ils sont contre le principe du "en même temps"…

Oui et ça concerne les policiers. Article à lire sur le site du Huffington Post : plusieurs gardiens de la paix seront cet après-midi en tête de cortège, à l’appel du syndicat Vigi, l’ex-CGT Police. Leur mission : surveiller les casseurs, mais aussi manifester (…) Ces policiers infiltreront les cortèges pour repérer les fauteurs de trouble et les délinquants, mais aussi demander de meilleures conditions de travail, autrement dit manifester contre l’insalubrité de leurs locaux, la précarisation de la profession et le manque de moyens, aggravé par la coupe budgétaire de 370 millions à venir. Une présence en "double-casquette" qui, à en croire le porte-parole du syndicat Solidaire, n’est pas la bienvenue. "Il faut être lucide, dit-il, on est soit policier, soit manifestant, mais pas les deux." Bref, fainéants ou cyniques, il faut choisir.

Et puis, l’autre mot qui revient un peu partout ce matin, c’est "climat"…

Au-delà de l’ouragan Irma, le changement climatique est suspecté d’être à l’origine de nombreux phénomènes dans vos journaux. A la Une du Dauphiné par exemple, qui lui fait porter la responsabilité de l’écroulement d’un pan de montagne ayant tué huit personnes en Suisse fin août. "Une catastrophe qui préfigure l’ampleur des phénomènes à venir dans l’arc alpin, écrit le quotidien, entre dégradation du permafrost, fonte des glaciers et épisode pluvieux intenses, la nouvelle donne climatique va multiplier les glissements de terrains et les chutes de parois." Le climat en question aussi dans Ouest-France, qui s’inquiète : "On n’a jamais vendangé la vigne aussi tôt et aussi peu, le réchauffement climatique y est certainement pour quelque chose." 

Justement, le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, Cassandre historique de notre maison qui brûle, répète son message dans Le Parisien : "Les phénomènes sont de plus en plus violents, nous sommes condamnés à agir ensemble, répond-il aux lecteurs du journal. (…) On m’a souvent dit 'Hulot c’est un catastrophiste' mais je ne fais que répéter ce que disent les experts. L’espoir, c’est que l’humanité a tous les outils pour faire face !" "Avez-vous les moyens de faire plier Trump ?", lui demande un lecteur. "Je m’accorde beaucoup d’influence, répond Hulot. Mais j’ai quand même conscience de mes limites, il n’empêche, nous allons discuter avec les Américains à l’ONU, ne confondons pas la position de Trump et celle des maires des grandes villes, des gouverneurs, de l’opinion." Une interview illustrée par un dessin de Ranson, figurant un Hulot bien maussade, expliquant aux lecteurs : "Je vous rappelle qu’on a qu’une seule planète. Sinon, je me serais fait nommer ministre sur une plus calme." Et oui, jusqu’à preuve du contraire, la Terre est unique.

C’est justement ce que démontre de manière indirecte le dossier de La Croix sur la sonde Cassini et son voyage vers la planète Saturne…

"C’est la fin de l’Odyssée de l’espace, écrit le journal. Cassini va conclure cette semaine vingt ans de voyage spatial, une aventure aux retombées considérables." Lancée en 1997 et mise en orbite autour de Saturne, elle a permis pour la première fois l’observation des tempêtes qui balayent la géante gazeuse, mais aussi de ses anneaux ou encore des lunes de Saturne, en particulier Encelade et Titan. Pourquoi c’est important me direz-vous ? "Parce que Titan a dévoilé un paysage étrangement semblable à la Terre", explique le journal. Des dunes, des lacs, des rivières… Mais pas question d’eau, ce sont des hydrocarbures qui ruissellent : "Avec son atmosphère d’azote et de méthane, elle ressemble à la Terre primitive, celle d’avant l’apparition de la vie, précise Bruno Bézard, directeur de recherche à l’observatoire de Paris." Même chose pour Encelade qui, elle, est "le seul objet du système solaire rassemblant les trois ingrédients fondamentaux à l’apparition du vivant : l’eau liquide, des molécules organiques complexes et de l’énergie. Mais, pour l’instant, rien ne prouve que la vie y existe", tempère un planétologue qui rappelle en creux l’extraordinaire particularité de la Terre, seul écosystème connu où la vie s’est développée. Manière de dire que "Jupiter" ferait bien de s’inspirer de Saturne pour concrétiser l’autre grande injonction du lexique macronien, celle qui est probablement la plus partagée : "Make our planet great again." Rendre sa grandeur à notre planète.