La France est atteinte de "Brigitte-Mania"

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, des visages auxquels vous n’échapperez pas.

En l’occurrence, ceux de trois femmes à commencer par celui de Liliane Bettencourt.
"L’héritière de l’Oréal est décédée", titre sobrement La Tribune,
"elle était la femme la plus riche du monde", rappelle les Echos,
"avec une fortune de 34,7 milliards" souligne Capital…
Le Progrès revient, lui, sur la fin de sa vie et "l’interminable feuilleton politico-judiciaire". Des photos donc mais pas de vrai portrait ou de récit passionnant, peut-être parce que, comme le rappelle tous vos journaux, elle était très discrète.

Autre visage en Une celui d’Angela Merkel, choisi par La Croix et par Libération, qui cadre précisément sa photo sur les mains jointes de la chancelière allemande.

Et puis il y a aussi, comme toute les semaines j’ai envie de dire, le visage de Brigitte Macron.
"maintenant, c’est elle la patronne" titre Closer qui en fait sa couverture, Sur le site Gala.fr, "elle décrit son rôle de première dame".
Brigitte Macron donc dont VSD fait aussi sa Une en proposant de décrypter la Brigitte Mania. 
Oui parce que d’après l’hebdo, "la France est atteinte de Brigitte Mania". Pas la presse, la France !
Quelques extraits : "Alors que son époux dévisse dans les sondages, Brigitte échappe au tumulte, Brigitte se maintient au-dessus de la mêlée. Curieux ? Pas tant que ça ! Parce que Brigitte Macron, c’est nous en mieux. Cultivée et accessible, bonne vivante et élégante, étincelante mais discrète. Brigitte, c’est nous qui aurions osé assumer nos faiblesses pour mieux les dépasser »

Plus sérieusement, celui auquel vous n’échapperez vraiment pas, évidemment, c’est Florian Philippot.

Le désormais ex-frontiste est à peu près partout et chacun y va de son analyse sur la rupture politique de la semaine…
Pour Dominique Garaud dans la Charente Libre : "Marine Le Pen se coupe un bras". Le "bras gauche" précise l’Express. A en croire le Figaro, c’est plutôt son "bras droit" qui claque la porte.
Avec tout ça, on pourrait conclure que le FN n’est plus qu’un parti manchot, pourtant, le Télégramme l’affirme "la présidente a désormais les mains libres".

Pour compléter l’autopsie de ce corps politique démembré, un coup d’œil sur la tête, avec ce dessin de Willem dans Libération, où une Marine Le Pen géante se mouche une narine pour en expulser un petit Philippot tout gluant.
Commentaire du frontiste Jean-Lin Lacapelle dans Le Monde : "pour qu’il y ait refondation, il faut bien qu’il y ait, un peu, décomposition".

Bon et après ? Tout ça pour espérer quoi ?
Le Midi Libre pose à Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l’extrême droite, la question de savoir si Philippot peut créer une autre voie"à la manière de Mégret". Rire de l’historien : "La formule ‘à la manière de Mégret’ est terrible, dit-il, Mégret c’est 2% à la présidentielle. Et puis, Philippot part avec qui ? Franck de la Personne. Pas sûr que dans le peuple réel, ça pèse beaucoup".

En conclusion on peut citer Sud-Ouest et cette phrase de Karl Marx reprise par Bruno Dive dans son édito : "les grands évènements se produisent toujours deux fois, la première comme une tragédie, la deuxième comme une farce".

Et puis, il y a aussi ces visages que vos journaux ne mettent pas en Une mais qui sont victimes de discrimination.

Oui, ce sont ces français qui se voient refuser un prêt à la banque à cause de leur origine, de leur couleur de peau ou de leur nom de famille. Une étude menée à Villeurbanne pointe le caractère systémique de ce genre de discrimination. C’est à lire à la fois dans Les Echos et dans l’Humanité.
"C’est un mur invisible, mais bien solide" que cette étude a mis au jour, raconte Alexandre Fache dans l’Huma, lancé par la mairie et le Défenseur des Droits, l’étude a placé sur le grill 63 agences de 12 grandes banques (BNP, Caisse d’Epargne, CIC, LCL entre autres), à chaque fois, deux clients testeurs prenaient contact avec la banque en présentant leur dossier, le même. Seul différait l’origine supposée du demandeur. Résultat, toutes les banques ont discriminé des candidats, et ce sur toute la chaine hiérarchique, du contact téléphonique à la relation commerciale.
Une mauvaise couleur de peau, un nom à consonance étrangère ? Vous avez deux fois plus de chance de devoir présenter une pièce d’identité au premier rendez-vous. Vous serez parfois reçu dans le hall et pas dans un bureau. Quant à l’offre proposée, quand elle l’est, l’addition est plus salée : exemple avec un client sans origine supposée qui s’est vu proposer un taux de 2,2% sur 20 ans, quand son double d’origine "supposée" a obtenu 2,8%.
"L’étude a été transmise la semaine dernière à la fédération bancaire française, mais pour l’instant, conclue l’adjointe au maire de Villeurbanne, nous n’avons pas eu de retour".

Enfin en Une du site d’information Les Jours, il y a le visage de Loup Bureau.

De retour en France après 52 jours de détention en Turquie, le journaliste s’est confié en exclusivité à Olivier Bertrand et il décrit ce 25 juillet maudit où tout a basculé. Les policiers qui contrôlent son passeport, interloqué par tous ses visas : Pakistan, Egypte, Inde et pays du Moyen Orient à foison.
L’un d’eux lui demande d’ouvrir son compte Facebook et tombe sur une photo de lui avec des combattants kurdes. C’est là que nait l’énorme malentendu : le policier lui demande : "quelle cible allez-vous attaquer ?"

Loup Bureau est menotté et placé en cellule, une juge lui annonce son incarcération dans une prison à Sirnak. Suivent de longs jours, bordés par l’ennui, l’isolement complet et la télé sur laquelle il voit sous son visage le seul mot turc qu’il peut déchiffrer : "terroriste".

De son incarcération, Loup Bureau retient aussi le bras de fer engagé pour avoir des livres à lire et le soulagement quand enfin le consulat lui en apporte deux : une biographie de Louis De Funès et un livre de Gilbert Collard.
"Double peine pas passionnante, mais en fait, quand vous êtes en prison, dit-il, lire devient un besoin tellement important que j’ai lu les deux et cela a été un incroyable réconfort".
Plus tard le consul lui apporte "la recherche" de Marcel Proust, mais des fois, conclue Loup Bureau,  c’est un peu dur, en prison, de lire du Proust".
Effectivement, "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" réconforte sans doute moins qu’une biographie de Louis de Funès.