Le bilan de Fabius

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Si la question du remaniement induit par le départ de Laurent Fabius se pose, c'est bien l'évaluation de son passage au quai d'Orsay qui passionne.

En Une de vos journaux on sent un certain affolement : Les Echos : « bourse : le retour de la crise financière. » L’Opinion : « les taux d’intérêts sont devenus fous. » Le Monde : « et si les banques faisaient replonger le monde. »

Les conséquences sont en Une du Canard enchainé : « suppression du circonflexe sur le U et le I, mais pas sur le O : pas de chance, l’accent va rester sur le chômage. »

Pendant ce temps, le Parisien dresse le bilan : « rythmes scolaires : pourquoi la réforme s’enlise ? » D’ailleurs, le Monde consacre une pleine page aux réflexions d’Edgar Morin sur la façon de lutter contre le fanatisme à l’école par le développement du savoir et l’accès à la complexité. Mais c’est la Une de Charlie Hebdo qui résume le problème : des jeunes abrutis devant des écrans de télévision se font sucer le cerveau par un moustique aux traits de l’animateur de D8 : « pire que Zika, Hanouna, le virus qui rend con. »

Déchéance

En matière de déchéance, c’est celle de l’assemblée nationale qui occupe les éditorialistes ce matin. L’absence des députés pour le vote sur l’état d’urgence a choqué. « En attendant qu’ils produisent un mot d’excuse signé par leur président de groupe – c’est une idée ça – la question reste entière », juge Michel Klekowicki dans le Républicain Lorrain. « Que pouvaient-ils bien avoir à faire de si urgent un lundi soir à 22 heures ? Ont-ils craint le couvre-feu ? Y avait-il une émission immanquable à la télévision ? Avaient-ils piscine ? » poursuit-il.

Le Parisien tente pourtant de dédouaner nos élus. Tout le monde était là au début des délibérations, mais en fin de débat ce ne sont en général que les spécialistes qui restent.

Mais sur la page d’à côté, on découvre où va l’intérêt des commentateurs : le remaniement induit par le départ de Laurent Fabius au conseil constitutionnel. D’après l’article, les diplomates du quai d’Orsay décerneraient d’ailleurs un joli brevet au ministre des affaires étrangères. « Avec Alain Juppé, c’est certainement l’un des meilleurs que nous ayonseu », résume un diplomate anonyme. Qui ajoute : « humainement, en revanche, c’est un poisson froid. Un type sans aucune empathie pour les personnes qui travaillent avec lui ». Pour un autre son de cloche, on ira sur le site Causeur. Un article de Régis Soubrouillard évoque un ouvrage au vitriol signé du club des 20, qui compte quelques spécialistes de politique étrangère, anciens ministres comme Hubert Vedrine, Hervé de Charrette ou Roland Dumas, ou bien observateurs comme Régis Debray. Ils estiment que la France, sous Sarkozy et Hollande, a viré à l’atlantisme moutonnier. Qu’elle n’a pas de politique russe et ne cherche pas à en avoir, qu’elle est, au Moyen Orient, souvent plus dominée par l’émotion que déterminée par une évaluation des intérêts réels de la France. En revanche, pas un mot sur la COP 21, le grand œuvre de Laurent Fabius que devrait poursuivre Ségolène Royal. Totalement anecdotique pour ces mauvais coucheurs.

Légitime défense

C’est un débat qui n’est pas seulement juridique. Deux tribunes s’affrontent dans Libération à propos de la légitime défense. Une juriste appelle à revoir sa définition après la condamnation de Jacqueline Sauvage. Elle parle de l’impact psycho-traumatique des violences conjugales qui interdit de juger en terme d’action raisonnable. Mais en face, l’avocat général qui a réclamé en 2012 l’acquittement d’Alexandra Lange pour le meurtre de son mari, estime que le cas Jacqueline Sauvage n’a rien à voir. Il craint surtout que ne s’accentue la déresponsabilisation de la société à travers un enfermement de ces femmes dans leur statut de victimes. Il s’interroge sur une juridiction d’exception réservée aux femmes pour les protéger comme des mineurs parce qu’on estimerait qu’elles ne sont pas en état de prendre du recul. Derrière tout cela, il y a le débat crucial sur la notion de libre arbitre.

Pénurie de main d’œuvre

Il y a un article à lire ce matin dans les Echos. Il nous parle d’un mystère français : malgré les débouchées, les bons salaires et les horaires réguliers, notre industrie ne trouve ni soudeurs, ni tricoteurs, ni ingénieurs. L’échec de tout un système de formations, écrit Sabine Delanglade. On oriente les élèves vers les métiers du commerce ou de la communication parce que col blanc, c’est plus chic. Et les industries qui relocalisent leurs productions ne trouvent pas de jeunes formés au métier dont ils ont besoin. Même les informaticiens préfèrent les fonctions de management plutôt que le codage. Pourtant, même s’il est difficile de prévoir le marché de l’emploi sur 30 ans, on aura toujours besoin de robinetiers.

Crise agricole

Là aussi on détruit des emplois. Il suffit de lire l’article du Figaro sur la transformation de l’agriculture allemande : hausse de 75% de production de volailles, baisse de 95% du nombre d’exploitations. Cela s’appelle une industrialisation et on imagine la place dont disposent lesdites volailles. Mais dans Charlie Hebdo, Riss a décidé de nous responsabiliser, nous consommateurs. « Les Français dépensent de moins en moins dans la bouffe mais de plus en plus dans les portables. Ce n’est pas Bruxelles qui étrangle les agriculteurs, ce sont les Français qui voudraient de la bouffe gratuite comme ils veulent des journaux gratuits ». Ils aiment les portables, mais aussi les sodas. D’ailleurs, ça fonctionne exactement comme le tabac. Un article de l’Opinion nous explique qu’une hausse des prix a finalement très peu d’impact sur les plus gros consommateurs. La malbouffe, c’est une drogue.

Epave

Si l’on veut se changer les idées, on plonge dans les pages Sciences et médecine du Monde avec le récit d’une traque peu ordinaire, celle de pilleurs d’épaves qui étaient allés voler les pièces rares dormant dans les flancs de la Jeanne Elisabeth, un navire suédois du 18ème siècle coulé en Méditerranée. Une enquête en eau trouble et au long cours.

Il y a des modes qui peuvent surprendre. La Croix nous annonce en Une : « confession, le renouveau. » Il parait que les jeunes sont friands de ce moment où l’on peut venir se décharger d’un fardeau. Et surtout, contrairement au psy, c’est gratuit. Les prêtres notent d’ailleurs une certaine tendance à l’exposition narcissique plutôt qu’au vrai repentir. On en est tous là. Regardez les pages politiques des journaux : la confession des hommes politiques, c’est davantage de l’exposition narcissique que du vrai repentir.