La République en marche! : les risques d'une hypermajorité

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La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La presse quotidienne revient évidemment ce mardi sur l'écrasante majorité qui s'annonce pour la République en marche!.

Ce matin en Une de vos journaux l’ambiance est post-sismique :
Le Figaro : Après la vague En marche, droite, gauche et Fn sous le choc.
La Croix : Les risques d’une hypermajorité.
L’Opinion : Les raisons d’un tsunami, et le dessin de Kak : Marianne dans le cabinet de Sigmund Freud, qui lui fait passer le test de Rorchach, celui des taches d’encre. Et à chaque image, à la question "Que voyez-vous ?", Marianne répond : Macron.
Alors, Aujourd’hui en France prévient : Maintenant, il va falloir assurer.

Et chez les autres ?
Libération met en Une un désert : La gauche : plus rien.

Abstention et sens du vote

D’abord cet article sybillin, dans Le Parisien, sur la soirée de François Hollande, passée au téléphone à réconforter les candidats socialistes éliminés. Son message ? "Évitez de laisser penser que REM est en train de remplacer le PS et de devenir un parti de gouvernement". "Il m’a rassuré, raconte l’un d’eux, en m’expliquant qu’il ne s’agissait pas de ma défaite personnelle. Je n’ai pas osé lui demander de qui c’était la défaite, alors". Et puis, Les Échos analysent du vote par catégories. Conclusion, ouvriers et chômeurs sont restés chez eux, les catégories supérieures se sont partagées entre votes exprimés et abstentions et ce sont les retraités qui ont fait l’élection. Seuls 31% des 18-24 ans se sont déplacés. Dans Le Figaro, Jean-Pierre Robin souligne la coïncidence entre deux chiffres : celui de l’abstention et celui des Français qui ne payent pas l’impôt sur le revenu. Cet impôt, dit-il, a mis du temps à s’installer en France. Il atteint un pic en 1980, avec 65% des foyers, puis il ne cesse de baisser jusqu’à 46%. La tentation est forte pour un gouvernement en mal de popularité de décharger de plus en plus de citoyens de l’impôt direct. François Hollande y a eu largement recours entre 2012 et 2017. Et Emmanuel Macron suit cette pente avec la taxe d’habitation. L’inconvénient est qu’une telle politique conduit, de fait, à une prolétarisation de la société au sens romain et littéral du terme, qui est aussi celui de Karl Marx : dans la Rome antique, le proletarius est le citoyen de la dernière classe, qui ne fournit à la cité d’autre ressource que sa progéniture. Par définition, le prolétaire est celui qui ne paye pas d’impôt et de ce fait, dans le système romain, il ne peut pas voter. La France serait-elle en train de réinventer le suffrage censitaire, non pas juridiquement, mais sociologiquement et économiquement ?

Magnanville

Le Parisien et Le Figaro nous rappellent qu’il y a un an, un couple de policiers était assassiné sous les yeux de son enfant. Un ami et collègue raconte dans Le Parisien, sous couvert d’anonymat, la peur qui frappe désormais les agents, les regards jetés dans le rétroviseur quand on rentre chez soi, pour être sûr de n’être pas suivi. "Quant à ma fille, elle évite de dire que son père est flic". Et Le Figaro explique l’inquiétude des forces de l’ordre dans une zone regroupant nombre de fichés S. Les policiers de base n’ont aucune information sur leur identité. Situation parfois ubuesque. Un fiché S a porté plainte après un contrôle contre des policiers de la brigade anti-criminalité. Ces derniers doivent être entendus dans la procédure, ce qui signifie que leur identité sera révélée au plaignant.

Réflexion sur le vivant

C’est un entretien dans Libération avec un jeune philosophe italien qui entend tout simplement présenter une nouvelle façon d’être au monde tournant, non plus autour de l’animalité, mais autour du végétal. Parce que le monde est un fait végétal avant d’être un fait animal. Les plantes nous obligent à reconnaitre que le centre de notre monde est le soleil et que la terre ne se distingue pas du reste du ciel, elle en est juste une portion, un endroit parmi d’autres de cette immense étendue. Ce qui nous rappelle que, comme tous les animaux, nous vivons de la vie des autres. "Vivre signifiera toujours sacrifier d’autres êtres vivants, végétaux ou animaux. Il faudrait plutôt réinventer un rite qui puisse rendre ce sacrifice moralement acceptable".


On termine par des relations internationales. Avec une brève dans L'Équipe. L’Arabie Saoudite vient de décider que le port du maillot du Barça sera passible de 15 ans de prison et de 135.000 euros d’amende. Le sponsor principal du club catalan n’est autre que Qatar Airways. Porter ses couleurs équivaut à un soutien tacite au Qatar, lui-même soutien du terrorisme. Le cynisme, lui, reste le meilleur allié du terrorisme, avec le déni. Les policiers français le savent.