La France au bord de la panne

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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La presse évoque autant l'éventualité d'une panne d'électricité à Noël que le programme santé de François Fillon et le procès de Christine Lagarde.

Ce matin en Une de vos journaux on est au bord de la panne. L’Opinion : "Electricité : le père Noël est une coupure" : indisponibilité de centrales, réseaux sous surveillance… Sur le dessin de Kak, Bernard Cazeneuve en agent EDF devant un François Hollande, bonnet de nuit, charentaises et petite bougie : "Vous n’étiez pas prévenu ? On fait des coupures dans les lieux non stratégiques."

Les Echos : Fillon corrige son projet sur la sécurité sociale. Libération : Sécu, le recul, c’est maintenant. François Fillon signe donc une tribune dans Le Figaro pour tenter de rétropédaler. Il faut dire que sur le site du journal, on rappelle les phrases empêtrées de ses soutiens pour déterminer si les rhumes seront remboursés, et à partir de combien d’éternuements. La rhétorique est toujours la même : pour sauver le système, il faut des réformes.

Pendant ce temps, Le Monde titre : "les abus du travail détaché en Europe s’invitent dans la présidentielle". Une tribune signée par huit ministres européens du travail dont Myriam El Khomri réclame le durcissement de la directive. "La liberté de circuler, disent-ils, ne doit pas être celle d’exploiter." Tous les candidats se sont lancés sur ce créneau. "Certaines prises de position ne sont pas totalement indifférentes au fait que le FN cherche à tirer parti du mécontentement de salariés sous contrat français, confrontés à la concurrence de travailleurs venus de l’Est de l’Europe." Dommage qu’il faille attendre l’aiguillon du FN.

C’est un périple que seraient bien inspirés de faire les politiques. Causeur publie les articles de Gérald Andrieu, journaliste parti parcourir à pied la frontière terrestre de la France, qui court du nord de Dunkerque à Menton. Son but : suivre la campagne présidentielle le plus loin possible de Paris et rencontrer ce pays que l’on ne rencontre jamais. Il nous emmène à Fourmies, la ville ouvrière des fusillés du 1er mai 1891, une ville devenue l’une des plus pauvres du nord. Et là, au bistrot (il faut bien aller au bistrot puisque même les boulangeries sont remplacées par des distributeurs de baguettes industrielles), on rencontre la verve spontanée, l’autodérision ("Je suis tellement radin que même l’hiver, je ne porte pas de chaussettes"). On commande, en riant, non pas une bière pression mais une dépression. "On parle des gens du coin, des entreprises qui ont fermé, des maisons qui se sont vendues ou bien d’accidents de chasse improbables avec des balles qui auraient subitement changé de direction, quasi à angle droit." La vie des gens ordinaires, ceux qui subissent les directives sur les travailleurs détachés ou le déremboursement des soins. Ceux dont on est tout étonné qu’ils votent différemment de ce qu’on avait prévu.

Bernard Cazeneuve est là aussi, parce que, souvenez-vous, il est Premier Ministre. En une du Figaro : "Cazeneuve, 5 mois pour quoi faire ?" Du coup, Le Parisien a décidé de nous le présenter. Ses surnoms : le notaire de province ou la tombe. Son mètre 67 sans talonnette. Son élégance british qui lui vaut le satisfecit de Karl Lagerfeld. Ses talents d’imitateur. Et ce côté bucolique de sous-préfet aux champs quand, lors d’une visite au Liban, il disparaît un instant et revient avec une poignée de baies rouges au creux de la main : des graines de magnolia qu’il a fait germer au fond du jardin de la Place Beauvau. Voilà au moins une réussite du quinquennat.

Vanity Fair, ce mois-ci, s’intéresse à des plantigrades pelucheux qui ont envahi notre vie politique. Vous les connaissez : plus un homme politique qui ne les convoque, même dans un discours sur le durcissement de l’état d’urgence après l’attentat de Nice. Pourquoi se traitent-ils tous de "Bisounours" ? Le coupable, ce serait Laurent Fabius en janvier 2004, le premier à avoir employé l’expression à la radio. Quand Jaurès critiquait la brutalité de Clémenceau contre les grévistes, raconte Claude Askolovitch, celui-ci répliquait que son socialisme n’était qu’un château de fééries. "Vous n’êtes pas le diable", disait Jaurès. "Qu’en savez-vous ?", répondait Clémenceau. "Aujourd’hui, en protestant de leur sérieux dans la détestation du Bisounours, les virils et guerriers en tout genre ne font que démontrer leur inconsistance sucrée."