Interview Emmanuel Macron : aucune annonce fracassante

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Ce matin, toute la presse décrypte l’interview d’Emmanuel Macron.

Les affirmations présidentielles prononcées hier soir s’affichent en Une de vos journaux. La Dépêche du Midi retient la phrase : "Je fais ce que j’ai dit". L’Est Républicain préfère : "Je continuerai à dire les choses". Sud-Ouest et Le Dauphiné ont choisi la même : "je suis là pour transformer". Et puis il y a Libération qui interpelle le président qui "n’a pas rééquilibré un début de mandat marqué à droite" : "réussissez bordel !", titre le journal. Cinq mois après l’autre Une qui vous conseillait de "faire ce que vous voulez mais de voter Macron", on sent une certaine impatience, une pointe de déception. C’est qu’il n’y a eu "aucune annonce fracassante" note Midi Libre. Alors beaucoup de journaux s’arrêtent sur ce qu’ils appellent le "style". "Emmanuel Macron adoucit le ton, mais garde le cap", résume le Figaro.
"Le chef de l’État est sans doute le meilleur de ses ambassadeurs, ajoute le Parisien, plutôt clair et pédagogique". Dans Les Echos, Cécile Cornudet a vu dans cette interview "un rendez-vous amoureux dans un beau décor. Loin du président des riches dans lequel il ne se reconnait pas, dit-elle, il a voulu tisser ce lien que l’on ne perçoit pas encore, je suis comme vous, a-t-il signifié, rappelant son passé de provincial (…) mais a-t-il été perçu comme sincère ?".
"A-t-il été entendu ?, s’inquiète aussi Franz-Olivier Giesbert dans La Provence qui précise qu’on « peut en douter, tant la France est paralysée, comme il l’a dit lui-même, par la jalousie (…) président est un rude métier". Voilà, en plus d’être jaloux et envieux, le français est ingrat. Et puis il y a ceux qui sont dubitatifs, comme Dominique Garaud, dans la Charente Libre, sceptique face à la métaphore des "premiers de cordée", ceux qui réussissent et sur lesquels il ne faut pas "jeter de cailloux" : "La croissance soutenue des grandes fortunes, écrit Garaud, rime rarement avec mieux-être des plus démunis". Enfin, il y a l’option choisie par La Croix, qui passe son tour et reconnait avoir bouclé son édition avant l’interview présidentielle.

L’autre titre ce matin, c’est le résultat des législatives en Autriche.

Oui avec dans tous vos journaux, le visage d’un homme, Sébastian Kurz, dont le parti conservateur l’OVP a remporté les élections. Le Parisien met en avant son âge : "le nouveau patron de l’Autriche a 31 ans", titre le journal qui juge que "ce nouveau visage risque de donner un coup de vieux à Emmanuel Macron, qui lui, a 39 ans. Avec son look de jeune premier, écrit Vianey Lorin, ses cheveux toujours impeccablement coiffés et son ton toujours posé, l’enfant prodige voit les portes de la chancellerie s’ouvrir à lui". Présenté comme ça, ça sent le renouvellement, la jeunesse et le vent du changement. Sauf qu’avec sa victoire "l’Autriche bascule très à droite" note Ouest-France. Et pour cause : la campagne s’est faite essentiellement autour de l’immigration et de la critique de l’Europe. D’ailleurs "l’autre grande gagnante de ce scrutin, écrit Laure de Charrette, c’est le FPO, l’extrême droite autrichienne. Arrivé troisième, c’est bien ce parti qui pourrait se positionner en faiseur de roi. Avec près de 50 députés contre 35 actuellement, le score du FPO est historique. Il est dans la veine de celui obtenu en 2000 par le sulfureux Jorg Haider, et deux fois supérieur à celui qu’a obtenu l’extrême droite en Allemagne le mois dernier. La bascule de l’Autriche vers la droite devrait donner des sueurs froides à l’Union européenne, conclue la journaliste, à moins qu’elle ne commence à s’y habituer". C’est bien le risque, effectivement, c’est de finir par s’habituer.

Et puis dans la presse également, il y a une photo qu’on retrouve dans beaucoup de journaux.

Oui, c’est celle de l’attentat au camion piégé perpétré hier à Mogadiscio en Somalie, l’attaque la plus meurtrière de l’histoire du pays. Au moins 230 morts, plus de 300 blessés. Les quotidiens publient des comptent rendus, mais faute de correspondant sur place, on s’appuie surtout sur les images. C’est donc la "photo du jour" choisie par Les Echos. Les amas de ferraille et de gravas de plusieurs mètres de haut donnent un aperçu de l’ampleur de la déflagration.
Dans le Figaro, cette fois, on voit deux hommes qui extraient un troisième, inanimé, des décombres encore brulants d’un immeuble. "Et les auteurs sont d’ors et déjà désignés, écrit Libération, tous les regards se tournent vers la nébuleuse des shebab, qui après avoir perdu le contrôle de la capitale en 2011, démontrent régulièrement leur pouvoir de nuisance". Plus de 230 morts. Là aussi, on ne devrait pas s’habituer.
Et puis "ne pas s’habituer", c’est aussi le message délivré par La Croix ce matin sur la faim dans le monde. Le journal, qui a donc choisi de ne pas évoquer l’interview présidentielle, donne en revanche la parole à l’ONG CCFD Terre Solidaire. Interview de Maureen Jorand qui vient de rendre un rapport sur le sujet. 1,5 milliard de personnes souffrent d’insécurité alimentaire dans le monde, mais malgré ce chiffre alarmant, elle affirme qu’un "monde sans faim est possible" : "Cela suppose de faire des choix politique clairs, dit-elle, par exemple si la France prétend défendre une agriculture familiale et durable dans les pays du sud, elle ne peut pas dans le même temps encourager sa filière agro-industrielle à conquérir des marchés à l’étranger (…) l’agriculture n’est pas un business comme un autre". Un dossier qui prend aussi une résonance particulière en ce 16 octobre puisque, on en parlait à 8h, c’est la journée de sensibilisation contre le gaspillage alimentaire.

Enfin, ce titre du quotidien La Provence : "jusqu’à quand ?". En cause : une énième grève des éboueurs à Marseille.

Le genre d’évènement face auquel le citoyen lambda, à défaut de pouvoir faire autrement, se trouve dans l’obligation de s’habituer. Photo d’une poubelle débordante en Une du journal où les ordures s’étalent sur plus de quatre mètres autour d’un container plein. "Au 5e jour de grève, raconte la Provence, ce sont 40.000 tonnes d’immondices qui s’amoncellent dans tous les quartiers de Marseille. Mais pour les grévistes, pas question de porter le chapeau : "c’est la direction de l’entreprise qui prend les marseillais en otage, martèlent-ils, nous, on ne fait que défendre nos droits". Les éboueurs réclament le maintien d’une prime de 80 euros qu’ils craignent de voir disparaitre". De l’autre côté, "la direction assure que les salariés ne seront pas lésés". Bref, un beau dialogue de sourd, qui a poussé le maire, Jean-Claude Gaudin à demander l’intervention de l’État : "il en va, dit-il, de la santé de nos concitoyens, le préfet doit intervenir". "Reste à savoir de quel préfet il s’agit, conclue La Provence". Effectivement, le préfet des Bouches-du-Rhône a été nommé dans le Rhône mercredi dernier et n’a pas encore de successeur.
Comment dit notre président déjà ? En langage populaire ? Le bordel, voilà, c’est ça…