L’appel à l’audace et au sens de l’histoire d’Emmanuel Macron

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, l’appel à l’audace et au sens de l’histoire d’Emmanuel Macron.

Et la tonalité générale, en France comme ailleurs, c’est que c’est bien, c’est beau, c’est fort. 
"Macron pousse pour une Europe plus unie", titre en Une le Wall Street Journal avec une photo du président applaudissant tout sourire devant les drapeaux européens.
"Il réclame un changement radical pour une Europe plus forte", embraye le Financial Times.
"Macron propose un nouveau partenariat à l’Allemagne", ajoute le Frankfurter All GueMeine.

L’appel à "l’audace" et au "sens de l’histoire" n’est pas passé inaperçu.
Chez nous non plus, évidemment !
Dans Ouest-France, Laurent Marchand y voit "une dimension que l’on entendait plus depuis les années Kohl-Mitterrand".
Pour Christophe Lucet dans Sud-Ouest, "la France, inaudible depuis le ‘non’ au référendum de 2005, a retrouvé sa voix en posant sur la table une pile de propositions".
Florence Chédotal, dans la Montagne dépeint un Macron "ivre de mots et de vertigineuses ambitions. Il parle d’Europe, dit-elle, et il fait bien. On peut lui reprocher de se prendre pour le maitre du continent, mais pas de se terrer dès que l’horizon se voile un peu".

"L’horizon qui se voile", c’est la montée des nationalismes bien sûr.
Mais aussi peut-être le nombre de chômeurs qui augmente, Alstom absorbé par Siemens. Ou encore, pour Libération, l’esprit du budget 2018.

"C’est un fait, écrit Laurent Joffrin, la loi de finance est nettement moins protectrice que l’Europe future d’Emmanuel Macron".
Quelques pages plus loin, toujours dans Libé, l’économiste Benjamin Coriat parle de schizophrénie : "Macron veut taxer les transactions financières, mais regardez ce que devient l’ISF (…) pareil pour l’environnement, comment peut-il prétendre vouloir s’attaquer au sujet du climat, alors qu’il vient de valider le CETA, cet accord de libre-échange avec le Canada jugé mauvais pour l’environnement par ses propres experts !".
Conclusion de l’économiste : « on est dans le verbe, alors qu’on attendait l’action… »

L’autre sujet qui la Une de vos journaux ce matin, c’est le rapprochement Alstom-Siemens.

"L’opération qui fait des vagues", titre le Figaro.
"L’affaire fait hurler l’opposition" ajoute Les Echos, qui donnent la parole au Républicain, Xavier Bertrand : "je suis certain, dit-il, que les discussions ont eu lieu au plus haut niveau entre la France et la chancelière Merkel. Le fait que les conseils d’administration soient convoqués au surlendemain des élections allemandes ne peut relever du hasard".
"C’est la nationalité de Siemens qui vous pose problème ?" demande le journal.
"Pas du tout, répond Bertrand, mais chacun défend ses intérêts, à nous de défendre les nôtres".

Alors faut-il s’inquiéter de voir les centres de décision industriels quitter la France ? La Croix pose la question à Edouard Martin, figure de la lutte contre la fermeture de Florange. "C’est toujours la même chose, dit-il, j’ai connu cette situation avec Arcelor et plus particulièrement le site de Gandrange dont la direction était allemande. C’est elle qui a condamné l’usine en renvoyant la production en Allemagne quand le marché de l’acier a commencé à flancher. Pareil pour Bosch. Il n’y a plus, dit-il, de décision prise en France et donc de perspective de développement".
Un fatalisme repris par l’économiste Elie Cohen pour qui « l’on assiste à une hécatombe des grands groupes industriels : Pechiney, Rhodia, Thomson, Lafarge. L’armature du capitalisme français disparait, dit-il, même si, dans le cas d’Alstom, force est de reconnaitre que le rapprochement avec Siemens est indispensable mais Regardez Alcatel. Nokia avait fait des promesses en termes d’emplois, ils viennent de revenir dessus. Pareil pour Lafarge".
Et Elie Cohen de conclure : "fort d’une quarantaine d’années d’expérience, ce que je constate c’est que le capital a toujours le dernier mot".

Le "capital", ça nous amène justement à Karl Marx.

Oui, puisque nous sommes mercredi, jour des sorties ciné. Et parmi les films à l’affiche, il y a celui de Raoul Peck : "le jeune Karl Marx", qui raconte la rencontre intellectuelle entre Marx et Engels.

Un film validé par Télérama, par Slate mais aussi et surtout par l’Humanité.
Le quotidien communiste en fait d’ailleurs sa Une : "un regard jeune sur le vieux monde : pari gagné" titre le journal pour qui "le cinéaste réussit à montrer de façon captivante la genèse d’une pensée révolutionnaire (…) celle d’une société libre et sans classes, atteignable par la lutte, si les prolétaires brisent leurs chaines. C’est la puissance de cette vision qui se trouve mise à la portée de millions de téléspectateurs !", s’enflamme François de Trincamp.

C’est qu’il faut redonner de l’espoir et du sens en ces temps de mobilisations molles contre les ordonnances Pénicaud.

L’huma, qui en profite pour vous proposer une mosaïque de citations de Marx. Notamment celle-ci : "ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est la vie qui détermine la conscience".

Enfin, lui a bien lu Marx (à priori) mais ce n’est pas du tout l’objet de son prochain livre : on parle de Jean-Christophe Cambadélis.

L’ancien premier secrétaire du PS, qui publie "Chronique d’une débâcle". Extraits à lire sur le site de Challenges qui visiblement s’est régalé avec « cet essai coup de poing, écrit Rémi Clément, où chacun en prend pour son grade, un sommet dans la perfidie" dit le journaliste.

Et effectivement, c’est plutôt bien résumé.
Jean-Christophe Cambadélis dézingue longuement François Hollande, livrant notamment sa vision du 6 mai 2012, et de la soirée place de la Bastille.
"Embrasse-moi !", écrit-il, et François Hollande s’exécuta. Il esquisse un léger et furtif baiser à Valérie Trierweiler, résumant ainsi la teneur de son quinquennat, cette scène révèle à la France entière la manière dont il la présidera : il ne sera pas l’homme qui dit non. Il fera au mieux".

Et oui, on ne réalise pas bien mais ce baiser furtif contenait l’ombre du CICE et la loi travail.
Et Cambadélis enchaine : Hollande "n’est pas prêt, il se dérobe à la fonction" Pire, "au lendemain des révélations de Closer sur sa relation avec Julie Gayet, le premier secrétaire qui a rendez-vous avec lui à l’Elysée raconte qu’il "luttait contre le sommeil, il y sombra même quelques secondes. Je fis de mon mieux pour tenir son attention".
Brave Camba…
Brave parce qu’il a également tout fait, à l’en croire, pour avertir Hollande du danger Macron, il a tout fait pour désamorcer la candidature du ministre de l’Economie, il a tout fait pour raisonner Montebourg et Valls… En vain…

Tant "d’audace" et de "sens de l’histoire" pour rien. C’est à de demander qui, à part son éditeur, écoute encore Jean-Christophe Cambadélis.