La présentation de la réforme du code du travail sonne comme un test pour Macron

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité. Et mercredi matin, elle s'intéresse à l’incontournable interview du président dans Le Point.

"Dans le bureau d’angle, au premier étage de l’Élysée, il se tient droit, sérieux, presque sévère… Sur sa table de travail trônent deux téléphones fixes, des dossiers et un livre sur Angela Merkel", écrit le Point. "Son premier grand entretien, Macron semble l’aborder avec la rigueur quasi chirurgicale de celui qui sait que chacun de ses mots, même le plus anodin, sera décortiqué, interprété". Pourtant il n'y a pas que la mise en scène dans la vie… Ces 15 pages d’une interview qui, si l’on en croit Le Point "a valeur de manifeste, un document auquel ses thuriféraires, comme ses détracteurs, se référeront longtemps".

Et la référence majeure, le mot-clé sur lequel le président insiste, c’est sans surprise, toujours le même : "révolution". On le retrouve un peu partout sur tous les sujets abordés : "révolution fiscale", avec la suppression d’une partie de l’ISF, "révolution" dans le couple franco-allemand… Et surtout, "révolution copernicienne du monde du travail". À l’époque de Copernic, la question était de savoir qui, de la Terre ou du Soleil, tourne autour de qui. En 2017, "la norme qui consistait à travailler toute sa vie dans le même secteur est révolue", affirme Emmanuel Macron. "Nous avons donc besoin d’une économie beaucoup plus plastique, plus mobile et c’est tout l’esprit de la réforme que nous mettons en œuvre".

De quoi faire écho à l’actualité qui fait la Une de presque tous vos journaux : la réforme du code du travail et ses ordonnances au contenu inconnu.  

Dans l’attente, la presse essaye de trouver les mots pour qualifier l’événement du jour : une réforme "à faire avec des pincettes" pour le Télégramme, "Opération vérité", pour le Journal de la Haute-Marne, une réforme "test" pour le Progrès qui se lance en prédiction. "Si le gouvernement réussi à faire accepter sans encombre ce premier acte de transformation, il pourra engager d’autres chantiers sans se heurter à l’opinion".

En attendant, Les Echos préfèrent souligner les signaux positifs : "le cycle de négociation est qualifié d’exemplaire par les partenaires sociaux" et en parallèle, quoi qu’il arrive, "les opposants au texte sont divisés". Tout est sous contrôle semble-t-il. Mais pas tant que ça, puisque pour illustrer le sujet, Libération, l’Obs et Médiapart se sont s’intéressés à l’architecte en chef de la réforme, Muriel Pénicaud.

Trois rabats joie qui rappellent que la ministre a un "vrai talon d’Achille : l’affaire Business France" pour laquelle une enquête préliminaire a été ouverte pour soupçon de favoritisme et recel. Sans compter la polémique née cet été sur les plus d’un million d’euros de plus-values qu’elle a obtenu chez Danone en vendant ses stock-options au lendemain d’un plan social. "Avec Muriel Pénicaud", écrit François Bonnet sur Médiapart, "voici donc les dirigeants d’entreprise aux commandes du puissant ministère du travail. Une ministre issue du patronat pour gérer la condition salariale : c’est du jamais vu dans l’histoire politique récente". Bref, la "révolution" qui passe mal.

Autre sujet à la une ce matin, et dont parle Emmanuel Macron dans Le Point : les contrats aidés

Le président justifie le non-renouvellement d’une partie d’entre eux et parle d’une "perversion de la politique de l’emploi" : "les contrats aidés sont des subventions déguisées vers les collectivités locales ou le secteur éducatif". Plusieurs journaux abordent pourtant les conséquences immédiates de leur suppression, comme la Charente libre qui rapporte que, faute de renouvellement de ces contrats, dans "l'ex-canton de Montenboeuf, cinq écoles n’ouvriront pas leurs portes lundi".

Pour mieux comprendre, retour à l’entretien du Point : "la clé c’est la qualification", affirme le président, qui prône une "révolution de l’éducation" en la matière. Encore un chantier pour Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation qui, pendant ce temps-là continue sa minutieuse tournée médiatique. Il a donné un entretien jeudi dans Valeurs Actuelles, Paris Match et même Mon quotidien où ce sont les enfants qui l’interrogent… Il raconte son pire souvenir : "un jour un élève plus âgé que moi a cassé sa raquette de ping-pong sur ma tête. J’ai saigné, je suis allé à l’hôpital, et ça m’a fait réfléchir sur la question de la violence". Autre révélation : lui qui veut une rentrée en musique dévoile "sa préférée, il l’a découverte en maternelle" et c’est la 5ème symphonie de Beethoven.

Et puis, dernier retour sur l’interview présidentielle et l’objectif numéro un d’Emmanuel Macron…

C’est la phrase qui figure sur la couverture du point : "nous devons renouer avec l’héroïsme politique (…) notre pays ne propose plus de héros (…) il faut expliquer qu’il y a des héros en France, des génies, des gens qui s’engagent au quotidien".
Marion Lagardère a bien cherché mais elle n’a pas trouvé de héros particulier en Une de la presse du jour. En revanche, une héroïne peut être, en couverture de l’Obs : Leila Slimani, prix Goncourt l’an passé qui publie «"sexe et mensonges", un livre sur la sexualité au Maroc. À lire, cinq pages d’extraits et un entretien tout en subtilité, où l’auteure raconte l’hypocrisie d’une société dont "les lois entretiennent le machisme, l’homophobie, le conservatisme religieux et les inégalités sociales".

Elle raconte, ces filles à qui l’on répète que "coucher, c’est mal", ces trentenaires obligées de faire semblant d’être vierge, ces femmes, violées, qui ne peuvent pas porter plainte parce que la loi, absurde, condamne les relations hors mariage… "En Europe, on a une vision très binaire", explique Leila Slimani, "soit on voit les Maghrébins comme des gens extrêmement conservateurs, soit on a tellement peur de critiquer l’islam et le reste qu’on magnifie les choses. Or la société marocaine est bien plus complexe que ça. On a Facebook, on voit des films du monde entier, on sait ce qui se passe ailleurs et pas besoin d’être musulman pour être machiste, la misogynie est la chose la mieux partagée au monde".

Et d’ajouter "qu’il faut faire de la mixité un vrai projet de société, pour défendre et légitimer la place des femmes dans l’espace public, qu’elles puissent s’y déplacer seules, habillées comme elles le veulent". Un entretien à lire donc dans l’Obs "parce que", comme le dit l’auteur de l’interview, Grégoire Le Ménager, "ce que Leila Slimani dit du Maroc, vaut pour bien des sociétés".